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Et si Donald Trump poussait le Canada à se joindre à l’Union européenne?

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Longtemps jugée complètement farfelue, l’idée d’une adhésion du Canada à l’Union européenne (UE) n’est désormais plus totalement écartée par certains experts, dans un contexte de rupture diplomatique et commerciale avec les États-Unis.

« C’est une blague qui existe depuis longtemps, mais ça n’a jamais été une proposition sérieuse. Or, c’est devenu une possibilité concrète en raison de l’élection de Donald Trump et de la menace qu’il a adressée très explicitement au Canada », indique d’emblée Frédéric Mérand, directeur du Département de science politique de l’Université de Montréal.

La question s’est imposée périodiquement dans la dernière année et gagne en intérêt chez la population canadienne. Un sondage Abacus a montré le mois dernier que 48 % des Canadiens sont favorables à l’adhésion du Canada à l’Union européenne, contre 28 % qui s’y opposent.

La question a également fait son bout de chemin sur le Vieux Continent. Le 16 mars dernier, le premier ministre Mark Carney faisait son jogging matinal avec le président finlandais, Alexander Stubb, lorsque ce dernier l’a invité à « réfléchir » à l’adhésion du Canada à l’UE, selon des informations rapportées par Politico.

Le même jour, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a suggéré que le Canada pourrait s’y joindre « à un moment donné ».

Bien qu’il ait qualifié le Canada de « plus européen des pays non européens », le premier ministre Mark Carney a déjà indiqué qu’il n’était « pas intéressé » à une telle adhésion. Certains spécialistes estiment cependant que cette position pourrait évoluer.

« Si nos relations avec les États-Unis restent aussi difficiles qu’elles le sont actuellement et que les négociations commerciales échouent […], cette question ne disparaîtra pas et pourrait devenir de plus en plus concrète, soutient Hachim Hurrelmann, spécialiste de la politique de l’Union européenne et professeur à l’Université Carleton. La classe politique canadienne pourrait alors commencer à l’envisager de manière beaucoup plus sérieuse. »

Possible, en principe

Avant d’aller plus loin : serait-il même possible pour le Canada, un pays nord-américain, de rejoindre l’Union européenne ? C’est improbable, mais pas impossible, répondent les experts.

L’article 49 du Traité sur l’Union européenne réserve en principe l’adhésion aux États géographiquement européens. Ce critère ne serait toutefois pas juridiquement insurmontable pour le Canada, souligne Hachim Hurrelmann. Une décision unanime des 27 États membres permettrait de modifier le traité afin d’en assouplir les critères. « Si les États membres actuels souhaitaient réellement admettre le Canada, ils auraient les moyens de le faire », résume-t-il.

Des changements radicaux

Les véritables obstacles seraient avant tout d’ordre politique. L’adhésion à l’UE obligerait le Canada à adopter « l’acquis communautaire », c’est-à-dire l’ensemble des lois et des obligations juridiques qui lient les États membres.

Ottawa serait par exemple contraint d’adhérer à la Politique commerciale commune, qui prévaudrait sur les accords commerciaux canadiens existants, y compris l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Il devrait aussi adopter la Politique agricole commune, ce qui obligerait le Canada à remplacer son système actuel de gestion de l’offre. Sans oublier le remplacement potentiel du dollar canadien par l’euro.

« Dans le fond, il faudrait tout changer », résume Patrick Leblond, spécialiste des questions de gouvernance et de politiques économiques à l’Université d’Ottawa. « Notre alignement en matière de normes et de réglementations a principalement été fait avec les États-Unis. Cela représenterait un revirement majeur pour le Canada », rappelle-t-il.

Mais il y aurait aussi des avantages, comme l’accès privilégié au marché européen et la libre circulation des personnes entre le Canada et l’UE. Fini les passeports pour partir en vacances en Italie !

Cette idée séduirait certainement les Canadiens europhiles — mais les concessions sur la souveraineté du Canada seraient au bout du compte bien plus lourdes que les bénéfices, juge le spécialiste Hachim Hurrelmann. Et le grand public en ignore encore l’ampleur. « C’est un aspect qui est rarement abordé dans le débat actuel et qui mériterait une discussion beaucoup plus approfondie », note-t-il.

Une candidature stratégique

Pour le moment, le gouvernement canadien semble privilégier d’autres voies que l’adhésion officielle pour se rapprocher de l’Europe.

Ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney est réputé pour son attachement à l’Europe. Depuis son arrivée au pouvoir, il multiplie les déplacements sur le continent, ayant déjà visité 11 pays au cours de sept voyages. Le Canada a par ailleurs récemment adhéré au programme européen d’approvisionnement en matière de défense SAFE, ce qui en fait le premier pays non européen à y participer.

« Je pense que son idée, c’est de voir comment on peut maximiser notre collaboration sur une série d’enjeux, mais dans un contexte où les deux juridictions restent indépendantes politiquement l’une de l’autre », observe Patrick Leblond, dont la spécialité comprend la politique européenne.

Le gouvernement canadien gagnerait tout de même à déposer une candidature à l’UE — ne serait-ce que comme levier stratégique pour accélérer le rapprochement déjà amorcé, avance quant à lui le professeur Frédéric Mérand. Ce dernier cite l’exemple de la Norvège, qui a présenté une demande d’adhésion à deux reprises, en 1962 et en 1967. Même si la requête n’a jamais abouti, les démarches ont néanmoins contribué à renforcer ses liens avec l’Union européenne. « C’est un peu comme ça que je le vois. De toute façon, une adhésion ne se ferait pas du jour au lendemain. Entre-temps, rien n’empêche de tester jusqu’où l’on peut aller dans les différents chantiers », ajoute M. Mérand.

Appelé à réagir, le bureau du premier ministre Mark Carney a refusé de commenter les récents propos des dirigeants européens et de préciser si le chef du gouvernement pourrait un jour envisager cette possibilité. Le débat est lancé.

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