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Culture 13/05/2026 07:01 Actualisé le 13/05/2026 09:04
Avec Antoine Reinartz et Emmanuelle Bercot dans les rôles principaux, le film sur les 11 derniers jours de Samuel Paty, en salle ce mercredi 13 mai et projeté ce soir à Cannes, respecte scrupuleusement les faits. Mais ce n’est pas le problème.

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Emmanuelle Bercot incarne la principale du collège où Samuel Paty enseignait. Le professeur d’histoire géographie assassiné est, lui, incarné par Antoine Reinartz.
À partir de quand est-il décent d’adapter une histoire comme celle de Samuel Paty ? Visiblement, le plus tôt possible, si l'on s’en tient au timing choisi pour dévoiler la première bande-annonce de L’Abandon. Les premières images du film sur les onze jours qui ont précédé l’assassinat sordide du professeur d’histoire géographie avaient été dévoilées début mars, quelques jours seulement après le verdict de la cour d’assises d’appel spéciale de Paris, qui a condamné plusieurs auteurs de la campagne de haine contre Samuel Paty.
Officiellement, cette temporalité état motivée par l’ambition de ne pas interférer dans l’affaire et le dernier procès en lien avec l’assassinat de l’enseignant. Cela illustre pourtant ce qui cloche autour de L’Abandon, film néanmoins porté avec brio par Emmanuelle Bercot et Antoine Reinartz qui sort en salles ce mercredi 13 mai. Soit le même jour que sa présentation hors compétition au Festival et Cannes.
Réalisé par Vincent Garenq, spécialiste des récits judiciaires (Présumé Coupable, L’Enquête) ce film sur Samuel Paty respecte scrupuleusement le déroulé des onze jours de rumeurs et d’emballement numérique qui ont conduit à son assassinat par un terroriste islamiste devant son établissement.
Plus que les derniers jours de Samuel Paty, le film retrace ceux de tous les protagonistes du collège où se sont déroulés les faits. En partant de ce fameux cours d’enseignement moral et civique où il avait présenté à ses élèves −avec toutes les précautions nécessaires − des caricatures de Mahomet issues de Charlie Hebdo.
Bascule dans l’horreur
Le long-métrage prend également soin de revenir à la source du drame : le mensonge d’une élève, absente lors de ce cours, qui affirmera à ses parents que les élèves musulmans de la classe ont été stigmatisés à cause de leur confession religieuse et forcés à quitter la salle sur ordre du professeur. Ce qui sera, dès le début du film et comme dans la vie réelle, démenti par les élèves, Samuel Paty et l’administration du collège. Par la suite, L’Abandon prend le temps de représenter l’angoisse progressive qui va naître en Samuel Paty, coincé par la machine infernale lancée sur les réseaux sociaux par le père de cette élève. C’est d’ailleurs ce dernier qui attirera l’attention du tueur sur les réseaux sociaux. Ce qui est également montré dans le film.

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Le film prend le temps d’expliquer comment une élève, Bachira Saidi, s’est mise à accuser à tort son professeur d’avoir stigmatisé les élèves musulmans durant un cours.
Mais alors, qu’est-ce qui cloche vraiment avec L’Abandon ? Ce n’est sûrement pas son casting, ou sa réalisation, tous deux au service du destin tragique de Samuel Paty. Encore moins sa narration, qui resserre inexorablement l’étau autour de ce professeur discret mais apprécié de tous. Il faut d’ailleurs saluer la pudeur du film quand vient l’heure du meurtre particulièrement violent du professeur.
Malgré ses qualités indéniables pour aider à comprendre cette bascule dans l’horreur, le film se confronte à un premier problème : son titre. Le réalisateur explique qu’il fait écho à la « succession d’abandons, de dysfonctionnements, de lâchetés ou de naïvetés » dans l’histoire de Samuel Paty. Mais à l’exception de deux ou trois enseignants de l’établissement et de la faillite indiscutable des services de renseignement, il est en effet soutenu par sa direction, mais aussi par plusieurs élèves et leurs parents, même ceux de confession musulmane qui étaient au départ blessés ou circonspects face à ses méthodes. L’abandon, n’est pas forcément palpable.
Une démarche questionnable
Ce qui cloche par ailleurs vraiment avec L’Abandon, ce sont les intentions que l’on peut prêter au projet initial. En plus d’un timing de promotion douteux, les intentions derrière ce projet tourné dans le plus grand secret questionnent sur les réelles ambitions d’un film aussi précoce sur l’assassinat de Samuel Paty. La première bande-annonce avait été dévoilée sans la moindre date de sortie. Un fait plutôt rare, qui illustre l’envie pressante de capitaliser sur l’épilogue judiciaire de l’affaire pour assurer la promotion du film.
Il faut également préciser que L’Abandon est adapté du livre Les Derniers Jours de Samuel Paty, écrit par Stéphane Simon. Auteur du livre mais aussi producteur du film via sa société de production Outside Film, Stéphane Simon est connu pour son travail de producteur à la télévision, notamment pour Thierry Ardisson, et pour avoir lancé la webtv de Michel Onfray, philosophe aujourd’hui chroniqueur sur CNews. Sa société de production Open Media Factory s’est également démarquée en travaillant pour Marine Le Pen et Valérie Pécresse lors de campagne présidentielle de 2022. Dans son intrigant CV, Stéphane Simon dispose aussi d’un passé de journaliste faits divers et de rédacteur en chef du magazine Entrevue avant de devenir producteur de fictions et documentaires.

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Samuel Paty, incarné par Antoine Reinartz dans « L’Abandon ».
Bien que le film soit supervisé par une sœur de Samuel Paty et offre indéniablement « des outils de compréhension » salutaires sur les événements, comme le souligne Antoine Reinartz sur France Inter, difficile ne pas voir une forme d’opportunisme et de sensationnalisme embarrassant dans cette mise en images express des dernières heures de Samuel Paty.
C’est donc un malaise profond qui nous habite une fois la projection du film achevé. Pas à cause de son contenu, mais de tout ce qui l’entoure. Et ce, même si L’Abandon respecte la mémoire et les valeurs professionnelles de Samuel Paty, en plus de parfaitement expliquer la mécanique de mensonge et la cascade d’événements qui ont précipité sa mort le 16 octobre 2020. Comme l’expliquait la production du film, l’idée derrière ce projet était de ne pas laisser s’éteindre la mémoire de Samuel Paty. Une mission tout à fait honorable. Utiliser le cinéma − aussi vite − pour raconter ses derniers jours l’est sans doute un peu moins.


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