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Le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a exprimé ses « sincères regrets » concernant un vaste programme d’espionnage qui visait des centaines d’Autochtones.
C’est la première fois que Mike Duheme reconnaît les révélations de CBC Indigenous concernant les activités de surveillance menées par la GRC dès la fin des années 1960 à l’encontre de dirigeants et d’organisations autochtones.
Nous reconnaissons les graves préoccupations que cette histoire continue de susciter chez les peuples, les familles et les communautés autochtones à travers le Canada, a écrit M. Duheme dans un communiqué publié mercredi.
J'exprime mes sincères regrets, et bien que nous ne puissions pas changer le passé, nous pouvons et devons reconnaître que ces actions et leurs répercussions continuent de se faire sentir aujourd'hui, a déclaré M. Duheme.
M. Duheme a fait savoir que lui-même et le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, avaient l’intention d’organiser une réunion avec les dirigeants et les aînés autochtones afin de discuter de la guérison et de la manière de construire une relation plus solide.
La GRC d’aujourd’hui n’est plus la même organisation qu’il y a plusieurs décennies, mais je reconnais qu’il faut faire davantage, a souligné M. Duheme.
Nous avons réfléchi à ces actions passées et continuons à en tirer des leçons. Le racisme systémique n’a pas sa place au sein de la GRC.
Sa déclaration fait suite aux appels lancés par les dirigeants autochtones et M. Anandasangaree pour que la police fédérale assume ses responsabilités et présente des excuses, après une enquête menée pendant des années par CBC Indigenous. Celle-ci a révélé que le Service de sécurité de la GRC avait mené des opérations de surveillance secrètes, disposait d’informateurs et s’était livré à des activités de lutte contre la subversion à l’encontre des mouvements de défense des droits des Premières Nations, des Inuit et des Métis.
Le Service de sécurité de la GRC était l’agence de renseignement intérieur du Canada jusqu’en 1984; il a depuis été remplacé par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS).

CBC Indigenous a obtenu près de 6000 pages du Service de sécurité de la GRC qui datent de la fin des années 1960 au début des années 1980.
Photo : CBC / Alex Lupul
Le ministre Anandasangaree a dit avoir contacté le commissaire de la GRC mercredi matin afin d'entamer une discussion sur ce à quoi devrait ressembler une réponse appropriée de la part du corps de police.
Cela doit se faire dans le cadre d'un processus collaboratif, où les personnes concernées ont le sentiment d'être entendues et obtiennent le type de résolution qui leur tient à cœur, a indiqué M. Anandasangaree avant la publication de la déclaration de M. Duheme.
Le ministre s'est dit profondément troublé par ces révélations et s'est engagé à travailler avec les dirigeants autochtones pour garantir une réparation aux personnes espionnées par la GRC – une opération dont le gouvernement fédéral avait connaissance et qu'il soutenait.
Je suis convaincu que nous allons non seulement nous attaquer à la cause profonde de ce problème, a affirmé M. Anandasangaree, mais aussi veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais, tout en garantissant aux personnes concernées la conclusion qu’elles attendent.
La GRC avait baptisé son opération programme sur l’extrémisme autochtone.
Son objectif déclaré était une infiltration à grande échelle des groupes dits extrémistes, mais des organisations politiques autochtones légitimes engagées dans un plaidoyer légal et démocratique ont été prises dans son vaste filet de surveillance.
CBC Indigenous a obtenu près de 6000 documents récemment déclassifiés qui montrent que la GRC a infiltré des organisations autochtones et a cherché à perturber leurs activités.

La cheffe nationale de l'Assemblée des Premières Nations, Cindy Woodhouse Nepinak. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
La cheffe de l’APN réclame des excuses et une enquête
Les documents confirment également que le gouvernement fédéral a soutenu le programme de la GRC et a même approuvé des écoutes téléphoniques permettant aux agents de surveiller les communications de la Fraternité nationale des Indiens, devenue plus tard l’Assemblée des Premières Nations (APN), à Ottawa.
C’est vraiment choquant et inacceptable que le Canada cible, harcèle et espionne notre peuple, a commenté la cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak.
Il ne s’agit pas seulement du passé. C’est un avertissement important pour l’avenir, alors que le Canada s’engage dans la promotion de grands projets. Le Canada ne doit pas retomber dans une situation où les Premières Nations sont soumises à l’infiltration et à l’espionnage, où toute forme d’opposition au développement est présentée comme criminelle, terroriste ou le résultat d’une ingérence étrangère.
Mme Woodhouse Nepinak réclame une enquête sur le programme de la GRC dans le cadre d’une enquête publique sur le racisme systémique au sein des forces de l’ordre, ainsi que des excuses publiques de la part du ministre de la Sécurité publique et du premier ministre.

Le président de l'Inuit Tapiriit Kanatami, Natan Obed
Photo : La Presse canadienne / Darren Calabrese
Cela s’inscrit dans une attitude persistante du gouvernement du Canada et d’autres institutions, comme la GRC, selon laquelle les Premières Nations, les Inuit et les Métis de ce pays constituent à bien des égards une menace pour le Canada, a observé Natan Obed, président d’Inuit Tapiriit Kanatami.
M. Obed a indiqué qu’il comptait s’entretenir avec M. Duheme et le premier ministre Mark Carney au sujet de cette opération d’espionnage.
Même si le premier ministre et le commissaire n’occupaient pas de postes de pouvoir lorsque ces événements se sont produits, cela affecte tout de même la confiance que les Inuit accordent à ces institutions, a-t-il précisé.
Je pense que [cela] justifie une réflexion et des déclarations publiques de la part de ces dirigeants sur ce qui s’est passé, ainsi que l’assurance que ce genre de choses ne se produira pas en 2026, a ajouté M. Obed.
Selon des documents, le programme de surveillance des Autochtones a été réduit en 1978 afin de se concentrer sur l'ingérence étrangère dans le mouvement de défense des droits des Autochtones. Le SCRS a relancé ce programme en 1988.
Un représentant du SCRS a déclaré que le service n'enquêtait pas sur les manifestations légales, les actions de défense des droits ou la dissidence, mais a également reconnu qu'il existait un déficit de confiance avec de nombreux Autochtones.
C'est pourquoi, ici au SCRS, nous nous efforçons en priorité de gagner cette confiance et de rétablir les relations, a fait valoir Nicole Giles, directrice adjointe du SCRS.
Nous ne menons des enquêtes que lorsqu'il existe des motifs raisonnables de soupçonner qu'il y aura une menace de violence grave.

La directrice générale de la Société de soutien à l’enfance et la famille des Premières Nations, Cindcy Blackstock. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick
Affaire récente d’espionnage
En 2013, le commissaire à la protection de la vie privée a réprimandé le gouvernement fédéral pour avoir espionné Cindy Blackstock, défenseure des enfants des Premières Nations, qui avait déposé une plainte pour violation des droits de la personne contre Ottawa et poursuivi le gouvernement en justice pour sous-financement du programme de services à l’enfance et à la famille des Premières Nations.
Je me souviens encore aujourd’hui avoir été absolument choquée par l’ampleur de la surveillance, a déclaré Mme Blackstock, directrice générale de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada.
Ils [les espions] me suivaient partout, moi qui suis assistante sociale. Je n’avais même pas de contravention de stationnement, sans parler d’un casier judiciaire.
Mme Blackstock a souligné que cet incident était particulièrement troublant, car son neveu vivait avec elle à l'époque.
Cela risque vraiment de créer un effet dissuasif qui vous donne l'impression de ne plus pouvoir vous exprimer, a-t-elle estimé.
Je veux que le gouvernement mette véritablement un frein à ce type d’activité et s’assure que cela n’arrive plus aux peuples autochtones, mais plus largement à quiconque s’exprime pacifiquement sur les questions relatives aux droits de la personne au Canada.
Jenny Kwan, porte-parole du NPD en matière de sécurité publique, réclame la tenue d’audiences publiques sur le programme de la GRC et la divulgation de tous les dossiers restants liés à l’espionnage des peuples autochtones.
J’ai été absolument stupéfaite d’apprendre l’existence de cette opération, a dit Mme Kwan.
Les abus du gouvernement sont sans limites et on peut vraiment se demander si le gouvernement actuel, le gouvernement libéral actuel, a tiré les leçons de cette affaire.
Bibliothèque et Archives Canada estime qu’il existe entre 300 et 400 dossiers pouvant être liés à ce programme, contenant potentiellement jusqu’à 100 000 pages.
D’après un texte d’Olivia Stefanovich, de CBC News


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