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Festival de Cannes : Dans « Autofiction », Pedro Almodóvar a mis beaucoup de lui, un peu trop ?

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Culture 20/05/2026 16:14 Actualisé le 20/05/2026 16:33

En compétition pour la Palme d’or, le nouveau long-métrage du cinéaste espagnol, qui sort au même moment au cinéma, ne nous a pas autant convaincus que prévu.

Six fois sélectionné, jamais récompensé. La septième peut-elle (enfin) être la bonne ? Pedro Almodóvar y croit. Nous, moins. Ce mardi 19 mai, le cinéaste espagnol a monté les marches du Festival de Cannes pour défendre son nouveau long-métrage en compétition, un film rebaptisé en français Autofiction, qui sort ce mercredi en salles.

Son histoire, c’est celle d’un certain Raul Duran. Réalisateur en vue dans son pays, celui-ci n’a pas tourné depuis cinq ans. En cause, une foutue panne d’inspiration. Sa solution ? Une nouvelle héroïne, Elsa, metteuse en scène « culte » pour une petite poignée de spectateurs, dont la vie s’inspire de la sienne.

Aujourd’hui dans la pub, elle a à cœur de se remettre à l’écriture. Elle veut refaire du cinéma. Mais sur quoi écrire ? Le couple de sa plus proche collaboratrice, peut-être. Son amie est furieuse en l’apprenant. Idem pour l’assistante de Raul, verte de rage à la lecture du scénario, trop proche d’un drame que traverse sa partenaire.

Zéro star au casting (hormis une apparition de Rossy de Palma), des couleurs plus vives que jamais, et le même esprit de malice… Drôle d’histoire dans l’histoire, Autofiction nous embarque surtout dans un pan de réflexions sur les limites de la création et son caractère parfois vampirisant pour les proches d’un artiste.

Pedro ou Raul ?

Un thème sous-jacent chez plusieurs de ses concurrents pour la Palme d’or, dont Histoires parallèles d’Asghar Farhadi et L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen. Lui, le fait à sa sauce. C’est frontal : « La réalité s’immisce dans la fiction plus qu’on ne le croit », souffle son héros, double du réalisateur à l’écran. Même coiffure grisonnante, mêmes polos chatoyants : Raul, c’est lui.

L’un comme l’autre vivent pour le cinéma, qu’ils nourrissent de sujets intimes récurrents, comme le deuil de leur mère respective. À la maison, l’un et l’autre sont en couple avec un homme plus jeune qu’eux de quinze ans. Pour l’un, c’est le beau Santi. Pour l’autre, le photographe Fernando Iglesias Más.

Leonardo Sbaraglia, ici dans « Autofiction », en salles mercredi 20 mai 2026.

El Deseo / Iglesias Más

Leonardo Sbaraglia, ici dans « Autofiction », en salles mercredi 20 mai 2026.

Pedro Almodóvar a mis beaucoup, beaucoup de lui dans ce film. La terrible migraine d’Elsa peut en témoigner. Son inquiétante crise d’angoisse, aussi. On y retrouve également son goût pour la feu Chavela Vargas, diva mexicaine et amante de Frida Kahlo, dont les morceaux ne donnent pas seulement des frissons aux femmes du film.

The Room Next Door, Douleur et Gloire…

Plus loin, il est question d’un cauchemar, celui d’une nuit au cours de laquelle il a rêvé ne plus parvenir à faire sa valise. Un petit geste du quotidien pourtant si facile, raconté, ici, comme le signe d’une fragilité et d’une impuissance dans la bouche de Natalia, mannequin fictive en dépression depuis la perte de son enfant.

Les clins d’œil à son cinéma sont, eux, nombreux. The Room Next Door, pour les deux chambres d’hôpital. Le retour à Lanzarote, comme dans Étreintes Brisées. La grotte aux murs repeints en blanc du petit village d’Antonio Banderas enfant dans Douleur et Gloire est là. Pareil pour la signature musicale d’Alberto Iglesias dans Parle avec elle.

Plus proche de l’autoportrait que de l’autofiction, le film interroge. À quoi mesure-t-on l’intérêt d’un film personnel ? À la quantité d’anecdotes sur soi qu’on y glisse ? En conférence de presse, le principal intéressé dit, lui, ne plus vouloir « avoir recours à [lui-même] pour écrire ». Après ce « best of », nous aussi.

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