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Même ceux qui ne sont pas férus de musique jazz reconnaîtront l’attrait d’un groupe mettant en valeur le chaleureux son de l’orgue Hammond B3. Ses grooves charnus sont irrésistibles, en témoigne le son de Fonville x Fribush, projet du batteur Corey Fonville, en ville depuis quelques jours puisqu’il tient la mesure du quintette jazz-funk fusion Butcher Brown, et de l’organiste Sam Fribush, pianiste jazz de formation qui a connu l’épiphanie du Leslie durant la pandémie. En attendant la parution de son prochain album complet, il fera dégouliner son instrument ce soir au Studio TD.
« Avant de commencer, il faut que je te dise : ma mère est née à Montréal ! lance Sam Fribush en nous coupant. Je possède même un passeport canadien. J’ai toujours de la famille là, donc je connais très bien la ville, que j’aime beaucoup. J’ai souvent logé chez mon cousin, qui a un appartement sur le Plateau. Je suis très excité d’y donner un concert, d’autant plus que ma mère et mon père y assisteront. Et, bien sûr, je suis fan de hockey ! » Bon joueur, nous le félicitons pour la victoire des Hurricanes de sa Caroline du Nord en finale du championnat de la Coupe Stanley — l’équipe, rappelons-le, avait battu les Canadiens en finale de conférence. Mais revenons à notre postulat initial : tout le monde aime le B3. « You got it ! clame Sam. C’est un peu mystérieux encore pour moi. Il y a quelque chose dans ce son qui te frappe au plexus, la sensation d’entendre l’orgue est différente. Ce n’est pas cérébral, pour dire ainsi, c’est physique. L’instrument a cette qualité down to earth qui arrive à atteindre tout le monde. »
« Peut-être que ça a à voir avec ses origines, enchaîne Sam Fribush. Le Hammond B3 a été inventé pour imiter les orgues à tuyaux dont on jouait à l’église. Les musiciens gospel et jazz se le sont ensuite approprié pour trouver leur propre voie, et ça a transformé le jazz, qui prend des couleurs funk et soul grâce au son de cet instrument. C’est presque indissociable du B3, la saveur funk et soul, même quand on joue du jazz. »
Fribush insiste ensuite sur la dimension « artisanale » de l’instrument fabriqué à Chicago dès 1935, de son fameux amplificateur à hélice Leslie, qui procure au son ses vibrations caractéristiques. « Chaque composant de l’instrument a été fabriqué à la main. À l’époque, fabriquer un orgue à tuyaux, puis l’installer dans une église, coûtait une fortune ; pour une fraction du prix, il était possible d’avoir l’imitation. Ce qui est fascinant, c’est de mesurer la trajectoire de cet instrument lorsqu’il est sorti de l’église » pour trouver sa place dans les boîtes de jazz, en Amérique et ensuite en Europe.
L’orgue Hammond est aujourd’hui le symbole de l’identité musicale de Fribush, qui s’y est pourtant converti il y a seulement quelques années, pendant la pandémie. « L’orgue est devenu une obsession pour moi. J’habitais à La Nouvelle-Orléans, je jouais du piano, toutes sortes de musique, jazz, funk, R&B. Lorsque je suis rentré en Caroline du Nord pendant les confinements, en 2020, je me suis tourné vers le Hammond que j’entreposais dans mon garage et je m’y suis totalement replongé. »
Issu du conservatoire, Sam Fribush préfère dire qu’il a appris à la « school of hard knocks », qu’on pourrait traduire par l’« école de la rue », si la musique était une ville. « C’est dans la rue que j’ai fait ma maîtrise », explique-t-il, en ajoutant qu’il jouait là où il trouvait un cachet. « C’est grâce à notre mentor, Charlie Hunter », compositeur et guitariste jazz réputé, « que Corey [Fonville] et moi nous sommes rencontrés. C’est lui qui m’a poussé vers l’orgue alors qu’il résidait en Caroline du Nord. Charlie connaissait bien les gars de Butcher Brown, originaire de l’État voisin, la Virginie. Il leur a dit : il faut que vous fassiez la connaissance de cet organiste ! » Charlie Hunter a ensuite pris part aux premiers enregistrements du nouveau duo Fonville x Fribush.
« À Montréal, nous inviterons une autre star de la guitare électrique, originaire de la Californie, Morgan Burr », guitariste au sein de Butcher Brown. « Son style de jeu est très influencé par le R&B », un des piliers du son de Fonville x Fribush. Sur son minialbum paru plus tôt cette année (et sur lequel on entend encore Hunter), le duo reprend Roberta Flack (Feel Like Making Love), Sade (I Couldn’t Love You More) et la plus contemporaine Cleo Sol (Why Don’t You), voix de l’ensemble soul fusion britannique SAULT.
« Je pense que ce qu’on essaie de faire avec cette musique, c’est de la redonner à la communauté » en revisitant des répertoires populaires. « On a eu de grands musiciens et formations mettant l’orgue de l’avant, Medeski, Martin&Wood, Soulive, et sans avoir la prétention de découvrir une nouvelle manière de jouer du Hammond, nous essayons tout de même de nous projeter dans l’avenir avec notre répertoire et notre manière de jouer, pour que le public qui a moins de 30 ans aujourd’hui puisse se reconnaître. »
Fonville x Fribush, avec Morgan Burr, joue ce soir, à 22 h, au Studio TD, à l’affiche du Festival international de jazz de Montréal.
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