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Voir un artiste comme Fennesz, autant célébré pour la nature avant-gardiste de son travail, revisiter une œuvre parue il y a un quart de siècle amuse d’abord. Puis fait ensuite réfléchir : il y a tant encore à découvrir à l’intersection de la guitare et des ordinateurs, pourquoi s’intéresser au passé ? Parce qu’il s’agit de l’anniversaire d’Endless Summer, album pivot dans l’histoire des musiques électroniques de pointe sur lequel son créateur accepte de revenir pour Le Devoir avant de le faire sur scène à l’affiche du festival Mutek.
« Il est vrai que je réécoute peu mes enregistrements d’alors, reconnaît Christian Fennesz. Mais cet exercice est intéressant, parce qu’il y a une telle distance entre le moment de la sortie et aujourd’hui. Ma vie était complètement différente à l’époque. Ce projet de recréer l’album sur scène, c’est un peu comme un voyage dans le passé. »
« C’est intéressant. Et assez comique, aussi : en réécoutant le tout, je me demandais comment j’avais réussi à faire tel ou tel passage de l’album, d’où m’était venue cette idée-là. Ce qui est étrange, c’est l’impression que cette œuvre a été conçue par quelqu’un d’autre que moi. La rejouer sur scène, la retravailler — parce que j’ai égaré sur un disque dur quelque part une partie des pistes originales —, rassembler le tout, même réenregistrer quelques portions, tout d’un coup, ça me ramène à l’état dans lequel j’étais à l’époque. »
« [Est-ce que] ça me rend mélancolique ? Sans doute un peu, mais bon, il y a toujours une part de mélancolie dans mon travail. »
Les artistes ne sont pas astrologues et ne savent donc pas lire dans les étoiles pour savoir d’avance si leur création sera accueillie favorablement ou non, « mais dans le cas d’Endless Summer, j’avais une petite idée que ça pouvait devenir “populaire”, d’une certaine manière », admet l’Autrichien. « C’était la première fois qu’un musicien faisait un truc pareil, c’est-à-dire utiliser des mélodies et des harmonies avec de la musique numérique », analyse-t-il.
« Je me disais : quiconque a une bonne compréhension de la musique pop et rock des années 1960 et 1970 devrait reconnaître ce qui se passe sur cet album. » Soit la rencontre entre guitare rock expérimentale manipulée à l’ordinateur, rythmiques synthétiques complexes, et atmosphères sereines qui séduisent encore aujourd’hui les amateurs de musique ambient qui élèvent Endless Summer au rang de classique du genre.
Paru en 1997 sous l’étiquette autrichienne Mego, Hotel Paral.lel, le premier album de Fennesz, faisait l’étalage de l’étendue du registre du musicien ayant fait ses classes sur la scène rock expérimentale de Vienne, où il réside toujours : entre guitare noise et structures rythmiques imprévisibles à la manière Autechre, Fennesz mariait deux univers musicaux que peu avant lui avaient osé unir.
L’avant-garde à l’avant-scène
C’est avec la sortie d’Endless Summer en 2001 (toujours chez Mego) que la notoriété du musicien allait s’étendre à un nouvel auditoire : ce disque, toujours aussi touchant 25 ans plus tard, perce l’apparence cérébrale des musiques électroniques d’avant-garde grâce à ces harmonies qui tirent l’oreille, et grâce à cette forme d’hommage aux Beach Boys de Brian Wilson qu’on découvre en filigrane de plusieurs pièces — les huit minutes de la chanson-titre, et la superbe Caecilia, qui sonne comme l’écho diffus, déconstruit, de la progression harmonique des couplets de God Only Knows, perle tirée du chef-d’œuvre Pet Sounds (1966).
Étrangement, au moment de donner un titre à son album, Christian Fennesz ignorait que c’était aussi celui d’une compilation des Beach Boys parue à l’été 1974 : « J’ai pris ce titre d’un documentaire sur le surf [paru lui aussi en 1966] ! »
« Mais j’admire bien sûr Brian Wilson, le compositeur autant que le réalisateur. Pet Sounds et SMiLE [une version inachevée fut éditée en 1967, la version complète en 2011] sont des jalons dans l’histoire de la musique, comme ce qu’ont pu composer Mozart et Beethoven. »
Les compositions, les mélodies, les progressions harmoniques ont influencé le travail de Fennesz, particulièrement sur cet album que le musicien promet de recréer samedi sur la scène de la Maison symphonique. « En concert, c’est un peu comme transposer mon studio sur scène : je travaille avec un ordinateur et Ableton Live », logiciel de choix pour manipuler en direct les sons, « une console multipistes que je tapote, et je joue de la guitare par-dessus tout ça. Il y a aussi beaucoup de pédales — c’est beaucoup de travail de reproduire cet album, parce qu’il est assez complexe ! J’ai donné deux fois déjà ce concert, et le résultat me paraissait très bon ».
En compagnie de l’artiste visuel Lillevan, Fennesz présentera Endless Summer à 19 h le 29 août à la Maison symphonique, dans le cadre du programme X/VISIONS 3 du festival Mutek.


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