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Le chef du gouvernement demande à ses ministres de lui soumettre des « propositions » concernant la « manière de vivre dans le pays » en temps de canicule. Mais pour ses successeurs.

LUDOVIC MARIN / AFP
Fragilisé, le gouvernement renvoie la question de l’adaptation au climat à ses successeurs
EN BREF • Face à la canicule, Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres des pistes d’adaptation au changement climatique.
• Sans marge de manœuvre, le Premier ministre n’a d’autre choix que renvoyer les investissements à plus tard, donc à son successeur.
• Cette posture montre le manque de réalisation du gouvernement tout autant que son impuissance sur un sujet brûlant.
Une patate (très) chaude. Mis sous pression par les températures caniculaires qui s’abattent sur la France depuis une semaine, et pour encore plusieurs jours, le gouvernement essaie tant bien que mal de rassurer la population en se montrant à la tâche. Sébastien Lecornu a encore présidé une réunion d’urgence, mardi 23 juin, tandis que ses ministres se répandent dans la presse pour dresser les premiers bilans et justifier certaines adaptations.
Une gestion de crise indispensable compte tenu du caractère inédit de cette vague de chaleur, mais qui cache mal les retards pris par la France en matière d’adaptation au changement climatique. De la pagaille à la SNCF à la débrouille dans les hôpitaux ou les écoles surchauffées… Ce nouvel épisode vient effectivement jeter une lumière difficile sur l’état de préparation du pays, et par conséquent, le bilan d’Emmanuel Macron.
Dans ce contexte, le gouvernement, comme plusieurs figures majeures des deux derniers quinquennats, admet donc qu’il faut aller beaucoup plus loin. Mais quand la situation politique le permettra. Comprendre : pas tout de suite. C’est en tout cas ce qui ressort des récentes prises de parole de l’exécutif, prompt à renvoyer ce débat brûlant à la prochaine élection présidentielle.
« Travailler pour nos successeurs »
Ainsi, la communication du gouvernement après leur dernier comité interministériel s’est résumée pour l’essentiel à constater les fermetures des écoles, le report de certaines épreuves du bac, ou à rappeler les règles élémentaires de santé publique. Quant aux décisions structurantes, elles seront pour les suivants.
Sébastien Lecornu a effectivement appelé ses ministres à lui faire des « propositions » centrée sur la « manière de vivre dans le pays » en temps de canicule, mais « pour l’année prochaine, pour travailler pour nos successeurs. » Une forme d’aveu d’impuissance déclinée quelques heures plus tard par la ministre de la Transition écologique sur France Inter. Interrogée sur l’action du gouvernement ce mercredi, Monique Barbut a effectivement évoqué un « mur d’investissements », qui ne pourrait être le sujet de la seule équipe actuelle.
« L’adaptation c’est une politique de long terme. Il y a énormément de choses à faire, il faut revoir nos réseaux urbains, nos réseaux d’eaux, nos réseaux SNCF. Ce ne sont pas des choses que l’on peut faire en cinq ou dix ans, mais il faut les inscrire dans la durée », a-t-elle ainsi plaidé, en appelant à « accélérer un certain nombre de choses et se dire que l’on a un mur d’investissements devant nous. »
Concrètement, la ministre de la Transition écologique appelle Sébastien Lecornu à doter la France d’un « vrai budget pour l’adaptation » l’année prochaine, tout en sensibilisant la population et les élus aux efforts nécessaires selon elle pour l’avenir. Problème : le gouvernement actuel, qui ne dispose plus de grands leviers pour agir, n’a pas fait montre d’un engouement débordant pour la cause climatique ces derniers mois - à l’exception, peut-être, du renforcement du plan d’électrification, pensé pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles.
L’adaptation n’est pas la priorité
Certes, ses marges de manœuvre, financières ou politiques, sont réduites à peau de chagrin, à quelques mois du départ d’Emmanuel Macron de l’Élysée. Mais dans ce contexte contraint, force est de constater (comme la climatologie Valérie Masson-Delmotte l’a déploré dans un entretien qu’elle nous a accordé) que l’adaptation au réchauffement climatique est bien loin d’être sa priorité. En témoignent, de récents arbitrages budgétaires.
Alors que Sébastien Lecornu a été capable de trouver 36 milliards d’euros supplémentaires pour investir dans la défense ce printemps (via l’actualisation de la LPM), il a, dans le même temps, raboté le fond vert de plusieurs millions d’euros pour éponger le trou que la guerre au Moyen-Orient a provoqué dans les finances publiques. De quoi porter un nouveau coup à ce dispositif pourtant prisé des collectivités territoriales pour soutenir les projets d’adaptation au changement climatique.
Alors, en attendant le prochain exercice budgétaire, périlleux mais révélateur des ambitions et futures priorités de ce gouvernement, certains macronistes se prennent à dénoncer les conséquences d’une situation qu’ils ont contribué à nourrir. « Ce qui devrait tous nous choquer, c’est qu’un pays aussi puissant économiquement que la France puisse être aussi déclassée face au réchauffement climatique », a par exemple lancé Bruno Le Maire lundi, estimant que le pays « a perdu beaucoup de temps pour s’adapter. »
Avant lui, c’est Gabriel Attal qui assurait que les gouvernements macronistes n’ont pas été « assez vite » ni « assez loin », en la matière. Difficile de leur donner tort quand on se penche, par exemple, sur le rythme de rénovation des écoles - bien loin des objectifs fixés par Emmanuel Macron. En revanche, le premier semble avoir oublié son passage à Bercy, sept ans comme gardien tout-puissant des cordons de la bourse. Quand le second donne presque l’impression de n’avoir jamais été ministre des Comptes publics (2022-2023), ou encore chef du gouvernement (de janvier à septembre 2024), entre autres fonctions majeures dans l’organigramme du pouvoir.
Un mea-culpa tardif donc, qui, conjugué à l’impuissance de l’exécutif actuel, risque de nourrir un procès en insincérité, ou en défausse politique. En ce sens, les différents prétendants à l’Élysée ne se font pas prier pour fustiger le bilan du chef de l’État et des années macronistes sur ces thèmes, quand bien même ils peinent à dévoiler leurs propres projets. Gageons que leur renvoyer la patate chaude, en avouant avoir failli un an avant la présidentielle, n’aidera pas à faire redescendre la température.


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