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Tech & Futurs 02/10/2026 13:11 Actualisé le 02/10/2026 17:00
Mediapart assure avoir eu accès à des copies de conversations privées de Jordan Bardella sur Messenger, réclamées directement par leurs sources auprès de Facebook. Un droit encadré par la loi.

SOPA Images / SOPA Images/LightRocket via Gett
Le groupe Meta, la maison mère de Facebook, Messenger, Instagram et WhatsApp, permet à ses utilisateurs de demander une copie de l’intégralité des conversations stockées directement sur leurs serveurs, comme le réclame le droit européen.
EN BREF • Pour authentifier les écrits antisémites attribués à Jordan Bardella, Mediapart a demandé à ses sources de faire extraire par Meta l’ensemble de leurs conversations.
• Cette pratique possible depuis le début des années 2010 a été rendue obligatoire pour toutes les plateformes par le droit européen.
• Depuis quelques années, certaines plateformes ont chiffré les conversations auxquelles seuls les titulaires du compte peuvent avoir accès.
C’est la preuve centrale des révélations de Mediapart sur les propos antisémites attribués à Jordan Bardella : des conversations Messenger, datant de 2013 et mettant directement en cause le patron du Rassemblement national. Les auteurs de l’enquête affirment que pour « être sûr·es qu’il ne s’agit pas d’un faux ou d’un document altéré, issu d’un montage », ils ont demandé à leurs sources de réclamer directement auprès de Meta une copie de leurs conversations sur l’année 2013.
De très nombreuses personnes ont sûrement découvert cette fonction que Facebook permet pourtant depuis 2010, mais qui s’est largement enrichie au fil du temps, notamment grâce au droit européen. Le HuffPost vous explique.
· Comment cela fonctionne ?
Tout utilisateur de Facebook - ou de n’importe quelle plateforme numérique - peut réclamer une copie de ses données conservées. « Les informations disponibles comprennent le contenu et les informations que vous avez partagés, votre activité et les informations que nous collectons », explique Facebook sur son site.
La démarche, méconnue, n’est pourtant pas très complexe. Elle est d’ailleurs expliquée par Facebook sur ce même lien. Il suffit de se rendre dans les paramètres de son compte, d’aller dans le volet « Exporter vos informations » de choisir une période, le type d’information que l’on souhaite consulter (messages, publications, stories…), puis de les exporter dans le format que l’on souhaite. Vous recevrez ensuite un lien de téléchargement pour consulter ces données, qui expirera au bout de quelques jours.
Attention, ces données relèvent de votre vie privée : ne les téléchargez pas sur un réseau public, et ne les conservez pas sans protection.
· De quand date ce « droit d’accès » ?
Comme en témoigne ce post du compte Facebook Security datant de 2011, la possibilité de réclamer une copie de toutes les informations postées et de ses messages sur Facebook date déjà d’octobre 2010, à l’initiative du groupe américain.
L’entrée en application du Règlement Général européen sur la Protection des Données (RGPD), en 2018, a renforcé ce « droit d’accès » (qui existait déjà dans le droit français), qui est une obligation légale à laquelle doivent se plier les administrations, les organismes publics ou privés et les sociétés commerciales.
Les réseaux sociaux n’ont évidemment pas échappé à la règle. À noter évidemment que seul le titulaire d’un compte peut réclamer les archives de ses données, mais également réclamer leur effacement.
· Cela veut-il dire que Meta peut lire tous mes messages ?
Non, pas tous, et c’est là que cela devient un peu complexe. À partir de décembre 2023, le groupe Meta a commencé le déploiement du chiffrement de bout en bout par défaut des messages sur sa plateforme de discussion Messenger. Ce terme signifie que seuls l’émetteur et le destinataire des messages ont accès à leur contenu exact, tandis que ce qui transite par Meta est une version chiffrée et illisible. Et qu’en principe, l’entreprise ne peut donc pas les lire.
Cette option était déjà disponible à partir de 2016 sur Messenger, mais uniquement si vous la choisissiez. Elle n’existait donc pas en 2013, l’époque dont datent les conversations attribuées à Jordan Bardella citées par Mediapart. Les messages étaient alors conservés de façon totalement lisible par le groupe, et ils le sont d’ailleurs toujours.
Le droit d’accès, lui, reste le même : vous pouvez toujours demander une copie de vos données. Mais pour les conversations chiffrées, Meta ne peut vous remettre qu’un contenu que vous seul pouvez déchiffrer.
· Cette preuve est-elle à elle seule suffisante contre Jordan Bardella ?
L’extraction de ces messages - validée ensuite sous le contrôle d’un huissier, pour vérifier qu’il n’y avait pas eu d’altération - authentifie selon Mediapart que ces propos ont été écrits par un compte Messenger « Jordan Bardella » en 2013, et qu’il ne s’agit pas de captures d’écran frauduleuses. Mais elle ne relie pas de façon automatique ni infaillible ces discussions au Jordan Bardella actuellement président du Rassemblement national.
C’est pour cela que Mediapart a mené un travail de recoupement des éléments biographiques développés dans la discussion. Et les preuves laissent ici peu de place au doute, hormis si une autre personne se nommant Jordan Bardella, dont la « mère est née en Italie » et le « père en France », militait au Front national en Seine-Saint-Denis en 2013, se vantait d’être « passé dans Le Parisien à cause de [s]a pétition contre la suppression de la bourse au mérite » et pestait contre son échec au concours d’entrée de Sciences Po (ce qu’il racontait 11 ans plus tard dans des mots très similaires dans son autobiographie, Ce que je cherche).
« L’extraction de la conversation permet de la dater, d’attester du fait que cette conversation n’a pas été modifiée a posteriori, et de confirmer que l’interlocuteur de la conversation est référencé par Meta/Facebook sous le nom Jordan Bardella. L’analyse de son contenu permettant de vérifier qu’il s’agit bien du véritable Jordan Bardella », résume ainsi Mediapart, qui assure par ailleurs que cette extraction a été faite auprès de deux sources différentes.
La balle est désormais dans le camp du président du RN, qui a assuré ce jeudi 1er octobre qu’il allait déposer plainte pour « faux et usage de faux », accusant Mediapart de « montages grossiers » et « d’obscures captures d’écran manipulables », après une première plainte pour diffamation.


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