Les contextes de guerre sont, historiquement, propices au rétablissement de la censure militaire pour protéger les mouvements des troupes et le moral de la population. Mais la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine montre que les modalités de surveillance et de contrôle de l’information dans les deux pays sont radicalement différentes, illustrant le contraste de leurs régimes politiques qui s’est considérablement creusé avec la tentative d’invasion à grande échelle du territoire ukrainien. C’est que ces deux Etats entretiennent des rapports différents à leurs sociétés respectives.
En Russie, le pouvoir se défie d’une société civile perçue comme hostile et menaçante, voire manipulable et immature. La censure pesant sur les médias et les réseaux sociaux a pour principal objectif de la faire taire, d’éviter toute critique ou remise en cause des décisions des autorités. Elle est pensée sur le mode de l’interdiction et de la répression. En contraste, dans le cas de l’Ukraine, la société s’est mobilisée en appui au pouvoir pour défendre le pays, documenter les exactions de l’ennemi et coordonner l’aide au front. Le contrôle de l’information est justifié par des motifs de sécurité de la population, mais cette dernière conserve une autonomie de jugement dans son accès à des médias pluralistes. La critique contre le pouvoir reste possible, à l’exemple des manifestations qui continuent de se tenir en temps de guerre contre les décisions contestées du président Zelensky.


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