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La France connaît actuellement son troisième épisode de canicule depuis la fin mai. Particulièrement touché, l’ouest de l’hexagone, où le thermomètre a encore tutoyé les 40 degrés cette semaine, à Bordeaux, Agen ou encore Angoulême. Ce nouvel épisode caniculaire s’accompagne d’une absence de pluie. Des températures qui mettent les corps à rude épreuve, mais aussi les cultures. Les agriculteurs souffrent et réclament des mesures d’urgence pour sauver les récoltes, notamment des dérogations dans l’accès à l’eau.
« Voici des plants de maïs semés début avril, qui arrivent péniblement à un stade de floraison. Certains sont déjà en train de dépérir. Une récolte sans doute quasi nulle, je pense. » Bertrand Feugnet se désespère. Pas une goutte de pluie à l’horizon en France depuis des semaines. Des températures supérieures de plus de 10 degrés aux normales dans la région. « On a un déficit hydrique qui est colossal. Je pense que la culture du maïs va devenir très compliquée. Il faudrait arriver à développer l'irrigation par des stockages d'eau. On n'a pas d'autres solutions. Cela veut dire stocker l'eau en hiver et pouvoir l'épandre l'été », détaille-t-il.
La question du stockage de l’eau revient avec insistance dans la bouche de cet éleveur, viticulteur et céréalier à la tête d’une exploitation familiale. Affilié à la FNSEA, le principal syndicat agricole français, il ne comprend pas certaines réticences au nom de la protection de l’environnement : « On dit qu'il n'y a pas d'autres solutions. C'est ce qu'ils ont fait dans les pays du Sud, en Espagne, au Portugal, au Maroc. Pour nourrir les animaux, nourrir les gens, il nous faut de l'eau. On ne peut pas faire autrement. Coïncidence ? Vous avez en face de vous une réserve d'eau collinaire qui a été créée dans les années 2000. C'était un pionnier à l'époque. Elle s'est remplie tout doucement l'hiver et il a son eau pour l'été. Il arrive à cultiver du maïs. On les aperçoit au loin, là-bas. »
Actuellement en discussion au Parlement, le projet de loi d’urgence agricole vise à répondre à la colère du secteur. Un volet prévoit de faciliter la construction d'ouvrages de stockage, y compris en zones humides, zones clés pour la biodiversité. Une perspective qui inquiète Jean-Pierre Georges, référent eau pour la Nouvelle-Aquitaine chez France Nature Environnement. Il appelle à faire des choix et à entamer une véritable transition agricole : « Ce stockage d'eau doit répondre à des priorités. Le maraîchage, l'élevage, l'agriculture biologique. Il faut que l'on arrive à se passer des grandes cultures, à un moment donné, parce qu'on n'aura pas assez d'eau pour répondre à ces besoins. Il y a de nouvelles cultures qu'il faut envisager aussi. Il faut réfléchir. On a fait disparaître les haies en disant que c'était de la contrainte en plus. Mais c'est ce qui permet de maintenir une certaine qualité du sol. Actuellement, le sol est drainé pour que l'eau parte le plus rapidement possible et l'été, on voudrait refaire venir l'eau. Le mieux serait de la conserver dès le départ. »
Conserver l’eau, la ramener en terre, c’est le pari qu’a fait Éric Germond il y a 30 ans. Paysan bio et éleveur de vaches limousines dans le nord-est de la Charente, il a abandonné le modèle intensif, arrêté le maïs et recréé un écosystème riche en eau sur son exploitation. « Aujourd'hui, on sait très bien que s'il n'y a plus d'arbres, demain, il n'y a plus d'humanité. J'ai commencé à planter mes arbres les premiers. Ils ont 30 ans. Ils font de l'ombre et stockent de l'eau. Par contre, les zones où il n'y a plus de bocages, demain ce seront des déserts. Dans nos modèles, on retient l'eau dans le sol. Après, la quantité d'eau suffisante n'est pas là, donc il y aura sûrement d'autres adaptations à prévoir. Je ne sais pas lesquelles, mais l'agroforesterie en fait partie », estime-t-il.
Selon l'Office français de la biodiversité, depuis 1950, 70 % des haies ont disparu des bocages français au profit de la céréaliculture intensive. Plus que jamais, la question du partage des ressources en eau se heurte à la question centrale du modèle agricole et de son adaptation pour faire face au réchauffement climatique.
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