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Marc Parent rompt avec la tradition de ses prédécesseurs et saute à pieds joints dans le débat politique, plus de quatre ans après avoir quitté son poste de maire. Dans une lettre adressée à tous les conseillers et au maire, Guy Caron, il dit craindre une augmentation considérable du compte de taxes dès 2027. Il va même jusqu'à se demander si les nouveaux conseillers, élus en novembre, sont bien conscients de ce qu'ils ont approuvé.
Dans sa missive aux allures de cri du cœur envoyée au cours des derniers jours et dont Radio-Canada a obtenu copie, l'ancien maire estime qu'en seulement trois mois, les décisions du conseil municipal ont déjà entraîné une augmentation d'au moins 2 [points de pourcentage] du taux de taxation foncière pour 2027.
Depuis la réélection de Guy Caron, le conseil municipal a en effet lancé l'appel d'offres pour un stade multisports de 28 millions de dollars financé à 100 % par les contribuables. S'ajoutent à cela le réaménagement de la place des Anciens-Combattants pour 17,5 millions de dollars, un règlement d'emprunt de 11,8 millions de dollars – entre autres pour agrandir l'hôtel de ville et réaliser d'autres projets d'infrastructures, comme la réfection du presbytère. Le coût pour le transport en commun a aussi explosé.
Je comprends que plusieurs de ces décisions sont des priorités, mais il arrive un moment où il faut prioriser ses priorités.
L'ancien maire, qui relate sa propre expérience comme représentant du district du Bic, va même jusqu'à laisser entendre que les conseillers récemment élus auraient dû poser plus de questions avant de donner leur aval.
Extrait de la lettre envoyée par Marc Parent
Est-ce que le maire et l'administration ont pris le temps de vous expliquer l'impact sur le taux de taxation municipale pour les décennies à venir?
Bien souvent, l'administration municipale nous présente le résultat de demandes d'orientations provenant du maire.
Dans mon cas, j'avais à l'occasion du mal à bien comprendre les impacts financiers à long terme de mes décisions et je ne voulais pas être perçu comme l'empêcheur de tourner en rond.

Guy Caron avait été élu avec 80,71 % des voix en 2021.
Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet
Marc Parent peut faire ce qu'il veut, mais je ne suis pas sûr que ses prédécesseurs auraient fait la même chose, a indiqué le maire Guy Caron, visiblement irrité.
Il affirme gérer les fonds publics de manière responsable et réfute les accusations de celui qui occupait son siège jusqu'en 2021.
Guy Caron rappelle que les électeurs ont endossé son programme axé sur le développement lors de la dernière élection tenue cet automne, où il a été reconduit avec une confortable majorité de 67 % des voix.
Si monsieur Parent n'est pas d'accord avec la manière dont on fait les choses, ça lui appartient.
Cette prise de bec publique n'est pas la première entre les deux hommes politiques.
En 2019, en pleine élection fédérale, Marc Parent avait suggéré aux électeurs de voter pour un parti susceptible de prendre le pouvoir. Le candidat néo-démocrate de l'époque et député sortant Guy Caron avait qualifié ces propos de duplessisme.
En janvier 2024, Marc Parent avait aussi accusé Guy Caron, devenu maire, de créer trop d'attentes dans le dossier du stade multisport.
Vers une hausse record en 2027 ?
Selon un palmarès publié dans Le Journal de Québec, Rimouski a connu en 2026 la 4e plus importante hausse de taxes en 2026, ex æquo avec Laval, sur les 50 plus importantes villes de la province.
Un signal que les élus ne doivent pas sous-estimer, selon Marc Parent.
On est vraiment dans une spirale de dépenses et, en 2027, il y a fort à parier que Rimouski sera la Ville avec la plus forte augmentation de taxe foncière au Québec.
Un autre ancien élu, Pierre Chassé, qui a représenté le district Terrasses Arthur-Buies entre 2013 et 2017, est venu ajouter son grain de sel lors de la séance publique lundi.

Pierre Chassé, a aussi été candidat à la mairie de Rimouski en 2017, contre Marc Parent.
Photo : Radio-Canada / Édith Drouin
Il a demandé au maire de s'engager à diminuer le rythme des dépenses à partir de l'an prochain. Ça pourrait nous encourager un peu. Il y a beaucoup de gens qui sont préoccupés, a-t-il dit.
La réponse de Guy Caron ne s'est pas fait attendre : On prend toujours en considération la capacité de payer.
Il a mentionné que, depuis son arrivée comme maire en 2021, les augmentations de taxes foncières ont représenté une hausse d'environ 18 %. C'est 4 % de moins que l'indice des prix à la consommation, s'est-il félicité.
Pierre Chassé s'est aussi inquiété de la poursuite de 5 millions de dollars intentée par le Groupe Tanguay, dans la foulée de la faillite de la SOPER, qui pourrait s'ajouter au fardeau des contribuables. Silence radio de la part du maire, en raison du contexte litigieux.
Autre dossier délicat et potentiellement coûteux : des amendes salées pourraient être imposées par Ottawa concernant les rejets toxiques provenant de l'ancien lieu d'enfouissement sanitaire. La sanction peut même atteindre 8 millions de dollars pour une récidive. Guy Caron a même évoqué qu'une épée de Damoclès planait au-dessus de la Ville.
Un règlement d'emprunt contesté
C'est un règlement d'emprunt de 11,8 millions de dollars qui a convaincu l'ex-maire Marc Parent d'écrire aux membres du conseil municipal. Pour moi, ça été un point de bascule, a-t-il confié en entrevue.
Ce type de procédure, appelé dans le jargon règlement parapluie, permet à une municipalité d'emprunter une somme considérable sans devoir détailler les projets.
Ainsi, celui qui a été adopté lundi mentionne quelques généralités, telles que voirie locale, rénovation et agrandissement de certains bâtiments, acquisition d'immeubles et d'équipements.
Il est temps de prendre un pas de recul avant d'aller de l'avant avec ce règlement et de recommencer à consulter la population avant de procéder à des travaux majeurs ainsi que l'achat possible de nouveaux terrains, écrit Marc Parent dans sa lettre aux élus municipaux.
Dans les faits, on sait maintenant que 4,5 millions de dollars serviront à agrandir l'hôtel de ville, un projet qui n'a jamais été présenté officiellement, déplore Marc Parent. C'est un projet majeur et la population doit en connaître les raisons, on doit l'expliquer à la population. Là, ils peuvent commencer les travaux et personne ne saura vraiment pourquoi on le fait.

La nouvelle aile devrait vraisemblablement être construite dans le stationnement de l'hôtel de ville, mais aucun détail n'a encore été dévoilé.
Photo : Radio-Canada
La Ville entend regrouper tous ses services sous un même toit, et la construction d'une nouvelle aile adjacente à l'hôtel de ville est la solution la plus économique, a mentionné le directeur général Marco Desbiens, sans toutefois mettre les chiffres sur la table. Les travaux devraient commencer à la fin de l'été ou au début de l'automne.


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