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Tribune
Cristian Pirvulescu
Politiste
Dans une tribune au « Monde », le politiste roumain Cristian Pirvulescu estime qu’en choisissant une fois de plus un sujet très clivant politiquement, tout en refusant d’en tirer un verdict moral, le cinéaste cultive une ambiguïté qui fait le jeu des milieux réactionnaires.
Publié aujourd’hui à 16h10, modifié à 17h30 Temps de Lecture 4 min.
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En recevant sa deuxième Palme d’or pour Fjord, Cristian Mungiu a été salué comme un grand moraliste du cinéma, l’auteur d’un « plaidoyer contre tout fondamentalisme », selon ses propres mots. Au Festival de Cannes, pourtant, il donnait de son film une interprétation moins consensuelle. Il y aurait, selon lui, trop de films « politiquement corrects », et l’art aurait perdu la liberté de penser à rebours de l’idéologie dominante, une pression qu’il comparait à celle de l’idéologie communiste qui « savait mieux que les citoyens ». Le sujet de son film, a-t-il précisé, est le « fondamentalisme de gauche ». Entre le plaidoyer humaniste et la charge contre le political correctness (« politiquement correct »), il faut choisir, ou bien admettre que l’ambiguïté est chez lui une méthode.
Car cette méthode forme un système. Dans Au-delà des collines (2012), Mungiu partait de l’histoire vraie d’une jeune novice, morte en 2005 lors d’un exorcisme dans un monastère de Tanacu, en Roumanie, afin de sonder le fanatisme religieux. Dans R.M.N. (2022), il évoquait l’affaire de Ditrau, ce village de Transylvanie soulevé contre des ouvriers sri-lankais, et explorait les ressorts de la xénophobie ordinaire.
Image extraite du film « Fjord », de Cristian Mungiu. Fjord reprend aujourd’hui le cas Bodnariu, cette famille évangélique roumano-norvégienne installée en Norvège, dont les cinq enfants furent placés par le service de protection de l’enfance norvégien, appelé « Barnevernet », en 2015. Le film épouse le regard d’un couple mixte, père roumain, mère norvégienne, dont les enfants leur sont retirés après un signalement pour soupçon de maltraitance. En Roumanie, l’affaire Bodnariu fut fondatrice : elle donna naissance au mouvement de la Coalition pour la famille, qui suscita le référendum de 2018 sur la définition constitutionnelle de la famille, que tous les partis parlementaires endossèrent après une campagne médiatique d’une rare violence, et que seule l’abstention fit échouer. Ce fut, en Roumanie, la première grande mobilisation contre les « valeurs européennes », d’où sortira le parti d’extrême droite Alliance pour l’unité des Roumains.
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