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Et si on accordait aux pères un congé de paternité égal à celui des mères ? L’idée séduit plusieurs chercheurs et de plus en plus de parents, qui y voient un levier essentiel pour transformer les normes familiales et réduire les inégalités. Or, malgré les surplus du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), Québec a préféré réduire les cotisations des travailleurs l’an dernier plutôt que de bonifier ses prestations. Une « occasion manquée », déplorent plusieurs.
« Si on veut que les hommes s’impliquent, il faut leur donner un plus long congé de paternité ! C’est comme ça qu’on change les comportements. Est-ce qu’il devrait être égal au congé de maternité ? Oui, c’est l’idéal à viser », lance sans ambages Sophie Mathieu, professeure adjointe à l’Université de Sherbrooke et spécialiste des politiques familiales.
Raymond Villeneuve, du Regroupement pour la valorisation de la paternité, partage son opinion. « À l’instauration du RQAP, en 2006, beaucoup de gens pensaient que cinq semaines de congé pour les pères, ça ne marcherait pas, ce serait trop », se souvient-il. « Mais rapidement, ça s’est imposé comme la norme sociale. Vingt ans plus tard, c’est le temps d’en faire plus. »
En 2005, avant l’entrée en vigueur du RQAP, seulement 28 % des pères québécois avaient recours au régime fédéral d’assurance‑emploi pour toucher des prestations de paternité. L’introduction du congé de paternité a fait bondir leur participation à 56 % en 2006. Elle atteint désormais 73 %, selon les plus récentes données, celles de 2023.
Une volonté d’en faire plus
Aujourd’hui, les pères ont la volonté de s’impliquer davantage. Plusieurs d’entre eux, rencontrés par Le Devoir, confirment le changement de mentalité qui s’opère depuis plusieurs années. Contrairement aux membres des générations précédentes, ils se voient moins dans un simple rôle de pourvoyeur et veulent passer du temps en famille lors de l’arrivée d’un nouveau-né.
Anthony Migneault, par exemple, a pris l’entièreté du congé parental lorsqu’il est devenu père pour la deuxième fois l’an dernier. « En étant plus présent, on développe un lien particulier avec son enfant, on participe davantage à son développement. Il y a aussi un meilleur partage des tâches dans le couple et une meilleure cohésion », constate-t-il. Il note par ailleurs que le fait de rester seul avec sa fille a permis d’enlever une charge des épaules de sa conjointe et de lui libérer du temps pour elle et son travail. « Je suis devenu la personne-ressource par défaut pour ma fille. C’est vers moi qu’elle se tournait. »
Quand le partage des congés est plus égalitaire entre les parents, les bénéfices se font sentir à long terme, souligne Geoffroy Boucher, économiste à l’Observatoire québécois des inégalités. « La prise du congé paternel a un effet positif sur le partage des tâches domestiques, et cet effet perdure, même plusieurs années après que le congé a été pris », indique-t-il, en se basant sur une récente étude danoise.
Sophie Mathieu abonde dans ce sens. « C’est bon pour le développement des enfants, c’est bon pour développer les compétences parentales des pères. C’est aussi bon pour les femmes, qui seront moins à risque de discrimination à l’embauche et pourront plus vite retourner au travail. Et c’est bon pour le couple. […] En recherche, c’est rare qu’on ait des consensus très forts, mais sur l’effet du congé de paternité, il n’y a pas de débat. »
« Une occasion manquée »
Pourtant, l’été dernier, le gouvernement caquiste a annoncé qu’il baisserait de 8 % les cotisations au régime en 2026, avant de finalement annoncer à l’automne que la diminution serait plutôt de 13 %. La raison ? Les coffres du régime — financé à même les cotisations des travailleurs et des employeurs — enregistrent des surplus depuis plusieurs années, alors que le nombre de naissances diminue.
« Ça a été une occasion manquée à 100 % », déplore Mme Mathieu. « Et tout ça pour sauver une couple de piastres par personne. J’ai de la misère à comprendre. »
M. Villeneuve partage cette déception : « Avec une fraction des économies réalisées par les baisses de cotisation, on pourrait faire des choses extraordinaires pour le congé de paternité ou pour le deuil périnatal. »
Selon le gouvernement, la récente baisse des cotisations dégagera une économie d’environ 390 millions de dollars pour les travailleurs et les employeurs cette année. M. Boucher calcule que cette marge de manœuvre aurait largement permis de doubler le congé de paternité pour le faire passer de cinq à dix semaines. Il estime qu’une telle mesure aurait coûté environ 200 millions de dollars en 2026. Et cette mesure se ferait à coût nul pour l’État, rappelle M. Villeneuve. « Ça ne coûte rien aux finances publiques. Le RQAP est un régime autosuffisant », rappelle-t-il.
« On se targue de dire que le Québec est l’endroit où les congés parentaux sont les plus avancés en Amérique du Nord. Mais c’est facile de dire qu’on est les meilleurs quand on se compare aux pires : les États-Unis. On pourrait faire tellement mieux », souligne Sophie Mathieu.


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