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François.e : un premier film québécois grand public sur la transidentité

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Dans la comédie François.e, qui prend l’affiche mercredi, Louis Morissette incarne un scénariste de 50 ans sur le déclin qui décide de se faire passer pour une femme trans afin d’obtenir du financement pour sa prochaine série télé. La production a voulu éviter les écueils d'une telle prémisse en travaillant main dans la main avec la communauté trans, qui est au cœur du film.

La bande-annonce de François.e avait soulevé un tollé sur les réseaux sociaux lors de son dévoilement en avril dernier, provoquant l’indignation de certaines personnes trans. Louis Morissette et Pascale Drevillon, actrice trans qui incarne la protagoniste Sarah, n’ont pas été vraiment étonnés de voir cette réaction.

La vérité, c’est que c’est compréhensible, parce que c’est une communauté qui a été violentée de différentes façons à travers les années. Et là, tu vois Louis Morissette avec une perruque, maquillé, qui va aller jouer une personne trans…, explique celui qui incarne le rôle de François, qui doit devenir Françoise après avoir coché cyniquement la coche « transgenre » dans un formulaire pour faire accepter son projet.

Mais nous venons en paix, venez voir le film et on va en discuter après. Jusqu’ici, ''l’après'' se passe plutôt bien, poursuit-il, évoquant les premières réactions des personnes qui ont vu le film en amont de sa sortie officielle.

Évidemment, c’est un terrain miné, mais c’est tout ça aussi la beauté de la création : est-ce qu’on va être capables de naviguer à travers tout ça? Puisqu’on était habités des bonnes valeurs et que l’objectif était noble, je me disais : "On va se rendre", dans la mesure où on s’entoure des bonnes personnes, qu’on écoute les gens et qu’on n’essaie pas de faire cavalier seul.

Trouver l’équilibre

François.e est réalisé par Jean-François Asselin, connu notamment pour la série Plan B. Celui qui affirme carburer aux défis a tout de suite été intéressé par le scénario du film, même s’il était conscient qu’il faudrait faire ses devoirs avant de trouver le ton juste.

La ligne était fine à trouver. Il y avait beaucoup de façons de se planter, donc ça m’attirait, résume-t-il. La première chose que j’ai dite à Louis, c’est : "T’es un humoriste qu’on va déguiser, il ne faut pas que ça ait l’air d’une farce." On fait une comédie, mais il faut toujours que la crédibilité des personnages passe avant la comédie.

Pour s’assurer de trouver l’équilibre, le réalisateur a pu compter sur les 11 personnes trans impliquées dans la production du film, devant ou derrière l’écran, dont l’actrice Pascale Drevillon, mais aussi l’autrice, scénariste, comédienne et conférencière québécoise Gabrielle Tremblay-Boulianne, autrice du scénario avec Jean-François Léger, qui a eu l’idée originale du film.

Ma crainte, c’était de ne pas dire les bons mots et de me tromper. C’est pour ça qu’au début, on a fait des rencontres avec Pascale et Gabrielle pour établir le lexique approprié, pour voir ce qui pouvait heurter les gens de la communauté, explique de son côté Jean-François Léger.

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Cinq minutes avec Gabrielle Boulianne-Tremblay, coscénariste du film «François.e».

Cette sensibilité ne donne toutefois pas un film édulcoré par la peur de choque. La première partie de l’intrigue exploite pleinement les préjugés qui persistent encore aujourd’hui à l’égard de la communauté trans.

Le pari qu’on a pris, c’est dans la façon de raconter le récit. Dans le premier acte, on joue beaucoup sur les archétypes et certains clichés pour embarquer les gens avec nous, explique Louis Morissette.

François.e s’ouvre d’ailleurs sur une scène remplie de testostérone, où des hommes dans leur plus simple appareil s’échangent des commentaires grivois dans les douches d’un vestiaire d'aréna.

L’idée était de dire des choses un peu épouvantables au début, mais la situation change dans le deuxième acte, il y a une résolution, une réflexion, poursuit Louis Morisette. Ce changement de ton passe surtout par l’arrivée du personnage de Sarah, une femme trans qui change la perception de François.

Il y a un moment où il y a un switch, et c'est relié à mon personnage. Sarah tire la couverte de son bord et c'est pour le mieux, résume Pascale Drevillon.

Une femme est assise dans un restaurant.

Pascale Drevillon joue le rôle de Sarah dans le film «François.e».

Photo : Les films opale

Quand tombent les masques

Lorsqu’il coche la case transgenre dans sa demande de financement, François le fait sur un coup de tête, sans trop réfléchir aux conséquences.

Initialement séduit par l’idée de son scénario mettant en vedette une femme trans, le diffuseur potentiel de la séri déchante rapidement après en avoir fait une lecture sensible devant des personnes de la communauté trans.

Ils ont détesté ça : trop gros, cliché, mononcle, explique le patron du diffuseur (Martin-David Peters) à la productrice qui travaille avec François (Geneviève Schmidt).En fait, ça donne l’impression que ça a été écrit par un homme cis, pas par une personne trans. Entre toi pis moi, c’est Françoise que j’ai engagée, pas François, assène-t-il.

C’est à ce moment que le scénariste se rend compte que, pour livrer une histoire authentique, il devra véritablement s'efforcer de comprendre les réalités de la communauté trans, entre la transphobie, 'incompréhension des proches et la violence. À force de s'enfoncer dans son mensonge, il n'aura d'ailleurs d'autre choix que d'y être lui-même confronté.

C’est une œuvre sur l’écoute de l’autre, sur la collaboration, sur le vivre-ensemble… Et l’écriture a été comme ça aussi, explique Louis Morissette, qui espère que le film alimentera des discussions sur la transidentité et le regard que la société lui porte.

Une femme flatte les cheveux d'un homme qui fait semblant d'être une femme trans.

Pascale Drevillon et Louis Morissette dans le film «François.e»

Photo : Les films opale

Il y aura sûrement une forme de polémique et à la limite, je la souhaite, parce que la polémique va susciter la conversation et le débat. Le pire des scénarios, ce n’est pas la polémique, c’est l’indifférence, et je ne pense pas que le film va laisser les gens indifférents, affirme-t-il.

Gabrielle Boulianne-Tremblay espère aussi que la comédie donnera un autre visage aux personnes trans. À la base, les personnes trans sont des êtres humains avec des émotions, des sentiments, des rêves, des besoins. Le film dépeint des personnes trans qui ne sont pas nécessairement définies par leur transidentité, explique-t-elle.

Pour moi, c’était important de voir que la joie peut être un acte de résistance dans un monde où on veut qu’on n’existe plus. Cultiver cette joie-là, la queer joy en anglais, c’est tellement important. C’est un acte d’affirmation qui nous permet de résister.

François.e met aussi en vedette Robin Aubert, Rachel Graton, Irdens Exantus, Xénia Gould, Khate Lessard, Mounia Zahzam et plusieurs autres. Après son parcours en salles, le film sera offert sur ICI TOU.TV EXTRA l’automne prochain.

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