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Festival BD d’Évreux. Sti, co-auteur des Profs : « Ce qui me plaît le plus, c’est de raconter des histoires »

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Co-auteur à succès de la série Les Profs, le dessinateur et scénariste Sti (Ronan Lefebvre) présentera l’album Annabelle pirate rebelle les 29 et 30 août au festival BD d’Évreux.

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Sti

Ronan Lefebvre alias Sti. ©Dominik Fusina

Par Florent Lemaire Publié le 16 août 2026 à 18h00

Vous êtes ingénieur informatique de formation, vous avez exercé cette profession quelques années. À quel moment basculez-vous dans la BD de façon professionnelle, et qu’est-ce qui vous fait faire le grand saut ?

La BD a toujours été un rêve de gosse pour moi. Petit, je rêvais de voir mes BD publiées dans Spirou. L’informatique était ma deuxième passion. En 2007, je retourne dans un salon BD et je me dis que c’est vraiment ça que je voulais faire. En rentrant, je décide de me remettre au dessin. J’ai commencé à raconter ma vie sous forme de BD, publiée sur un blog. Au bout de quelques mois, après avoir cumulé assez d’histoires, j’ai contacté un éditeur au culot mais qui m’a dit on y va. Mon premier album est paru en 2008. Au début, j’ai gardé les deux métiers en même temps mais c’était trop crevant. En 2010, j’ai pris une année sabbatique pour voir ce que ça donnerait avec la BD, et je ne suis jamais revenu dans l’informatique.

La BD, c’est donc une passion d’enfant.

Ma première BD, c’était un album des Schtroumpfs, à 6-7 ans. J’ai trouvé ça trop bien. À partir de là, je n’ai plus lu que des BD. C’est toujours ce que je fais !

Et vous avez commencé très vite à dessiner ?

Évidemment, c’était très moche à l’époque. Il n’y avait aucune école de BD. J’ai fait ça en autodidacte, je fabriquais de faux journaux. Je passais mon temps à écrire et dessiner de petites histoires. C’était ma passion, avec l’ordinateur.

Que lisiez-vous à l’époque ?

Surtout des BD d’humour. J’étais très fan de tout ce qui passait dans Spirou, notamment les BD de Raoul Cauvin, L’agent 212, Les femmes en blanc, Les Tuniques bleues… Et évidemment Gaston, Spirou. Un peu de BD d’aventure mais beaucoup moins que la « BD à gros nez ».

Et aujourd’hui ?

J’en lis beaucoup moins depuis que j’en fais de façon professionnelle. J’ai peur que ça me parasite le cerveau. Il y a quand même des auteurs dont je suis un très grand fan, comme Bouzard, Libon, Dab’s.

Quelle série ou auteur vous inspire particulièrement ?

Celle que je relis en permanence et dont le ton m’inspire beaucoup, c’est Spirou et Fantasio.

Vous portez votre pseudonyme, Sti, depuis toujours. Que signifie-t-il ?

Je l’avais même adolescent. C’est un reliquat de mon passé d’informaticien. Ça vient de l’ordinateur Atari ST, le premier sur lequel j’ai fait du dessin informatique. À l’époque, il n’y avait pas de tablette graphique ou de stylet. Mes dessins étaient réalisés pixel par pixel. Je voulais signer mes dessins avec le pseudo ST-Iron. Sur nos petits écrans, la signature en couvrait un quart ! J’ai donc trouvé la signature Sti. En commençant la BD, je me suis posé la question de travailler avec mon vrai nom, qui est très commun, et un prénom que tout le monde écorchait, ou de choisir un pseudo. J’ai choisi la seconde option et celui-là m’est venu naturellement.

J’ai beaucoup d’autodérision, j’adore me mettre en scène et me ridiculiser.

Comment est née votre première série, les Rabbit ?

Il fallait trouver un sujet à raconter sur mon blog. J’ai pensé à ma vie de famille, j’avais le sujet sous les yeux. Pourquoi le lapin ? À l’époque, je reprenais le dessin et j’étais beaucoup moins à l’aise avec les personnages humains.

Elle a été récompensée de quelques prix. A-t-elle une place particulière dans votre cœur ?

Elle aura toujours une place particulière parce que c’est la première, celle qui a tout lancé. Elle a eu des sortes de suite, j’ai continué à raconter ma vie perso et de famille dans deux séries, Mes premières fois et Photo de famille (recomposée), chez Bamboo. C’est un sujet que j’aime utiliser. J’ai beaucoup d’autodérision, j’adore me mettre en scène et me ridiculiser.

Vous êtes dessinateur, scénariste et coloriste mais essentiellement scénariste. Que préférez-vous dans ce métier d’auteur ?

Le scénario, c’est 80 % de mon temps. Je dessine essentiellement dans la presse, Spirou et Le Journal de Mickey. Ce qui me plaît le plus dans ce métier, c’est de raconter des histoires. Quand c’est moi qui les dessine, c’est bien. Quand c’est d’autres, parfois c’est mieux dessiné et puis ça permet de redécouvrir ses pages.

Expliquez-nous comment on travaille à deux voire plus sur un album, comment on se coordonne ?

Généralement, je cherche une idée, que je note et que je laisse mûrir dans ma tête, pendant un ou deux jours. Quand c’est prêt, j’écris les textes, je prépare les story-boards. Je fais valider par l’éditeur avant d’envoyer au dessinateur. Certains restent très fidèles au story-board, d’autres vont ajouter leur patte. Ils m’envoient une version crayonnée, avant de passer à l’encrage et à la couleur. C’est un jeu de ping-pong, où chacun peut donner son avis à l’autre. Tout ça prend environ 20 à 30 heures par page.

Qu’est-ce qui inspire vos histoires ? Un thème, une situation vécue, un dialogue ?

Certains ont des méthodes pour trouver des gags. Moi, ça arrive n’importe où, n’importe quand. Ça me vient tout seul. J’observe beaucoup, j’écoute beaucoup. Il faut que je fasse autre chose pour me vider la tête. Le plus dur à gérer, c’est la frustration. Je peux passer 24 heures sans rien trouver. Ça ne doit pas être la panique, car je peux en trouver quatre le lendemain. C’est pour ça que je travaille sur plusieurs séries en même temps, ça permet de limiter les phases de frustration.

Une de ces séries, très connue, c’est Les Profs. Comment êtes-vous arrivé dans ce projet en 2018 ?

Je suis arrivé à un point de ma carrière où on vient me chercher. Je connaissais Erroc, le scénariste des Profs, qui m’a fait part de sa lassitude. Il avait fait les vingt premiers tomes en solo, il m’avait dit qu’il était un peu à sec. Il m’a demandé de reprendre la série. Je lui ai proposé d’en faire un à deux, il a accepté. On s’est éclaté avec ce premier tome. Ça fait dix ans qu’il a dit vouloir arrêter et qu’il est toujours là à s’amuser avec moi ! On se connaît par cœur maintenant, ce n’est pas du boulot, c’est de l’amusement perpétuel.

Cette série a dû représenter un coup d’accélérateur énorme dans votre carrière ?

Exactement. Les Profs, ç’a été un gap, notamment financier. Je gagne mieux ma vie en tant qu’auteur de BD qu’en tant qu’informaticien. J’ai aussi gagné en visibilité. À partir de là, j’ai été invité plus souvent dans les salons, les éditeurs sont venus me voir, quand je me présente, je sens un intérêt supérieur. Je ne remercierai jamais assez Erroc, c’est ma bonne fée dans le métier.

Est-ce qu’on arrive facilement à se glisser dans une série existante, est-ce qu’on peut y mettre sa patte ?

C’était le challenge. Il fallait que je rentre dans le moule, en apportant ma touche, mais sans tout révolutionner. Même dix ans après, Erroc est mon premier lecteur. On ne signe pas nos gags, on les mélange. Si nos proches n’arrivent pas à savoir qui a écrit quoi, on sait qu’on a fusionné. Pour les histoires courtes, il vient chez moi au Havre et on écrit les scénarios à deux. Depuis quelques albums, on a un petit jeu : on fait une histoire de deux pages en impro totale, chacun écrivant une bande à la suite. On se connaît tellement qu’au bout de deux-trois lignes, on sait où l’autre veut amener le gag.

Vous faites de la BD humoristique. Pourquoi ce choix ?

J’aime bien rigoler et j’adore faire des blagues. C’était naturel de me tourner vers la BD d’humour. Je ne sais faire que ça. On peut faire plein de choses, des petits strips, des gags d’une page, des histoires longues. Je ne me suis jamais ennuyé dans la BD d’humour en 20 ans de métier.

Faire des gags sur une page, c’est une mécanique particulière ?

Ce n’est pas donné à tout le monde. Plus le format est court, plus c’est difficile. On a moins le temps d’amener les choses. Il faut être efficace, tailler dans le gras. La quintessence du gag, c’est le strip [comic strip, N.D.L.R.], le gag en 3-4 cases.

Les rencontres avec les gamins, c’est génial. Pour certains, tu es leur héros, ils ont les yeux qui brillent.

À Évreux, vous présenterez Annabelle, parlez-nous de cette jeune héroïne. Comment est-elle née ?

Le dessinateur, Ghorbani, m’a écrit et envoyé quelques dessins. Il a touché la corde sensible, j’adore les pirates. Il a un dessin qui correspond à ce que j’aime, du franco-belge classique mais modernisé. J’ai commencé à écrire des gags. Je ne voulais pas me mettre la pression sur cette série, ne pas forcément la publier. Je l’ai envoyée à Spirou, avec qui je travaille depuis 2011. Le journal a pris la série, ça nous allait très bien. On a fini par avoir assez de matériel pour faire un album. C’est là que j’ai vu passer l’annonce du prochain festival d’Évreux, sur le thème des pirates. Belle coïncidence ! J’ai écrit aux éditions Varou pour leur présenter le projet. L’album sera présenté à Évreux en avant-première.

Vous publiez dans des magazines comme Spirou ou le Journal de Mickey. Est-ce qu’on travaille différemment pour les enfants ou les adultes ?

Pas trop. Quand je relis des BD de mon enfance, il y en a plein qui ne me font plus rire. J’ai toujours considéré que pour qu’une série marche, elle doit faire rire autant les enfants que les adultes. J’essaye toujours de suivre ce précepte. Je ne vise pas un public précis, j’ai le même style d’humour quelle que soit la série.

Êtes-vous déjà venu au festival d’Évreux ?

J’y ai déjà participé en tant qu’auteur. Le cadre est très sympa, j’apprécie le fait d’être dehors, que des gens puissent venir par curiosité.

Que pensez-vous de ce rendez-vous et, plus généralement, des moments de rencontres avec les lecteurs ? Est-ce que ça vous sert dans votre pratique ?

Les festivals, ça fait du bien à notre ego. On nous fait peu de remarques. J’ai de la chance de faire de la BD tout public et notamment jeunesse. Les rencontres avec les gamins, c’est génial. Pour certains, tu es leur héros, ils ont les yeux qui brillent. Ça permet aussi de rencontrer d’autres auteurs. J’ai plein de séries qui se sont faites au cours de salons.

Après une vingtaine d’années de métier, diriez-vous qu’il est facile de se faire un nom et une place dans le milieu de la BD ?

Certains ont la chance de faire un carton dès le premier album, mais c’est plutôt un travail de longue haleine, de patience. J’ai vingt ans de carrière mais il en a fallu presque quinze pour que je change de catégorie. C’est un métier difficile. On vit des années compliquées, j’invite les gens à venir à Évreux faire des découvertes.

De quoi êtes-vous le plus fier ?

Être publié dans Spirou, c’était ce dont je rêvais petit.

Quels sont vos prochains projets ?

L’année prochaine, j’aurai deux nouvelles séries qui sortiront. La première avec Miss Prickly au dessin. Ce sera des petits formats en histoire complète, l’histoire d’une petite princesse qui, en cachette de ses parents, est chevaleresse. Ça sortira en février chez Dupuis. Ensuite, en avril, chez Bamboo, arrive Maîtresse tête en l’air, l’adaptation d’anecdotes racontées par une maîtresse d’école sur son compte Instagram.

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