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Fermée au public en 1990, la tour de Pise a été redressée de 44 cm en onze ans : ce qui a sauvé ses 14 500 tonnes n’était ni du béton ni des vérins

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Ni coulée de béton ni armée de vérins hydrauliques : c’est la terre, et en quantité minuscule, qui a sauvé la tour de Pise. Entre 1990 et 2001, des ingénieurs ont retiré environ 70 tonnes de sol sous son flanc nord, le côté le plus haut. La tour s’est redressée de 44 centimètres, alors qu’elle menaçait de s’effondrer.

Soixante-dix tonnes de terre contre 14 500 tonnes de pierre.

À retenir

  • 70 tonnes de terre extraites sous le flanc nord ont redressé la tour de 44 centimètres entre 1990 et 2001
  • La tour penchait à 5,5 degrés, soit 0,06 degré avant le seuil de basculement calculé à 5,44 degrés
  • La technique de sous-excavation a préservé l’authenticité du monument en évitant béton et matériaux modernes permanents
  • Le sol mou, cause de l’inclinaison, a paradoxalement amorti les séismes pendant huit siècles

Sommaire

  1. Janvier 1990 : une tour à quelques centièmes de degré du basculement
  2. Le plomb a retenu la tour, la terre l’a ramenée
  3. Pourquoi couler du béton aurait été une mauvaise idée

Janvier 1990 : une tour à quelques centièmes de degré du basculement

La fermeture au public est décidée en janvier 1990, après un peu plus de 31 millions de visiteurs en soixante ans. Un an plus tôt, la tour civique de Pavie s’était effondrée en faisant des morts, ce qui avait rendu l’inquiétude très concrète. La tour de Pise penchait alors de 5,5 degrés, et les modèles informatiques fixaient le seuil de basculement à 5,44 degrés. Le sol continuait de la faire pencher un peu plus chaque année, d’environ un millimètre au sommet.

Le défaut vient de loin : la construction démarre en 1173 sur un sol argileux, mou, incapable de porter une telle masse sans céder inégalement. Les bâtisseurs médiévaux ont tenté de compenser en ajoutant de la pierre d’un côté, d’où la légère forme de banane que décrit aujourd’hui l’ingénieur Roberto Cela, qui dirige l’Opera Primaziale Pisana, l’organisme chargé des monuments de la place.

Le calcul était donc déjà dépassé sur le papier.

Le plomb a retenu la tour, la terre l’a ramenée

Les premières mesures ont consisté à ceinturer la tour d’acier, câblée et ancrée au sol, puis à poser des contrepoids en plomb côté nord (870 tonnes au total). Cela a freiné le mouvement sans le faire reculer. Le chantier, dirigé par l’ingénieur Michele Jamiolkowski, a mobilisé des spécialistes d’une quinzaine de pays.

La méthode décisive porte un nom technique, la sous-excavation. Des forages inclinés passent sous les fondations du côté nord et en extraient de petites quantités de sol. Le terrain se tasse alors pour combler le vide, le flanc nord s’enfonce de quelques millimètres et la tour pivote doucement vers la verticale. L’opération principale s’est déroulée entre 1998 et 2000, par petites touches successives, sous surveillance permanente.

Soixante-dix tonnes, c’est moins de deux semi-remorques chargés à la limite légale. Le monument qu’elles ont déplacé pèse le double de la structure métallique de la tour Eiffel, qui avoisine 7 300 tonnes.

Au sommet, la tour a regagné 44 centimètres.

Pourquoi couler du béton aurait été une mauvaise idée

Renforcer les fondations à coups de béton ou de poussée mécanique revenait à imposer une secousse à un édifice de huit siècles, posé sur de l’argile. L’équipe a choisi de travailler avec le sol plutôt que contre lui, et de ne laisser aucun matériau moderne permanent dans la structure, ce qui préserve l’authenticité du monument. Le sol mou, cause du problème, a aussi amorti les séismes qui auraient pu faire tomber un édifice plus rigide.

Le chantier a coûté près de 28 millions d’euros selon les estimations, et la tour a rouvert aux visiteurs le 15 décembre 2001, après onze ans de fermeture. Son inclinaison était ramenée à 3,97 degrés, celle qu’elle avait au début du XIXe siècle.

Depuis, les mesures montrent un phénomène que personne n’avait programmé. La tour continue de se redresser lentement sans aucune intervention : environ 4,5 centimètres supplémentaires entre 2001 et la fin des années 2010, ce qui porte le gain total à environ 45 centimètres depuis 1990 selon Roberto Cela. Les experts la jugent stable pour au moins deux siècles, mais l’ingénieur prévient qu’elle ne sera jamais parfaitement droite, à cause de la courbure héritée de sa construction.

Sources : swissinfo.ch | ohchouette.com

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