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Après deux ans d'un long processus, la proposition de loi relative à l’organisation, à la gestion et au financement du sport professionnel, parfois abrégée en « PPL Sports », arrive enfin au bout de l'examen parlementaire. Issu d'une initiative des sénateurs Michel Savin et Laurent Lafon après les dérives observées dans le football, le texte doit être définitivement adopté en séance publique ce lundi à l'Assemblée nationale, puis demain mardi au Sénat.
Une fois validé par le Parlement, il sera promulgué sous quinze jours par le président de la République. À moins que ce dernier ne demande un nouvel examen du texte ou que le Conseil constitutionnel ne soit saisi, scénario hautement improbable après que le gouvernement a engagé une procédure accélérée le 10 juin dernier. Depuis, l'appareil législatif a passé la vitesse supérieure. Il y a treize jours, la comission mixte paritaire (CMP), composée de sept députés et de sept sénateurs issus de tous bords politiques, a abouti à un accord « unanime ».
Un ensemble un peu fourre-tout
Dans le détail, 37 articles doivent permettre de remettre de l'ordre au sommet de la pyramide du sport français, sans pour autant lui retirer les moyens de ses ambitions. De la prévention des conflits d'intérêts à la lutte contre le piratage, en passant par l'encadrement du métier d'agent ou le développement des ligues féminines, cette loi fourre-tout entend réguler certaines pratiques, tout en préservant un équilibre économique souvent fragile.
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Quels ont été les derniers ajustements apportés au texte ?
Ces dernières semaines, le sport professionnel s'était mobilisé pour appeler les parlementaires à revoir leur copie. En première ligne, la Ligue de football (LFP), dont l'assemblée générale avait rejeté début juin un texte qui « fragilise le modèle économique du football et ne répond pas aux enjeux prioritaires de la filière ». L'instance au train de vie dispendieux et au siège flambant neuf rue de Courcelles n'était toutefois pas la seule à émettre des inquiétudes sur une réforme « à finaliser ».
Le passage en première lecture à l'Assemblée nationale avait déjà permis de supprimer certaines mesures jugées contre-productives, comme l'obligation pour chaque ligue de diffuser un match par semaine en clair ou la consultation des groupes de supporters dans les décisions stratégiques.
Un plafond salarial triplé, un compromis sur la multipropriété
Lors de la commission mixte paritaire, d'autres articles ont été corrigés. À commencer par le plafond salarial pour les employés des instances sportives, à trois fois le plafond de la sécurité sociale, soit 12 000 euros bruts mensuels. Il a finalement été plus que triplé, à 450 000 euros bruts annuels (soit 37 500 mensuels), comme pour les établissements publics et commerciaux. Les fédérations peuvent aussi demander une dérogation au ministère des Sports pour un poste en particulier. Cet arbitrage fait les affaires de la FFF, à quelques jours de la nomination de Zinédine Zidane à la tête des Bleus.
Un compromis a aussi dû être trouvé sur les règles entourant la multipropriété de clubs. Alors que l'Assemblée nationale avait voté pour une interdiction ferme de cette pratique, la CMP a décidé d'assouplir un amendement qui entrait en contradiction avec le droit européen. Confiant la lourde tâche aux Directions nationales de contrôle et de gestion (DNCG) de trancher au cas par cas. Et le pouvoir de s'opposer à un rachat, en prononçant par exemple une rétrogradation administrative du club concerné. « Ça reste une avancée, ça veut dire qu'on pointe bien le problème de la multipropriété », a salué le député Eric Coquerel (LFI), fervent opposant à un système en vogue ces dernières années.
Certaines dispositions ambitieuses ont aussi été abandonnées, comme l'interdiction pour les radios et les télévisions de faire la publicité des paris sportifs cinq minutes avant et après les matches. La mesure a été jugée trop contraignante et abrogée, après un intense forcing des opérateurs agréés. S'il se dit enclin à lutter contre l'addiction des joueurs, et notamment des plus jeunes, le gouvernement n'est pas non plus prêt à priver le sport de cette source de financement.
Qu'est-ce-que la loi va changer concrètement ?
« C’est un texte attendu par l’ensemble des acteurs du monde professionnel. Il renforce le contrôle des fédérations sur les ligues », résume son rapporteur, l'Isérois Michel Savin (LR). Après approbation du gouvernement, les premières pourraient retirer à ces dernières leur subdélégation de service public. Et créer leur propre société commerciale.
Dans le viseur de l'exécutif et des parlementaires, la LFP et sa gestion calamiteuse des droits TV. À l'initiative d'« états généraux » cet hiver, le président de la FFF Philippe Diallo pourrait d'un moment à l'autre reprendre la main sur le football professionnel, après l'adoption d'une réforme qu'il avait qualifiée le mois dernier « d'indispensable et urgente ».
Que va faire Nasser ?
Pour laisser une chance aux petits clubs de survivre dans ce marasme, la PPL Sports encadre aussi la redistribution de ces recettes télévisuelles, avec un écart maximum de 1 à 3, entre le club le mieux doté et le moins bien doté. Le Paris Saint-Germain, qui avait capté à lui seul 243 des 727 millions d'euros des droits TV de la Ligue 1 il y a deux ans, touchera sans doute moins d'un tiers de ces revenus désormais.
Son président, Nasser Al-Khelaïfi, est aussi visé par l'article 8, qui vise à lutter contre les conflits d'intérêts. À la tête de beIN Media Group, la maison mère des chaînes beIN Sports, diffuseur de la Ligue 2 et d'un match de L1 jusqu'à la saison dernière, le dirigeant qatarien siège aussi depuis années au conseil d'administration de la LFP. Cette double casquette n'est plus permise par la nouvelle législation. Reste désormais à connaître la tactique de « NAK » pour continuer à peser dans les instances du football français et mondial...
Qu'en pensent les acteurs, et notamment les clubs de football ?
« Les ajustements apportés au texte final préservent l’équilibre recherché : ils confortent les outils de régulation existants, clarifient la gouvernance et sécurisent le cadre dans lequel les clubs peuvent investir dans la formation, les infrastructures et le développement de leurs activités, tout en renforçant les garanties attendues par les pouvoirs publics et les citoyens », ont salué dans un communiqué huit formations de L1 et de L2, dont Lens, Marseille, Lyon et Metz.
D'autres sont beaucoup plus réticentes, comme le PSG, Lille, Lorient ou Nantes, qui militaient pour un abandon pur et simple de la proposition de loi. La pilule passe mal chez leurs présidents, fervents partisans de Vincent Labrune, qui déplorent une baisse de la représentation du secteur professionnel, de 33 à 25%, lors des votes de la FFF. Ou encore le transfert des recettes des paris sportifs de la LFP à la fédération, soit un manque à gagner global de 12 millions d'euros par saison.


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