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Pékin, le 4 février 2022. Réunis en marge des Jeux Olympiques d'hiver, Vladimir Poutine et Xi Jinping proclament leur "amitié sans limites". Le terme figure dans un communiqué commun, il est repris par la presse du monde entier. Trois semaines plus tard, Moscou lance son invasion à grande échelle de l'Ukraine.
En "ami", Pékin ne condamne pas. Officiellement, la Chine affirme sa neutralité et ne livre aucun armement à Moscou. En réalité, le pays joue un rôle central dans le développement de l'industrie de défense russe, qui permet à au Kremlin de mener et poursuivre sa guerre en Ukraine.
"Au fur et à mesure que les sanctions occidentales se sont renforcées, Pékin n'a cessé d'augmenter chaque année son commerce avec la Russie", analyse l'étude fouillée publiée début novembre par l'Institut français des relations internationales (Ifri) sur les rapports de force entre la Russie et l'Europe. "Jusqu'à devenir son fournisseur principal de biens à double usage, comme les machines-outils, roulements à billes, semi-conducteurs ou encore nitrocellulose, un composant clé dans la fabrication d'explosifs".
L'Europe démocratique a-t-elle une chance face à un Vladimir Poutine tout-puissant ?Les données douanières de 2023 indiquent que la Chine représentait cette année-là 90 % des importations russes de biens soumis à des contrôles par les membres du G7, avec des exportations mensuelles de plus de 300 millions de dollars en technologies à double usage.
Alliance puissante mais risquée
Au-delà de leur alliance politique et leur hostilité commune envers l'Occident et "l'ancien ordre mondial", Moscou et Pékin forment une alliance commerciale extrêmement favorable à cette dernière. La part de la Chine dans le commerce extérieur russe est en effet passée de 17,9 % en 2021 à 36,9 % en 2024. Cette même année, les produits chinois ont représenté pas moins de 60 % des ventes de voitures neuves, 82 % des ventes d'ordinateurs portables et 87 % des ventes de smartphones en Russie. À l'inverse, la Russie représente moins de 20 % des importations chinoises de pétrole, moins d'un tiers de celles de gaz naturel, et les investissements bilatéraux entre les deux pays restent faibles.
L'Iran, la Corée du Nord et le Bélarus fournissent également, et tout à fait ouvertement, quantité d'équipement militaire crucial à Moscou. Au-delà de ce cercle rapproché, le Kremlin a tissé un réseau d'alliances plus ou moins stables. "Ces relations sont fortement transactionnelles, intéressées et donc fragiles", estiment les chercheurs de l'Ifri. "Ce ne sont pas des alliances en bonne et due forme dans la mesure où il n'y a pas d'engagement automatique, mais un intérêt pragmatique", commente Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie-Eurasie de l'Ifri et contributrice de l'étude.
"Le cas de la Géorgie est très intéressant. Le pays affiche actuellement plus de 9 % de croissance économique, en grande partie parce qu'il sert d'intermédiaire à Moscou pour contourner les sanctions. L'Inde s'est également mise à acheter soudainement de grandes quantités de pétrole à la Russie pour le raffiner et le revendre à l'Union européenne avec une plus-value extraordinaire. Sans oublier la Turquie, l'Arménie, le Kazakhstan et les États du Golfe, qui jouent des rôles de facilitateurs économiques. Mais dès que les États-Unis durcissent leurs sanctions secondaires (dirigées vers ces pays intermédiaires, NdlR), les flux commerciaux chutent. Ces pays naviguent pour rester à la fois en bons termes avec le Kremlin et avec l'Occident, qui reste le premier partenaire commercial de beaucoup d'entre eux".
En cas d'affrontement militaire avec Moscou, le gros des effectifs terrestres de l'Europe serait fourni par seulement six paysImprévisibles Américains
L'Europe, de son côté, a pu éviter jusqu'ici un affrontement direct avec Moscou grâce à deux éléments, assure l'Ifri : la résistance militaire de l'Ukraine et la cohésion de l'Otan, malgré la mise sous pression opérée par l'administration américaine depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump il y a un an. "Le rôle des États-Unis demeure central", estime Tatiana Kastouéva-Jean. "Mais l'Amérique de Trump est malheureusement imprévisible. On voit très bien qu'aujourd'hui c'est un pays qui met les intérêts nationaux bien au-dessus des alliances".
Très conciliant avec Vladimir Poutine, le président américain dispose autant de moyens de pression sur Moscou (sanctions économiques) que sur Kiev (armement et services de renseignement). Son comportement au cours des prochaines semaines aura donc un impact déterminant.
"L'équilibre de ses alliances traditionnelles étant remis en question", concluent les chercheurs de l'Ifri "l'Europe doit davantage développer sa stratégie de "réduction des risques" en renforçant son autonomie stratégique (notamment industrielle) et ses liens avec les pays du "Sud global" via des accords commerciaux et d'investissement". En prenant bien soin de se diversifier, car "la Chine exploite les divisions européennes et les incertitudes relatives aux politiques du président américain Donald Trump pour étendre son influence".
"La Russie a choisi la guerre", l'Europe est-elle armée pour résister ?Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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