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Résister et accroître le coût de la guerre pour les États-Unis jusqu’à les pousser à renoncer : loin d’être désordonnée, la stratégie iranienne consistant à semer le chaos au Moyen-Orient et à bloquer le détroit d’Ormuz est réfléchie pour un pouvoir qui joue sa survie, estiment différents experts.
Pourquoi attaquer des pays tiers, qui auraient pu être des soutiens ou au moins rester neutres ? Les attaques sur les États du Golfe, l’Azerbaïdjan, la Turquie sont-elles calculées ou le résultat de prises d’initiatives de commandants militaires iraniens de second rang privés de consignes par les frappes de décapitation du pouvoir ?
« La grande question est de savoir s’il y a une organisation dans la réponse iranienne », s’interrogeait la semaine dernière une source diplomatique française.
Même si le régime iranien est secoué par les frappes américaines et israéliennes qui ont éliminé ses hauts dirigeants, le système tient jusqu’ici. « L’Iran se préparait à cette éventualité depuis longtemps », rappelle la Dre Burcu Ozcelik, du centre britannique Rusi.
Après avoir encaissé le choc initial, les autorités cherchent maintenant à garantir la continuité de la République islamique en misant sur un concept bien connu : l’asymétrie des volontés, entre un belligérant qui joue sa survie, l’Iran, et un autre qui ne défendrait que des intérêts de moindre importance, les États-Unis.
« Porte de sortie »
L’Iran ne peut pas espérer infliger par les armes une défaite aux États-Unis, dont la supériorité est incontestable, mais il peut espérer résister à une campagne militaire strictement aérienne pour l’instant.
Donc « Téhéran cherche à renchérir le coût de l’escalade jusqu’à ce que Washington envisage une porte de sortie », résume Ali Vaez, de l’International Crisis Group.
Dans un texte de référence sur les conflits asymétriques publié en 1975 après le revers américain au Vietnam, le chercheur Andrew Mack soulignait l’intérêt pour les belligérants les plus faibles de miser sur « l’affaiblissement progressif de la capacité politique de leurs adversaires à mener la guerre ».
Comme les Iraniens « n’ont pas des réserves indéfinies de missiles et de drones, on les voit essayer de faire en sorte d’utiliser leurs munitions de façon parcimonieuse, pour que le conflit dure suffisamment, et pour qu’éventuellement Trump, à un moment, dise : “Ça suffit, on arrête” », explique Agnès Levallois, présidente de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMo).
« Plus le conflit s’éternise, plus Téhéran a le sentiment que l’équilibre stratégique — psychologique et politique — se modifie » en sa faveur, estime Danny Citrinowicz, de l’INSS israélien.
« Conscient de son incapacité à remporter une guerre conventionnelle contre les États-Unis, Téhéran recourt à des tactiques irrégulières pour prolonger le conflit », selon le centre américain Soufan.
Téhéran utilise donc des voies détournées : semer le chaos dans la région, bombarder ses voisins et faire s’envoler les prix du pétrole en bloquant de fait Ormuz pour que la pression combinée de ses amis du Golfe et de l’inflation énergétique dans le monde fasse reculer le président américain Donald Trump.
« La stratégie est de mettre les pays du Golfe sous pression », explique Mme Ozcelik : « Le but est de faire pression sur Washington en provoquant la colère des pays du Golfe et en entraînant une hausse des prix du pétrole, du gaz et des autres matières premières ».
Levier sur Washington ?
« Les répercussions sur les marchés, les perturbations du détroit d’Ormuz et les prix du pétrole sont autant de variables qui pèseront lourdement sur la réflexion de Washington ou l’inciteront à un retrait anticipé », estime l’analyste du cabinet américain Teneo, Emily Stromquist.
Cette stratégie suppose que les pays du Golfe peuvent avoir une influence sur Donald Trump plus forte que celle d’Israël. Elle aura aussi des conséquences durables si la République islamique survit, estime Mme Ozcelik : « Le régime iranien devra faire de profondes concessions, auxquelles il ne sera peut-être pas disposé ».
Compte tenu de ce qu’ils ont subi, « les États du Golfe voudront avoir une influence sur l’élaboration de tout accord de cessez-le-feu », estime-t-elle. Et après les hostilités, « il sera difficile pour Téhéran de rétablir ses relations avec le Golfe » qui s’était améliorées ces dernières années.
Cela importe sans doute peu à Téhéran, selon M. Citrinowicz, qui juge que l’objectif du pouvoir est « de maximiser ses gains et d’imprimer dans l’esprit de ses adversaires le coût d’un futur combat contre l’Iran ».


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