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Espionnage : quand le KGB infiltrait la France

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Publié le 21/01/2026 23:52

Temps de lecture : 5min - vidéo : 5min

Philippe Grumbach, journaliste célèbre et patron de l'Express était en réalité un agent de Moscou. André Chaignot était policier à la DST et a été séduit par une agent du KGB. Comment le KGB s'organisait-il pour infiltrer l'héxagone dans les années 70.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

Secret, pouvoir et trahison. Sa vie ressemble à un film d'espionnage. Pendant la guerre froide, Philippe Grumbach, ancien directeur du journal L'Express, fut un agent du KGB. Pour les Russes, son nom de code était Broke. C'est Étienne Girard, lui-même journaliste à L'Express, qui a révélé l'affaire. "J'étais incrédule, sidéré. C'est trop gros pour être vrai" déclare le journaliste. Le nom de Philippe Grumbach figure dans les documents transmis par un agent du KGB passé à l'ouest. Tout y est, même la date de son recrutement, 1946. "Les espions soviétiques expliquent que c'est sur le fond, sur l'idéologie qu'il adhère et qu'il veut bien collaborer au KGB. Là, on a les années Grumbach, quand il est directeur de la rédaction". Dans les années 70, l'Express est un journal de premier plan et Philippe Grumbach, le patron de presse qui murmure à l'oreille des présidents, de gauche comme de droite. Le président Giscard d'Estaing, loin d'imaginer qu'il est interviewé par une taupe de Moscou.
"L'Express, c'était sa légende à temps plein qui lui permettait d'accéder au grand de ce pays. C'est très utile pour Moscou d'être briefé, d'être informé presque en temps réel sur ce qui se passe dans les ministères à Matignon à l'Élysée" souligne Étienne Girard, directeur adjoint de la rédaction de l'Express. 

Grumbach a-t-il livré aux Russes des informations capitales ? Mystère. En tout cas, les journalistes qui l'ont côtoyé, comme Michel Labro, ont du mal à y croire. "Moi, ça a été un choc, je dois dire, parce que rien dans ce que j'ai vu, entendu et tout ne pouvait laisser soupçonner ce genre de choses. J'ai du mal, c'est vrai, j'ai du mal à coller les morceaux. Pour autant, je crois que, malheureusement, ça ne fait pas de doute", décrit l'ancien journaliste de l'Express. Philippe Grumbach est mort en 2003 sans avoir été inquiété. L'agent Broke n'est qu'une pièce du puzzle. Moscou tisse sa toile pendant la guerre froide jusqu'au plus haut sommet de la société française. Objectif, recruter des informateurs. Des journalistes, diplomates, scientifiques, même des députés de tous bords, auraient renseigné les Russes.

À Paris, les agents du KGB repèrent les Français, susceptibles de trahir. Cet ancien du contre-espionnage, Michel Guérin, a étudié les techniques de recrutement, l'œil de Moscou, mode d'emploi."Une fois qu'on voit à peu près qui peut être intéressant, il y a l'approche lors d'un cocktail, lors d'une conférence, une rencontre fortu de dans la rue", explique l'ancien directeur-adjoint de la DST. Au départ, le KGB réclame des renseignements anodins. "On donne de l'argent à cette personne en disant non mais ça te prend du temps voilà faut que tu sois compensé tout ça on donne de l'argent et petit à petit on demande des choses de plus en plus précises et puis il arrive à un moment où là carrément on demande de fournir des choses qui sont elles protégées par le secret", détaille Michel Guérin. 

Certains espions russes vont même jusqu'à séduire leurs informateurs, comme dans les films. C'est ce qui est arrivé à André Chaignot, alias Paul, policier à la DST, recruté en 1948. Selon ce journaliste d'investigation, Chaignot est tombé sous le charme de Lydia, chanteuse dans un cabaret. Sur la photo, on a l'impression que c'est un groupe heureux, lambda. Et en fait, derrière la façade, on a une espionne très expérimentée du KGB. Elle va le séduire et elle va le corrompre. Chaignot travaille à Berlin pour la DST, le contre-espionnage français. Amoureux, il livre à Lydia des dizaines d'informateurs qui renseignent Paris. Étape suivante, le couple s'installe en France et se marie. La DST a des doutes. Elle enquête. "M. Chaignot donne toute satisfaction. Son ami ne semble pas avoir cherché à s'immiscer dans ses relations de service. Ils se sont fait rouler dans la farine qui a été extraordinairement efficace de la part du KGB, c'est d'infiltrer une espionne sur le sol français en la faisant se marier avec un policier français. L'idée est incroyable", estime Jacques Folorou, journaliste au Monde. 

Depuis la France, Lydia espionnera pour le KGB sans être démasquée. Elle finira par quitter Chaignot, qui termina sa vie avec la peur d'être un jour rattrapée par son passé.

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