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Lors d’un dîner d’État à la Maison Blanche ce mardi 28 avril, le roi Charles III a piqué Donald Trump avec une boutade: sans les Britanniques, les Américains parleraient français. Est-ce bien vrai ?
«Vous avez récemment déclaré, M. le président, que sans les États-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserais-je dire que sans nous vous parleriez français.» La boutade, glissée par le roi Charles III à Donald Trump, a déclenché les rires de l’assistance lors d’un dîner d’État à la Maison Blanche, ce mardi 28 avril.
La réplique est aussi une réponse humoristique à une provocation lancée en janvier 2025 par Donald Trump au Forum de Davos : sans le soutien américain durant la Seconde Guerre mondiale, « vous parleriez allemand et un petit peu japonais », avait-il asséné aux Européens.
Le roi a ensuite plaisanté sur les «réajustements» de la Maison-Blanche concernant le projet coûteux de la salle de bal, ainsi que sur la Boston Tea Party, révolte politique de 1773 durant laquelle les colons avaient jeté à la mer des cargaisons de thé britannique lourdement taxé. Le discours a été salué par le président américain, qui a lui aussi ajouté sa touche d’humour. «Je veux féliciter Charles pour avoir prononcé un discours fantastique aujourd’hui au Congrès», a-t-il déclaré. «Il a fait se lever les démocrates, ce que je n’ai jamais été capable de faire.»
Pour autant, le roi Charles III dit-il vrai ? Sans l’intervention des Anglais, les Américains parleraient-ils français à l’heure actuelle ?
Une blague qui renvoie à la guerre de Sept Ans (1756 à 1763)
En effet, l’Amérique a bel et bien été française. Ou une très grande partie tout du moins. Au début du XVIIIe siècle, la Nouvelle-France était un empire colonial de grande ampleur, qui s’étendait du Saint-Laurent au Mississippi, englobant les Grands Lacs, les côtes du golfe du Mexique ou encore la Louisiane. La France comptait alors quatre colonies principales : Terre-Neuve, l’Acadie, le Canada et la Louisiane. Face à lui, la colonisation britannique restait cantonnée aux côtes atlantiques des Treize Colonies. La France, ainsi que la langue de Molière avec elle, rayonne sur le continent américain.
C’est à partir de 1713 que s’amorce le déclin de l’empire français dans la région. En Europe, la guerre de Succession d’Espagne fait rage. Les royaumes de France et de Grande-Bretagne revendiquent tous deux la maison des Habsbourg d’Espagne, après la mort sans descendant de Charles II.
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Au terme d’une guerre longue et coûteuse, la France ratifie le premier traité d’Utrecht (avril 1713), dans lequel elle cède l’Acadie, Terre-Neuve et la baie d’Hudson à la Grande-Bretagne. Le royaume français en Amérique reste tout de même important à cette période, et résiste aux Anglais et aux Espagnols.
C’est véritablement la guerre de Sept Ans (1756 à 1763), dont la Grande-Bretagne et la Prusse sortiront victorieuses face à la France et à l’Autriche, qui enterrera la puissance française en Amérique. Le traité de Paris de 1763, signé à l’issue du conflit, contraint la France à céder à la Grande-Bretagne la quasi-totalité de ses territoires nord-américains, dont le Canada et l’est de la Louisiane. La Nouvelle-France est démantelée. La France ne conserve qu’un seul petit archipel, situé dans le golfe du Saint-Laurent et servant à la pêche à la morue : Saint-Pierre-et-Miquelon.
Les plus de dix millions de francophones que compte aujourd’hui l’Amérique du Nord (au Québec, en Louisiane, à Saint-Pierre-et-Miquelon) sont les vestiges de cet empire déchu. Avec son trait d’humour, le roi Charles III est donc dans le vrai : en Amérique, la langue de Shakespeare a détrôné celle de Molière.


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