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La région de la Côte-Nord fait face à une explosion de la violence armée. Des données policières récentes révèlent une escalade rapide du nombre d'incidents avec des armes à feu depuis 2024. La ville de Sept-Îles s'impose malgré elle comme l'épicentre de cette crise régionale.
Les chiffres obtenus par Radio-Canada au moyen d'une demande d'accès à l'information montrent que l'augmentation de la violence armée dans la région est relativement récente. Sur les 89 dossiers judiciaires liés à une arme à feu recensés depuis 2021 sur la Côte-Nord, près de 80 % d’entre eux ont été enregistrés après 2024.
Alors que la région a connu un bilan relativement bas de 4 à 8 dossiers par année entre 2021 et 2023, ce nombre a bondi pour atteindre 27 dossiers en 2024, puis 29 en 2025.
Le phénomène ne va pas en s'essoufflant : d’après les chiffres de la Sûreté du Québec, depuis le début de l’année 2026, la Côte-Nord a déjà enregistré 14 dossiers liés à une arme à feu.
Des victimes collatérales
Cette nouvelle réalité s'accompagne inévitablement d'un lourd bilan humain. Au total, 21 personnes ont subi des blessures par arme à feu sur la Côte-Nord depuis 2021. Onze d’entre elles à Sept-Îles, contre 3 à Baie-Comeau et 7 dans le reste de la région.
Nombre de victimes de blessure par arme à feu sur la Côte-Nord
| Baie-Comeau | 0 | 0 | 0 | 1 | 1 | 1 | 3 |
| Sept-Îles | 1 | 1 | 0 | 3 | 4 | 2 | 11 |
| Reste de la Côte-Nord | 0 | 2 | 1 | 0 | 2 | 2 | 7 |
| Total | 1 | 3 | 1 | 4 | 7 | 5 | 21 |
La directrice générale du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels (CAVAC) Côte-Nord, Marie-Hélène Talbot, constate sur le terrain les conséquences de cette crise. Alors que les interventions liées aux armes à feu étaient autrefois exceptionnelles dans la région, elles font aujourd'hui partie du quotidien de ses équipes depuis deux ans.
Les personnes ciblées par ces attaques gravitent généralement autour du milieu criminel. Bien que la population civile ne soit généralement pas ciblée par ces règlements de comptes, les répercussions n'épargnent pas les citoyens ordinaires. Les témoins de ces événements peuvent aussi développer de graves traumatismes, souligne Mme Talbot.
Pour les proches des victimes, le choc est souvent amplifié par la découverte de la double vie criminelle de la personne visée. Face à cette violence inédite, le CAVAC a déjà commencé à adapter ses méthodes d'intervention pour assurer la sécurité de son personnel et de sa clientèle.
Une guerre de gang depuis 2023
Cette hausse de la violence armée dans la région s'explique par une guerre de territoire pour le contrôle du trafic de stupéfiants, selon l’ancien enquêteur au Service de police de la Ville de Québec et enseignant en Techniques policières au Cégep Garneau, Roger Ferland.

Roger Ferland attribue la hausse de la violence armée à une lutte de pouvoir pour le contrôle des stupéfiants. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Érik Chouinard
Historiquement, la distribution de drogue sur la Côte-Nord était sous l'emprise des Hells Angels. Toutefois, en 2023, certains groupes criminalisés ont décidé de s'affranchir de cette domination, en particulier la Blood Family Mafia (BFM).
La Côte-Nord est particulièrement attrayante pour ces nouveaux venus en raison de ses ports et de ses aéroports qui facilitent l'importation de drogue, mais aussi parce qu'elle compte une population avec un fort pouvoir d'achat lié aux grandes industries, explique l'ancien policier.
La violence agit comme le principal outil de travail au sein de cet écosystème criminel, souligne la criminologue Maria Mourani. Elle permet aux gangs d'acquérir un capital symbolique. Plus un groupe est perçu comme violent, plus il inspire la peur, ce qui lui permet de s'imposer sur de nouveaux territoires et de faire des profits.

Maria Mourani explique que la violence sert d'outil aux groupes criminalisés pour inspirer la peur et asseoir sa domination. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Pour alimenter cette guerre, les groupes utilisent de nouvelles méthodes. Ils exigent parfois des actes violents comme rite d'initiation pour leurs recrues. De plus, ils font massivement appel à des jeunes via des plateformes cryptées sur les réseaux sociaux pour exécuter des contrats.
Face à cette dynamique criminelle, les autorités font appel à la collaboration citoyenne et demandent de signaler les activités suspectes à la police. De son côté, Maria Mourani insiste sur l’urgence d’investir dans la prévention pour empêcher les jeunes de se faire embrigader par ces groupes.


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