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Le placotage est un art révélateur chez quiconque fait de la politique, car il faut baisser sa garde et montrer sa vraie nature pour entretenir la « p’tite jasette » avec monsieur et madame Tout-le-Monde. L’exercice s’avère souvent banal, mais laisse parfois place à d’étonnantes confidences.
Le chef conservateur a ainsi révélé un petit secret de famille, jeudi, au milieu des essieux et des pièces de remorque de l’usine Frameco de Saint-Joseph-de-Beauce. Après une poignée de main franche avec Yohan, un ouvrier attrapé entre deux manipulations de pneu, il lui a candidement avoué… vivre sous un nom d’emprunt !
« Yohan, c’est le prénom que ma mère m’a donné à la naissance », a expliqué le politicien mieux connu aujourd’hui sous le nom d’Éric. « Ma grand-mère n’aimait pas ça, et elle faisait exprès pour m’appeler “Johanne”. C’est sur mon baptistaire, mais personne ne l’a jamais utilisé », a-t-il précisé.
Le Devoir a vérifié auprès de l’entourage du chef : « Yohan » ne figure plus sur les papiers d’identité d’Éric Duhaime. Il s’agit donc bel et bien d’un morinom — un « prénom qui a été donné à une personne à sa naissance, mais que celle-ci ne souhaite plus qu’on emploie pour la désigner », selon la définition de l’Office québécois de la langue française.
Le bla-bla de campagne peut aussi constituer un exercice périlleux. Éric Duhaime en a fait l’expérience à la Villa du Moulin, une RPA où un ragoûtant « bouilli d’autrefois » figurait jeudi au menu.
Le chef conservateur défilait de table en table pour se présenter aux résidents et aux résidentes. Pendant que la radio poussait la chansonnette, le politicien, lui, entonnait le refrain habituel. « Bonjour ! Ça va bien ? Vous habitez dans quel coin ? N’oubliez pas d’aller voter le 5 octobre prochain ! »
Non loin de là, une journaliste a demandé à un monsieur fort en coffre pour quel parti il penchait cette année. Un tonitruant « Pour le Parti québécois, câlisse ! » a alors retenti au milieu des cliquetis d’ustensiles et des chuchotements discrets de la cafétéria. Le camp conservateur a vite compris que la « p’tite jasette », ici, allait virer au dialogue de sourds. Éric Duhaime a poliment serré la main du souverainiste sonore, mais a préféré placoter avec la dame assise en face de lui, qui répétait, un peu penaude : « Ce n’est pas mon mari ! Ce n’est pas mon mari ! »


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