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Des scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle font appel à la participation du public pour mesurer le déclin des populations d’insectes en France. Une expérience de science participative déjà lancée en Grande-Bretagne.
Avec son milliard de kilomètres de voies carrossables, le réseau routier français est un terrain de recherche fabuleux pour les entomologistes. « 40 millions de voitures l’empruntent chaque année, couvrant l’ensemble de nos paysages par tous les temps », s’enthousiasme Grégoire Loïs, naturaliste. C’est cette force de frappe que le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) entend mobiliser autour d’un nouveau projet de sciences participatives, appelé « Bugs Matter ». Le principe est simple : compter le nombre d’insectes écrasés sur sa plaque d’immatriculation après un trajet en voiture pour alimenter une base de données sur l’abondance de ces invertébrés. L’idée est de documenter le « syndrome du pare-brise propre », en référence à la raréfaction de ces petites taches autrefois nombreuses après un long trajet.
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Tous les automobilistes sont invités à participer, entre mi-avril et octobre. Il suffit pour cela de passer un coup de chiffon sur sa plaque avant de se mettre au volant, puis de la prendre en photo en arrivant, via l’application Bugs Matter. « Le volontaire peut compter les impacts d’insectes lui-même, mais ce n’est pas obligatoire car l’image est analysée par une intelligence artificielle », précise Grégoire Loïs, coresponsable des projets de sciences participatives au Muséum. L’application enregistre aussi l’heure de départ et d’arrivée du véhicule, ainsi que son parcours précis grâce au GPS.
Ces informations sont destinées à être recoupées, dans le cadre d’études scientifiques, avec des données d’occupation des sols (culture, ville, forêt…), de pratique (par exemple l’usage des pesticides) et de météorologie. « Le fait de rassembler de grandes quantités de données sur une longue durée apporte de la précision et de la robustesse aux résultats », souligne le scientifique. La forme standardisée de la plaque et son angle avec le sol identique quel que soit le type de voiture simplifient l’échantillonnage.
Moucherons, petits coléoptères, syrphes, abeilles et papillons de nuit
Au Royaume-Uni, où Bugs Matter a été imaginé il y a cinq ans, les naturalistes ont relevé 30 000 cadavres d’insectes en 2025. Leurs rapports (non publiés dans des revues scientifiques) montrent un déclin de 19 % par an depuis le lancement du projet.
Sauf pour les papillons et libellules, il n’existe actuellement pas de programme de suivi de l’abondance des insectes en France. Leur disparition a cependant été documentée en Allemagne dès 2017 dans une étude révélant une diminution de 75% en moins de trente ans de la biomasse d’invertébrés capturés dans des pièges. Cet effondrement a depuis lors été confirmé par d’autres travaux. Il est notamment dû aux effets du réchauffement climatique, aux changements de l’usage des sols et à l’utilisation de pesticides. Même si « certains groupes, comme les pucerons dans l’étude allemande, tirent leur épingle du jeu », relève Colin Fontaine, chercheur au MNHN.
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Mené en partenariat avec l’Office français pour la biodiversité et des associations, le Bugs Matter français compte sur l’implication « de milliers de participants ». « Nous aurons des données très riches grâce à la grande diversité des insectes présents en France, en particulier dans sa partie méridionale et ultramarine » où ils sont plus abondants que dans le nord du pays, souligne Grégoire Loïs. Moucherons, petits coléoptères, syrphes, abeilles et papillons de nuit seront a priori le plus souvent identifiés. Les émergences, comme celle de la mouche de Saint-Marc qui survient autour de mi-avril, devraient aussi apparaître dans le jeu de données. Ce suivi dans la durée permettra de savoir si la courbe d’abondance des insectes s’améliore, continue à chuter ou s’est finalement stabilisée.
Outre leur contribution à la recherche, les programmes de science participative ont pour but de sensibiliser la population à l’importance de la biodiversité et à la démarche scientifique. Dans ce cas précis, les chercheurs espèrent que la simplicité du protocole attirera un public encore plus large, incluant les conducteurs les moins convaincus par le déclin de la biodiversité.
Téléchargez l’application Bugs Matter pour Android et pour Iphone.


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