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Face à l'essor de l'Ozempic et du Wegovy, l'Espagne mise sur ses traditions culinaires pour lutter contre l'obésité

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Alors que les médicaments contre l'obésité rencontrent un succès croissant, des chercheurs espagnols rappellent l'importance de la cuisine traditionnelle et des repas partagés pour préserver de bonnes habitudes alimentaires.

Publié le 16/10/2026 08:44

Temps de lecture : 5min

Le médicament anti-obésité Wegovy, fabriqué par le laboratoire pharmaceutique Novo Nordisk, 16 octobre 2024. (James Manning / MAXPPP) Le médicament anti-obésité Wegovy, fabriqué par le laboratoire pharmaceutique Novo Nordisk, 16 octobre 2024. (James Manning / MAXPPP)

Et si l'une des armes contre l'obésité se trouvait dans nos cuisines plutôt que dans les pharmacies ? Alors que les médicaments destinés à favoriser la perte de poids connaissent un essor spectaculaire, notamment aux États-Unis, des chercheurs espagnols défendent une approche complémentaire : préserver les traditions culinaires pour mieux résister à l'industrialisation de notre alimentation.

L'Ozempic, initialement destiné au traitement du diabète de type 2, a largement contribué à populariser une nouvelle génération de médicaments. Parmi eux, le Wegovy et le Mounjaro, utilisés contre l'obésité, agissent notamment sur les mécanismes de régulation de l'appétit et de la satiété. Le quotidien espagnol El País s'interroge sur les contradictions de cette nouvelle "ère Ozempic" : d'un côté, des produits alimentaires ultra transformés qui peuvent favoriser la prise de poids ; de l'autre, des traitements pharmaceutiques qui permettent d'en perdre.

Ces traitements représentent une avancée médicale pour certains patients. Mais leur développement soulève aussi une question : peut-on lutter durablement contre l'obésité uniquement avec des médicaments, sans s'intéresser à notre environnement alimentaire ?

C'est précisément cette dimension collective qu'étudie Cecilia Díaz Méndez, sociologue à l'université d'Oviedo, en Espagne. Pour elle, les habitudes alimentaires ne dépendent pas seulement de nos préférences individuelles. Elles sont aussi le produit d'une histoire, de connaissances et de traditions transmises de génération en génération.

"La culture alimentaire se nourrit de règles, de connaissances, de croyances et d'habitudes ancrées dans le passé, qui nous indiquent quoi manger et comment manger."

Cecilia Díaz Méndez, sociologue

franceinfo

Dans les pays du sud de l'Europe, cette culture occupe une place particulièrement importante. En Espagne, en Italie ou en France, les recettes traditionnelles, les produits locaux, les horaires des repas et la convivialité autour de la table contribuent à définir ce que signifie "bien manger".

"On pourrait dire qu'en Espagne, en Italie ou en France, bien manger signifie consommer certains plats reconnaissables, qui reflètent une forte identité nationale, cuisiner pour les autres et manger en compagnie", poursuit la chercheuse. Autrement dit, l'alimentation ne se résume pas à un apport de calories ou de nutriments. Elle participe aussi à la vie familiale, aux relations sociales et à la transmission d'un patrimoine culturel.

Selon Cecilia Díaz Méndez, cette culture alimentaire peut jouer un rôle de protection face aux stratégies commerciales de l'industrie agroalimentaire. "En France ou en Espagne, les entreprises se heurtent à une société qui possède une véritable culture alimentaire", souligne-t-elle.

"Les gens savent ce qui est bon ou mauvais, ce qui est néfaste ou recommandé. Ils savent aussi ce que signifie prendre plaisir à manger."

Cecilia Díaz Méndez

franceinfo

Cette connaissance collective donne aux consommateurs des repères, même lorsqu'ils ne les respectent pas systématiquement. "La notion de bien manger est tellement ancrée dans les habitudes alimentaires que les gens savent parfaitement lorsqu'ils s'en écartent", ajoute la sociologue. À l'inverse, estime-t-elle, les arguments publicitaires des entreprises trouvent davantage d'écho dans les sociétés où les traditions alimentaires sont moins structurées.

Cela ne signifie pas que les Espagnols ou les Français échappent aux produits ultra transformés. Mais la place accordée à la cuisine maison, aux recettes familiales et aux repas partagés pourrait freiner l'adoption de certaines habitudes encouragées par les industriels. "L'importance que nous accordons à la cuisine faite maison, le plaisir que procure le fait de manger, la transmission des recettes et des savoir-faire culinaires, ou encore l'importance de partager un repas, sont autant d'éléments qui freinent ou modèrent l'adoption de nouveaux comportements alimentaires issus de la culture alimentaire des entreprises", assure Cecilia Díaz Méndez.

La chercheuse souligne toutefois que ces traditions évoluent. "Nous ne mangeons plus comme mangeaient nos grands-mères", reconnaît-elle. Les plats préparés répondent notamment au manque de temps des ménages, tandis que les aliments ultra transformés séduisent par leur praticité et leur goût. La culture alimentaire traditionnelle et celle des industriels coexistent donc, parfois en s'opposant, parfois en se mélangeant.

L'essor des traitements contre l'obésité est d'ailleurs en train de transformer l'offre de l'industrie agroalimentaire elle-même. Au menu : des pizzas, des sandwichs ou encore des plats de pâtes, avec des portions adaptées à un appétit réduit et une teneur élevée en protéines. L'agroalimentaire présente ces produits comme une réponse aux nouveaux besoins nutritionnels de consommateurs qui mangent moins sous l'effet de leur traitement. Cette évolution illustre un paradoxe : tandis que les laboratoires pharmaceutiques développent des médicaments contre l'obésité, les industriels de l'alimentation cherchent de nouveaux débouchés auprès des personnes qui les utilisent. Elle pose aussi une question plus large : comment améliorer durablement la santé alimentaire des populations sans limiter la réponse à des produits ou à des traitements individuels ?

Ce débat concerne directement la France, où plus de 17% des adultes sont concernés par l'obésité. Le Wegovy, commercialisé par le laboratoire danois Novo Nordisk, et le Mounjaro, développé par l'américain Eli Lilly, sont disponibles sur le marché français depuis 2024. Depuis juin dernier, ces deux médicaments peuvent également être remboursés par l'Assurance maladie, sous des conditions strictes, notamment pour des patients atteints d'obésité sévère ou massive et après une prise en charge nutritionnelle adaptée.

Leur utilisation progresse rapidement. Selon les données du GERS, plus de 251 000 boîtes de Wegovy et de Mounjaro ont été délivrées dans les pharmacies françaises entre le 1er et le 26 septembre 2026, contre environ 127 000 sur l'ensemble du mois de mai. Cette progression s'accompagne d'une forte hausse des demandes de consultation dans certains centres spécialisés dans l'obésité. Ces médicaments ne remplacent cependant pas une prise en charge globale, qui doit notamment intégrer l'alimentation, l'activité physique et un suivi médical.

Cecilia Díaz Méndez ne plaide pas pour un retour nostalgique à une alimentation figée dans le passé. Elle reconnaît que les innovations alimentaires font désormais partie de nos vies et que certaines peuvent répondre à des besoins réels. Mais elle invite à ne pas réduire l'alimentation à une question de rapidité, de nutrition ou de poids. "Manger, c'est bien plus que se nourrir, gagner du temps ou contrôler son poids, insiste la chercheuse. C'est aussi une manière d'exprimer son appartenance, une forme d'attention portée aux autres, une façon d'entretenir les liens sociaux et de valoriser l'héritage culturel".

Une autre façon d'aborder la lutte contre l'obésité : sans nier les progrès de la médecine, mais en rappelant que notre santé se construit aussi, chaque jour, autour de la table.

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