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C’était en 1989, entre l’album Steel Wheels et la tournée mondiale de même appellation inoxydable. Dans les entrevues, la question revenait d’office, toujours assortie d’un calcul au millimètre près de la profondeur des crevasses dans les fiers faciès sans retouches de Mick Jagger, Keith Richards, Ron Wood, Bill Wyman et Charlie Watts : dernier tour de piste ? La réponse de « Keef », loin du simple non, relançait la balle à l’infini. Citons de mémoire : « J’ai envie de savoir jusqu’où il est possible pour un groupe rock d’aller, sans se dénaturer. »
Nous voilà en 2026, et un nouvel album des Rolling Stones, intitulé Foreign Tongues débarque vendredi en magasin et sur les plateformes numériques. Réponse à la question ? Au recto de la pochette, une illustration de Nathaniel Mary Quinn agglutine les faces caricaturées de Mick, Keith et Ron comme un multiple pied de nez aux âgistes. C’est reparti pour un grand tour : on parle de spectacles à l’automne ou en 2027. Et pourquoi pas ?
En quelques jours
Qu’obtient-on ici ? Pas moins de 14 morceaux, dont une reprise poignante d’une pièce d’Amy Winehouse (You Know I’m No Good) et, en clin d’œil aux Stones débutants, la Beautiful Delilah de Chuck Berry (le Chuck vénéré du premier 45 tours, paru en 1963, Come On). Tout ce lot fut enregistré fissa fissa, rapido presto, en quelques intenses jours, comme à l’époque des horaires serrés, et qui plus est dans un studio pas trop gros, le plus possible en prise directe. Autant de précisions que les communiqués ne manquent pas de souligner : les Stones ne sont jamais plus les Stones que pressurisés, fût-ce par eux-mêmes.
Le résultat, cependant, varie : le vite fait n’est pas forcément le bien fait. Si l’échange de riffs entre Keith et Ron pour lancer Rough and Twisted soulève d’entrée de jeu, shuffle des dieux, la suite est parfois moins heureuse. Ni bonne ni mauvaise, In the Stars copie-colle du Stones aux Stones, au point où l’on ne peut s’empêcher de se livrer au vilain jeu des références. Jealous Lover, pas si originale non plus dans le genre soul estampillé 1976, est pourtant dansante et convaincante : allez comprendre.
Dire la vérité
L’album alterne ainsi entre les redites et ce qui est bon à dire. Dans Divine Intervention, Keith ose poser la question de la fin, certes sans y répondre, mais l’increvable octogénaire va au moins jusqu’à se regarder en face, bravo pour ça. Plus honnête encore est Ringing Hollow, merveille de country rock qui s’en prend aux États-Unis tant aimés et désormais honnis : Lady Liberty fronce les sourcils, chantonne tout triste notre Mick. On le comprend, on chante même avec lui.
Au début, les invités ne sont pas aussi présents qu’on l’aurait souhaité, de Stevie Winwood à Bruno Mars. Les synthés de Robert Smith dans Never Wanna Lose You passent presque inaperçus (en avait-on besoin ?). Mais quand c’est Paul McCartney, sa mélodique basse dans la fort belle Covered In You convient parfaitement : force est d’admettre que Paul est aussi à l’aise avec les Stones qu’avec les autres garçons dans le vent. Oui, il aurait pu œuvrer avec les concurrents toutes ces années. Beau moment, indéniable constat. Merci aux Rolling Stones de nous laisser entendre ça.


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