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Certains rêvent d’extraire des minéraux sur des astéroïdes lointains, d’autres de l’hélium sur la Lune. Ces ressources, limitées sur Terre, le sont peut-être moins à l’échelle de l’Univers. Mais une forêt mature, avec sa biodiversité ? Il n’y en a qu’ici. Sur aucune autre planète connue ne pousse un arbre. Et pourtant, ne traitons-nous pas nos forêts comme une ressource ordinaire ?
Depuis le début des années 2020, on parle régulièrement de rareté dans les médias : déficit budgétaire, crise des infrastructures, manque d’abordabilité et de disponibilité des logements, pénurie de main-d’œuvre. On parle désormais de pénuries d’eau, que ce soit dans nos champs, nos villes ou même dans les réservoirs d’Hydro-Québec. Ces enjeux nous préoccupent avec raison. Mais qu’en est-il de la forêt ?
Si, pendant un instant, on lui appliquait le même raisonnement que celui appliqué à ces autres enjeux, plusieurs voyants seraient déjà au rouge. Les orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) de 2024 sont pourtant explicites : « Un couvert forestier de 50 % et plus facilite le maintien des écosystèmes et des espèces, alors qu’un couvert forestier de moins de 30 % a une incidence importante sur la biodiversité. » En deçà de 20 %, les espèces forestières se raréfient et disparaissent localement. Surtout, les forêts perdent substantiellement leur capacité à se régénérer.
Les forêts du sud du Québec sont d’ailleurs très différentes de celles du nord. L’écosystème forestier le plus méridional peut compter jusqu’à 49 espèces d’arbres et 1600 espèces de plantes vasculaires, contre seulement 13 espèces d’arbres et 500 espèces de plantes vasculaires au nord du Saguenay. Les forêts du sud du Québec sont d’une biodiversité exceptionnelle.
Or, la communauté métropolitaine de Montréal, située dans cet écosystème forestier très riche, affichait en 2023 un couvert forestier d’environ 21,2 %, à la limite du seuil critique où la forêt perd sa capacité à se régénérer. Dans plusieurs MRC et agglomérations, ce seuil est déjà largement dépassé, selon les données de 2021. C’est le cas, par exemple, de Beauharnois-Salaberry (9,9 %), du Roussillon (10,3 %), de Longueuil (17,2 %) et de L’Assomption (17,6 %). À l’inverse, Thérèse-De Blainville (31 %) et Les Moulins (30,9 %) figurent parmi les rares territoires atteignant le seuil minimal reconnu. Si nous reconnaissons collectivement que la rareté de certaines ressources peut devenir problématique et nécessite une intervention, alors pourquoi la forêt semble-t-elle échapper à cette logique ?
Plus qu’un regroupement d’arbres
Le couvert forestier désigne un sous-ensemble de la canopée et inclut uniquement les superficies occupées par des massifs forestiers d’au moins 0,5 hectare. Cela exclut, par exemple, les arbres en bordure de rue, qui sont certes utiles, mais dont les bénéfices demeurent incomparables à ceux d’une forêt, véritable infrastructure naturelle dont dépend directement notre qualité de vie collective. Pourtant, nous semblons parfois accorder davantage d’importance à ce qui génère une valeur économique immédiate et visible.
Un logement produit des loyers. Une route produit de l’activité économique. Une usine produit des emplois. Une forêt, elle, produit de l’air plus frais, de l’eau filtrée, une régulation du cycle de l’eau, une protection contre l’érosion des sols et les inondations, de la biodiversité ainsi que du stockage de carbone — un service que les technologies de captage industriel peinent encore à reproduire à moins de 600 à 1000 $US la tonne, selon le Forum économique mondial. Ces bénéfices sont réels, mais souvent invisibles dans les indicateurs qui orientent nos décisions collectives. Rendus gratuitement, ils semblent aller de soi… jusqu’à ce qu’ils disparaissent.
La question n’est donc pas de choisir entre l’économie et l’environnement, mais de reconnaître que plusieurs ressources peuvent devenir rares simultanément. Le logement, tout comme ce fut le cas avec la pénurie de main-d’œuvre, est devenu un enjeu central des politiques publiques parce que nous reconnaissons que sa rareté, et plus particulièrement son manque d’abordabilité, a des conséquences bien réelles sur notre société. Alors, pourquoi n’adopterions-nous pas une approche comparable pour la forêt ?
Nous demandons déjà aux municipalités de maintenir l’équilibre budgétaire. Lorsqu’un déficit survient, elles doivent planifier le retour à l’équilibre. Pourquoi ne demanderions-nous pas aux MRC de présenter un plan visant à résorber leur déficit forestier lorsque leur territoire se situe sous le seuil minimal de 30 % reconnu par les OGAT ? Après tout, si des logements se construisent en quelques mois ou années, une forêt mature, elle, se construit sur des décennies. Les forêts dont nous profitons aujourd’hui sont le legs des décisions passées. Celles dont hériteront les générations futures dépendront des décisions que nous prenons aujourd’hui.


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