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« La situation financière du canton de Fauquier Strickland s’est affaiblie et n’est plus autosuffisante », souligne un rapport commandé par la province. Alors que le canton de moins de 1 000 habitants est confronté à une dette totale estimée à plus de cinq millions de dollars, l’analyse a pour but d’identifier les facteurs qui ont provoqué la crise financière, et d’offrir des pistes de solutions pour s’en sortir.
En juillet 2025, Madeleine Tremblay, la maire du canton de Fauquier-Strickland, lançait un cri du cœur au gouvernement provincial. Elle était dos au mur face à des problèmes de trésorerie majeurs. Son canton menaçait de cesser tous ses services et de licencier ses employés.
Plus d’un an plus tard, le rapport d’audit indépendant réalisé par la firme KPMG dévoile que de nombreuses décisions semblent avoir été prises sans tenir compte des conséquences financières. Entre 2021 et 2024, alors que les revenus du canton ont chuté de 23 %, les charges ont augmenté en moyenne de 9,9 % par an.
Selon le rapport, les causes profondes de ce déséquilibre sont d’abord liées aux pratiques de gestion. Fauquier-Strickland dressait des budgets sans perspective financière pluriannuelle et n’identifiait pas les sources de financement pour ses travaux d’infrastructures.

Le rapport de la firme KPMG note que les réserves ont chuté en 2024.
Photo : Capture d'écran
En effet, bien que ses fonds ne le lui permettaient pas, Fauquier-Strickland a entamé la réalisation simultanée de trois grands projets d’immobilisations entre 2018 et 2023. Ils totalisaient 6,7 millions de dollars. De cette somme, 1,6 million de dollars ont dû être puisés dans les réserves municipales, et 2,9 millions de dollars ont été financés par l’endettement.
Le canton était déjà financièrement vulnérable lorsque ces projets d’immobilisations ont été lancés […] l’absence de planification adaptée aux besoins et les changements de portée des projets ont affaibli le contrôle des coûts , souligne le rapport.
De plus, les travaux d’entretien, qui étaient souvent dictés par l’urgence , ont considérablement alourdi la facture finale, notamment pour l’usine de traitement de l’eau ou le centre communautaire. En 2024, le canton a dû réduire ses réserves de 1,4 million de dollars pour s’ajuster aux fonds réellement disponibles, ramenant son solde de réserves à moins de 600 000 $.

Une affiche installée devant l’usine de traitement des eaux du canton indique que les travaux d’amélioration ont coûté 2,6 millions de dollars. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
L’analyse dévoile également la volonté de la municipalité de préserver une apparence d’abordabilité , qui a entraîné des pertes de revenus. KPMG note que le canton a priorisé la limitation des hausses annuelles de taxes pour les résidents, sans stratégie définie pour financer les grandes infrastructures .
Dans une déclaration envoyée par courriel, le conseiller municipal Pierre Lamontagne renvoie la faute à la précédente direction.
Notre situation financière est due à de mauvaises décisions qui ont été prises par le conseil précédent, qui avait grandement confiance dans l’ex-administration, indique-t-il.
Cette ex-administration n’avait pas les compétences requises pour gérer financièrement notre municipalité et le conseil précédent a tout de même approuvé des projets d’infrastructure trop dispendieux sans comprendre les finances.
La maire du canton occupe toutefois son poste depuis 2006.
Des problèmes organisationnels
Le rapport note également que la gestion de la trésorerie était inefficace en raison de l’ensemble des tâches confiées à une seule personne. En plus d’être trésorière, Shannon Pawliskowski agit également à titre de greffière et directrice de services municipaux, ce qui, selon l’analyse, augmente les risques d’erreur.
Ces priorités concurrentes limitent la capacité du canton à réaliser une analyse financière et une diligence raisonnable approfondies , indique l’audit.

La maire, Madeleine Tremblay, avait avoué à l'époque ne pas avoir compris les chiffres. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot
Un plan pour redresser la situation
Pour remonter la pente, KPMG recommande un plan d’action sur cinq ans qui comprend 14 recommandations. L'une d'entre elles consiste à renforcer la gestion des flux de trésorerie et les rapports financiers en établissant entre autres des seuils minimaux de trésorerie et des rapports mensuels ou trimestriels normalisés au conseil.
Une autre suggère d’offrir de la formation au conseil municipal et au personnel sur l’interprétation de l’information financière et des actifs.
Le rapport propose également de séparer le rôle de trésorier en embauchant un travailleur à temps partiel, sous contrat ou en impartition, afin de fournir un soutien spécialisé en finances et en comptabilité, et de mieux séparer les responsabilités financières et administratives.
Réparti sur cinq ans, le plan d’action devrait permettre à la municipalité de Fauquier-Strickland de stabiliser sa situation financière, d’atténuer les risques urgents de liquidité et de trésorerie, et de revoir sa gouvernance.

Gilles LeVasseur admet que les problèmes de Fauquier-Strickland ne pourront être réglés que si des élus engagés siègent au conseil. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Simon Lasalle
Gilles Levasseur, professeur en gestion et droit à l'Université d'Ottawa, juge toutefois que la municipalité pourrait avoir besoin de l’aide de la province pour réellement se sortir du gouffre.
Si on n’a pas des moyens rapides, on n’a pas l’aide gouvernementale pour au moins avoir un minimum de protection financière. On s’en va vers une autre situation où est-ce qu’on va devoir fusionner cette municipalité-là avec d’autres instances dans la région pour être capable de faire face aux obligations, puis à toutes les conséquences , déclare-t-il.
Pour sa part, le gouvernement de l’Ontario tient à la mise en œuvre de ces recommandations. Dans une missive envoyée aux élus locaux, le ministère des Affaires municipales précise qu’il envisage actuellement de prendre un ou plusieurs décrets en vertu de l’article 14 de la Loi sur les affaires municipales qui, s’ils étaient adoptés, obligeraient le canton à se conformer aux recommandations de la vérification .
Le conseil municipal de Fauquier-Strickland a approuvé le rapport et toutes ses recommandations lors de sa réunion mardi soir.


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