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Sport 09/07/2026 17:30
Du haut de ses 18 ans, l’ancien capitaine de l’équipe de France espoirs est l’une des révélations de la Coupe du monde 2026. Sous le maillot de son équipe de cœur.

ULRIK PEDERSEN / NurPhoto via AFP
Contre le Brésil, Ayyoub Bouaddi a réussi un match magnifique avec le Maroc, équipe qu’il a rejointe après avoir porté le maillot de la France dans toutes les sélections de jeunes.
EN BREF • Ayyoub Bouaddi, ancien capitaine de l’équipe de France espoirs, disputera avec le Maroc le quart de finale de la Coupe du monde.
• Malgré des débuts prometteurs avec les Bleuets, le joueur de Lille a opté pour le Maroc, où il est devenu un joueur clé.
• Le milieu de terrain a saisi l’opportunité de jouer la Coupe du monde plutôt que d’attendre une éventuelle sélection avec les Bleus.
Son début de carrière ressemble à un conte de fées. Une rencontre de coupe d’Europe à 16 ans pour faire ses premiers pas chez les pros, une démonstration contre le Real Madrid en Ligue des champions le jour de ses 17 bougies et un premier match de Coupe du monde où il a rayonné face au Brésil à 18 ans. On dirait du Disney.
Et pourtant, c’est la vraie vie d’Ayyoub Bouaddi, le prodige (et déjà cadre) de l’équipe du Maroc, qui retrouve la France en quart de finale de la Coupe du monde ce jeudi 9 juillet. Des Bleus dont il aurait d’ailleurs pu faire partie sur la pelouse du Gillette Stadium de Foxborough, près de Boston.
Car jusqu’au mois de mars, Ayyoub Bouaddi était capitaine de l’équipe de France espoirs. Avec les Bleuets, au printemps, il a notamment remporté deux matches cruciaux pour la qualification à l’Euro 2027 de la catégorie, contre le Luxembourg et l’Islande, en portant le brassard. Et sur le site officiel des Espoirs, ce jeudi, il apparaît toujours, puisque membre de la dernière sélection en date. Sauf qu’au mois de mai, Ayyoub Bouaddi a fait un choix attendu depuis des années : il a tranché sur son avenir sportif.
Étudiant brillant, capable de remporter à l’Élysée le concours d’éloquence des centres de formations à 15 ans, d’obtenir son Bac S avec mention très bien avec un an d’avance et de se lancer en parallèle de sa déjà très belle carrière de foot dans une licence de mathématiques, le jeune homme était identifié depuis des années. Né à Senlis dans l’Oise et formé à Lille, il a très vite intégré les circuits d’élite du football tricolore, passant par toutes les équipes de France des U16 aux Bleuets.
Deschamps le jugeait trop vert pour les Bleus
Mais dans le même temps, le Maroc a toujours eu un œil sur ce milieu récupérateur calme, qui joue la tête haute et impressionne par sa faculté à prendre les bonnes décisions. Alors à mesure qu’Ayyoub Bouaddi s’est imposé en club, les Bleus et les Lions de l’Atlas ont tenté de convaincre le joueur de s’engager. Rappelons-le : une fois qu’un footballeur a joué chez les grands en compétition officielle pour une équipe nationale, il ne peut plus changer de nationalité sportive.
Pendant longtemps, le jeune homme a repoussé le choix et privilégié son club, refusant par exemple d’aller disputer la Coupe d’Afrique des Nations avec le Maroc (décembre 2025 -janvier 2026), ce qui l’aurait privé de presque deux mois avec le LOSC. Tout en continuant donc de porter le maillot au coq avec les jeunes. Mais l’échéance nord-américaine approchant, il a fallu trancher.
Si le Maroc lui faisait une cour assidue, l’équipe de France, elle, ne pouvait pas lui garantir une place dans l’effectif pour le Mondial, et encore moins l’assurance d’être titulaire. En mars, à l’occasion des derniers matches amicaux des Bleus, Didier Deschamps expliquait ainsi n’avoir pas encore pris attache avec Ayyoub Bouaddi. « Quand j’appelle un joueur, c’est parce que je pense que c’est le moment ou que je considère qu’il peut être utile à l’équipe de France A. Mais évidemment qu’il y a une concurrence très forte. »
Ce qu’a confirmé Hubert Fournier, le Directeur technique national français, soit le plus haut responsable de la formation à l’échelle fédérale. « À l’approche de la Coupe du monde, Didier Deschamps a décidé de ne pas retenir Bouaddi, il estimait qu’il n’était pas encore tout à fait prêt », a-t-il détaillé au média américain The Athletic, à l’occasion d’un article sur les 99 joueurs nés en France qui disputent la Coupe du monde (dont une immense majorité pour des sélections étrangères donc).
La double culture dans le cœur
Didier Deschamps avait en effet fermé la porte, expliquant que d’éventuelles discussions entre les Bleus et Bouaddi auraient lieu avec son remplaçant, alors que son mandat de sélectionneur se clôt au sortir au Mondial. Comme le relate L’Équipe ce jeudi, Zinédine Zidane - grand si ce n’est unique favori à la succession - a donc tenté, sans y parvenir, de convaincre le joueur de patienter, ce qui impliquait de vivre la Coupe du monde depuis son canapé.
Et le Maroc a remporté le gros lot. Au grand dam des formateurs français, tout à fait conscients de la qualité déjà avérée et surtout de l’immense potentiel du joueur. « C’est une perte importante pour la FFF. Mais c’est son choix », a glissé Hubert Fournier à The Athletic.
En 2023, France Football avait consacré une longue enquête au sujet des binationaux qui préféraient le pays d’origine de leurs parents à la France. Un article dans lequel Philippe Diallo, alors président par intérim de la FFF et désormais titulaire du poste, préférait voir un côté positif à ces départs. « C’est une valorisation de la formation française, qui permet de soutenir l’équipe de France, mais aussi d’autres bonnes sélections. Pourquoi se plaindre du départ de certains joueurs vers d’autres nations alors que les Bleus ont des résultats exceptionnels depuis vingt-cinq ans ? » Et d’ajouter, dans un tacle discret : « Entre la qualité de notre accompagnement, de nos structures, de nos éducateurs et l’excellence de nos résultats, je ne doute pas que les meilleurs soient attachés à réussir avec les Bleus. »
« Une Coupe du monde, tu en fais une ou deux dans une vie. Au moins, je l’aurai faite une fois », a déclaré Bouaddi à ses proches au moment de leur annoncer son choix. Car de la même manière qu’il suit des études de maths dans l’éventualité ou le football s’arrêterait subitement, il a choisi de saisir les opportunités quand elles se présentent, plutôt que d’attendre un hypothétique futur en bleu. Et son choix est loin d’être uniquement motivé par des considérations court-termistes puisqu’il a profondément touché la famille du joueur, et qu’il aura en plus l’occasion de jouer la prochaine Coupe du monde, en 2030, à domicile.
Très heureux de rejoindre une équipe demi-finaliste sortante du Mondial, victorieuse de la CAN (dans des conditions certes particulières) et désormais en lice en quart de finale, Ayyoub Bouaddi s’est dit « soulagé » avant de se réjouir : « J’ai fait mon choix et j’en suis très fier. J’espère vivre de très belles choses par la suite. Je suis très heureux, surtout que ma famille était très heureuse pour moi aussi. » Au-delà des tractations en coulisses, ce choix est celui du cœur. Présent en Russie au Mondial 2018 pour supporter le Maroc, comme le racontait récemment Eurosport, le milieu de terrain a grandi avec un amour pour deux pays, pas seulement avec une origine lointaine. Ce qu’il résumait avec élégance au moment de communiquer sa décision : « Mon choix n’enlève en rien la fierté et la reconnaissance d’avoir pu porter le maillot bleu en jeunes. Je suis et resterai toujours fier de ma double culture, de mon parcours et de mes racines. »


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