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Face à l’annonce d’un questionnaire pour les enfants sur les violences sexuelles, les associations sont partagées

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Life 27/08/2026 14:29 Actualisé le 27/08/2026 14:48

Les associations craignent notamment un « effet d’annonce » qui ne sera accompagné ni d’un budget dédié, ni d’une réflexion plus large sur la protection des enfants.

Au mois de novembre, 10 millions d’élèves de la maternelle au lycée seront invités à répondre à un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles qu’ils pourraient subir, a annoncé le ministre de l’Éducation.

ARNAUD PAILLARD / Hans Lucas via AFP

Au mois de novembre, 10 millions d’élèves de la maternelle au lycée seront invités à répondre à un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles qu’ils pourraient subir, a annoncé le ministre de l’Éducation.

« De la grande section de maternelle à la terminale, dix millions d’élèves seront interrogées sur ce qu’ils ont éventuellement été amenés à subir. » Mardi 25 août, dans un entretien accordé à la presse régionale, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a annoncé la distribution d’un questionnaire sur les violences sexistes et sexuelles aux élèves, qui pourront choisir ou non de révéler leur nom.

Ce questionnaire devrait être distribué en novembre après avoir été élaboré « avec les personnels scolaires, les associations de parents d’élèves et un comité d’experts dont des pédopsychiatres », a promis Édouard Geffray. Un ministre qui dit s’attendre à des résultats « sismiques » après la distribution tant « le phénomène est massif ».

Une annonce encore trop floue

Et il a raison. Selon les chiffres de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160 000 enfants sont victimes chaque année de violences sexuelles, soit un enfant victime d’un viol ou d’une agression sexuelle toutes les 3 minutes.

Sauf que ce questionnaire, annoncé dans le sillage de la mobilisation ayant fait suite à la mort de Lyhanna et du scandale des violences dans le périscolaire, est loin de faire l’unanimité parmi les acteurs qui luttent contre les violences faites aux enfants. Convaincue que le principe de questionnement systématique des élèves constitue « une avancée », l’association Mouv’Enfants, présidée par Arnaud Gallais, se montre en revanche circonspecte quant aux suites données au recueil de leur parole.

« Que se passe-t-il lorsqu’un enfant ne donne pas son nom tout en révélant des violences graves ? Comment lui permet-on d’être identifié et protégé ? », interroge l’association, qui réclame aussi davantage d’informations sur les suites données à ce questionnaire. Pour l’heure, aucune annonce n’a en effet eu lieu quant à une éventuelle formation des personnes chargées de recueillir cette parole sensible, ni sur le protocole de mise en sûreté des enfants qui dénonceront des violences sexistes et sexuelles.

« Rien ne serait pire que de faire croire à un enfant qu’on va l’écouter, le croire, le protéger et qu’il n’en soit rien », abonde l’association Face à l’Inceste. Avant d’assurer qu’elle sera vigilante sur « les contours du dispositif annoncé » et d’insister sur la nécessité de « former les personnels à identifier les signaux de violences, à poser la question, à recueillir la parole et à déclencher la protection ». « Le questionnaire peut être un outil. Pour devenir un véritable dispositif de repérage, il doit s’accompagner d’adultes formés et d’une garantie de protection », résume Face à l’Inceste.

Pas ce que préconisait la Ciivise

Interrogée mardi sur France Inter après l’annonce du questionnaire, Fabienne Quiriau, ancienne membre de la Ciivise, se montre, elle, plus nuancée sur le principe même d’adresser un questionnaire aux enfants. « Libérer la parole, c’est important. Maintenant, comment recueillir la confidence d’un enfant, surtout petit, à partir d’un questionnaire ? », s’interroge-t-elle.

De son côté, le programme Nook Care, qui propose un accompagnement des victimes d’inceste et de violences sexuelles dans l’enfance, considère que cette réponse donnée par le gouvernement au phénomène massif des violences sexuelles contre les plus jeunes ne « protégera aucun enfant » car elle ne constitue pas un repérage systématique tel que l’a défini la Ciivise en 2023 dans son rapport. « Le repérage systématique, c’est un·e adulte formé·e qui pose la question à l’enfant, en face-à-face. Un enfant ne révèle pas des violences sans la garantie d’être cru·e et protégé·e », explique sur Instagram Alice Gayraud, chargée de plaidoyer chez Nook Care et experte en politiques publiques de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants.

Dans un post co-publié avec Nook sur Instagram, l’ancienne responsable du plaidoyer de la Ciivise rappelle que l’instance préconisait non pas un questionnaire, mais un entretien individuel annuel pour chaque élève, réalisé par un personnel formé et qui débouche, pour chaque victime sur un parcours de soins spécialisé et intégralement pris en charge.

L’épineuse question des moyens éludée

Car c’est aussi le problème que pointent toutes les associations : quid des moyens alloués aux résultats « sismiques » attendus par le ministère de l’Éducation après le déploiement du questionnaire auprès de 10 millions d’élèves ? Dans une vidéo partagée sur Instagram, la réalisatrice Andréa Bescond dénonce « un effet d’annonce » du gouvernement.

« On ne peut pas détecter et ne pas accompagner ensuite la parole de ces enfants, ne pas détecter et ensuite laisser cette impunité constante des agresseurs », souligne celle qui est devenue une figure de la lutte contre les violences faites aux enfants.

« Il n’y a pas d’effectifs. Ni dans l’Éducation nationale, ni dans la chaîne judiciaire (...) Distribuer des questionnaires, ça ne coûte rien et ça fait bien dans les médias. Ce n’est pas suffisant ! », martèle encore la comédienne, qui réclame de véritables moyens alloués à la lutte contre les violences faites aux enfants pour, notamment, former les personnels et créer des tribunaux spéciaux.

Associations et militants attendent désormais une date, celle du 28 septembre, à laquelle sera examinée à l’Assemblée la loi intégrale, pour connaître le budget alloué à lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes.

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