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Éric Rochant (Le Bureau des légendes) de retour sur Netflix : «Bandi a pour but d’élever des personnages martiniquais au statut de héros»

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ENTRETIEN - Le scénariste et réalisateur a créé cette série avec sa fille Capucine. Une fiction antillaise à 100 % ou presque !

La famille martiniquaise des Lafleur ? Un père en prison et une mère à poigne, une femme de caractère, dont le combat quotidien est de maintenir ses 11 enfants dans le droit chemin en dépit des difficultés financières. Des valeurs vertueuses : éducation, solidarité, probité. À sa mort, le précaire équilibre vole en éclats. Suite au placement des plus jeunes, les ressources du trafic de drogue semblent la seule issue... Préserver le lien, quoi qu’il en coûte. Shameless, mâtinée de Top Boy et Peaky Blinders, avec des accents tragiques à la ScarfaceÉric Rochant  a le sens de la formule pour présenter sa nouvelle série, Bandi  («enfant intrépide» ou «caïd» en créole), créée avec sa fille Capucine. Ils nous en disent plus sur ce projet atypique.

LE FIGARO. - Quelle est la genèse de cette série ?
Éric ROCHANT. - Notre désir, avec Capucine, de faire une série ensemble, a rencontré celui de Netflix de travailler avec nous. Nous avions envie d’une série reprenant des choses que l’on aime : Top Boys, Peaky Blinders et surtout Shameless - la version américaine -, son humour, sa tendresse. Nous avons très vite eu l’envie de raconter l’histoire d’une famille nombreuse, cela nous a permis de nous échapper du carcan du gangstérisme pur. Et nous avons choisi les Antilles car nous n’avions pas envie de reproduire quelque chose de déjà-vu : la banlieue, Marseille… Nous avions besoin d’un renouveau visuel et culturel.

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Aviez-vous aussi la volonté d’offrir aux Antilles une représentation qui leur manque à l’écran ?
Capucine ROCHANT. - Oui, c’est arrivé avec, cela a fait partie du plaisir que nous avons eu de travailler au maximum avec des Antillais. Nous avons découvert la Martinique, rencontré dès les premières semaines Gwenola Balmelle, Khris Burton, mais aussi Jimmy Laporal-Trésor qui nous ont alimentés en informations. Cela a conforté notre envie.

La question de votre légitimité s’est-elle posée, de votre côté ou du leur ?
E.R. - De leur côté, oui. Mais assez vite ils ont compris que l’on voulait s’imprégner de leur réalité. Et ça n’a plus été un problème dès lors que nous avons eu des scénaristes martiniquais, une production exécutive martiniquaise… Leur apport se niche dans les détails qui apportent l’authenticité. Le travail d’appropriation a duré le temps – long – de l’écriture. Nous avons fait un casting, très long lui aussi, en parallèle, de comédiens amateurs. Nous avons beaucoup appris également en rencontrant des centaines de personnes, attachantes et inspirantes. Le casting nous a nourris. De manière générale, ce qui m’a impressionné, c’est la poésie, moderne, des gens que nous avons rencontrés. Leur intelligence du travail, du jeu.

À lire aussi «Décrire le monde avec les yeux du renseignement» : après le Bureau des légendes, Éric Rochant lance une collection chez Gallimard

Ce tournage génère, j’imagine, beaucoup d’attente sur l’île ?
C.R. - Oui, c’est beaucoup d’espoir, surtout s’il y a plusieurs saisons. Netflix impressionne, rien que le nom... Quand nous sommes arrivés la toute première fois avec mon père, il y avait déjà une rumeur : Netflix est là ! La première de la série a été un super événement, agréable, chaleureux.

Que répondez-vous à la minipolémique autour du fait que la Martinique est montrée à travers la drogue, ou une famille trop nombreuse ?
C.R. - Cette polémique est née en amont et de très peu d’éléments. Il s’agit plus d’une appréhension. Pour moi la série ne parle pas que de ça. C’est une série de genre.
E.R. - En tant que créateur et réalisateur de série, il s’agit pour moi d’élever des personnages martiniquais, joués par des acteurs martiniquais, au statut de héros. C’est notre but. Il n’y a pas d’instrumentalisation, de faire-valoir.

Capucine et Éric Rochant lors de la première à Fort-de-France. Netflix

Comment avez-vous travaillé avec des acteurs non professionnels ? 
E.R. - Ils sont purement instinctifs et c’est génial. Nous avons choisi ceux dont l’instinct était le plus fort. Nous les avons choisis pour leur naturel, leur personnalité.

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Vous dites que la série est «100 % martiniquaise et universelle à la fois» : quelles valeurs avez-vous voulu véhiculer ?
C.R. - La famille. Le personnage de la mère relève presque du conte. C’est une forte personnalité, qui a inculqué des valeurs à ses enfants, les a rassemblés. Ils ont beau vivre des choses tragiques, dramatiques, dangereuses, ils mettront toujours la famille en premier. Onze enfants, c’est rare, mais nous aimions ce côté extraordinaire.
E.R. - C’est une série qui cherche la bonne articulation entre la réalité et les valeurs. Comment trouver l’argent pour rester unis et s’en sortir, tout en respectant les valeurs maternelles ?

D’où vient ce goût pour l’enfance que l’on retrouve souvent chez vous (Aux yeux de monde, à travers le générique de la série Mafiosa.. .) ?
E.R. - Je ne sais pas. Pour l’anecdote, une chose m’a toujours intrigué dans Les Sopranos. Pourquoi Tony Soprano ne veut-il pas que ses enfants fassent le même métier que lui alors qu’il réussit comme chef mafieux ? Parce qu’il sait que c’est mal. Et il ne veut pas ça pour ses enfants.

Kingsley Lafleur (Rodney Dijon) et ses petits frères et sœur. Netflix

Eric, vous disiez, au moment de la saison 2 du Bureau des légendes , «une série, c’est 50 % l’écriture, 50 % les personnages, la réalisation peut être plate». Ce n’est quand même plus le cas désormais ?
C.R. -  Il continue à le dire ! C’est le triptyque écriture, acteur, musique originale.
E.R. - La réalisation, c’est la cerise sur le gâteau, mais le gâteau il est fait. La réalisation, c’est plus restituer l’histoire, l’émotion de l’écriture.

Quels ont été vos partis pris ?
C.R. - L’image est réaliste, il y a beaucoup de couleurs, c’est chaleureux, mais c’est la réalité, la couleur est frappante et nous l’avons restituée. Même dans les quartiers déshérités. C’est un contraste.
E.R. - Pour les musiques additionnelles, nous avons fait appel de à de jeunes artistes locaux, et pour la BO à Marcus Noris. Nous avions aimé son travail sur la série La Voix du lac avec Natalie Portman et il a accepté de travailler avec nous. Pour appuyer le drame, la tragédie.

Quels ont été vos choix dans le traitement de la violence ?
E.R. - Nous avons une éthique. Elle n’est intéressante que pour dire : c’est un milieu où on y est confronté. Et la violence amène toujours de la tragédie. Il n’y a pas de plaisir, pas de jouissance pour ceux qui la font, nos héros en tout cas, et ceux qui la subissent. L’itinéraire de Killian, son apprentissage de la violence est un chemin vers la damnation dans le but d’aider sa famille. Ce choix est un choix de damné.

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L’humour s’est-il imposé ?
C.R. - C’est notre façon d’écrire. On essaye de le doser car nous pourrions en mettre partout ! Ça a rencontré la réalité martiniquaise. Kingsley et ses acolytes nous autorisent ces moments

Le parti pris d’une certaine lenteur, voire de décontraction, à l’encontre des codes des séries de ce genre, plus percutantes, pourrait désorienter le public…
C.R. - Ce n’est pas vraiment un choix. C’est notre façon d’écrire, pudique dans la violence. Le jeu a pris aussi cette direction.
E.R. - Nous nous sommes posé la question de « booster » un peu les comédiens mais finalement nous avons respecté leur rythme. Nous souhaitions plonger les gens dans un univers différent. En pariant sur le fait qu’ils s’attachent aux personnages et soient émus.

Avez-vous en tête une saison 2 ?
E.R. - Elle n’est pas certaine mais elle est en écriture. Nous faisons tout pour être prêts s’il le faut.

Quid de la série Secret people , votre «Game of Thrones du renseignement » en préparation pour Canal + ?
E.R. - C’est en écriture aussi. Bandi a ralenti le rythme.

Comment vous en sortez-vous pour faire un état géopolitique du monde avec tout ce qu’il se passe en ce moment ?
E.R. - Nous allons justement parler de ça. Du chaos ambiant. Le monde version puzzle.

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