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Eric Girard règle les comptes du Québec

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Avec son huitième budget, déposé mercredi, Eric Girard équilibre et règle ses comptes. Le ministre des Finances ramène le déficit à 8,6 milliards en 2026-2027, garde le cap vers l’équilibre budgétaire au plus tard dans quatre ans, mais met à la disposition du prochain chef caquiste une enveloppe de 250 millions par année afin qu’il concrétise ses promesses aux électeurs.

« Je m’attends à ce que ce budget soit extrêmement bien reçu », a lancé le ministre Girard, en revenant sur la décote subie en avril 2025 par son gouvernement, jugé trop dépensier par l’agence Standard & Poor’s.

Le retour à l’équilibre budgétaire est toujours prévu pour l’exercice 2029-2030. Sur le chemin, il faudra cependant trouver deux milliards de dollars en économies, a convenu M. Girard. L’an prochain (2026-2027), le grand argentier du Québec prévoit faire passer le déficit à 8,6 milliards. « C’est une excellente gestion des finances publiques », s’est-il félicité.

Sortant son « humour de banquier », l’élu a dit se lever « chaque jour » en tant que conservateur. Son budget, qu’il avait promis « sobre, ciblé et responsable », ne contient ni cadeaux électoraux ni flaflas. Les Québécois qui attendaient une aide immédiate pour faire face à la hausse du coût de la vie n’y trouveront pas non plus de mesure ciblée pouvant répondre à la flambée du prix de l’essence ou à l’inflation.

Plusieurs petites mesures

M. Girard mise plutôt sur une série de mesures associées aux dossiers ayant fait les manchettes au cours des derniers mois. Il maintient par exemple le financement des sorties scolaires, distribue 60 millions de dollars pour « agir face à l’itinérance et aux enjeux de santé mentale », et octroie 12 millions aux maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence.

Pour faire face à la crise du logement, il finance 1000 logements abordables de plus. Pour aider les familles, il convertit 5000 places non subventionnées en places subventionnées en service de garde.

Québec plafonne, encore cette année, la hausse moyenne de la taxe scolaire à 3 %. Interrogé à plusieurs reprises sur les mesures de son budget qui viendraient en aide aux Québécois, le ministre Girard a répété que ce sont sa « stabilité » et sa « prévisibilité » qui seraient les plus appréciées.

L’ACEUM comme plus gros risque

En 2025-2026, à 9,9 milliards (après versement au Fonds des générations), le déficit du Québec a compté pour 1,5 % du produit intérieur brut (PIB). Lors de l’exercice budgétaire de l’an dernier, il avait été évalué à 13,6 milliards, ou 2,2 % du PIB.

Au cours des 12 derniers mois, le gouvernement a pu compter sur des rentrées fiscales plus importantes parce que les particuliers ont récolté de meilleurs salaires et que les sociétés ont engrangé davantage de profits que prévu. Québec n’a pas non plus touché à la réserve d’urgence de deux milliards (appelée « provision pour éventualités ») qu’il avait mise de côté il y a un an.

La part des revenus dans l’économie québécoise demeure toutefois inférieure à celle des dépenses. Cela, en raison notamment des baisses d’impôts et de la réduction de la taxe scolaire, d’une part, et des investissements en santé et en éducation, d’autre part. Québec entend inverser la tendance en 2028-2029. Pour l’heure, il réduit la croissance des dépenses à 1,6 %, par rapport à 4,5 % l’an dernier.

« La révision de l’ACEUM est le risque le plus important auquel l’économie du Québec fait face », a déclaré M. Girard, en évaluant les risques de récession à 33 %, « avec un intervalle de confiance très large ». Son budget avance l’hypothèse que le conflit au Moyen-Orient, déclenché par l’attaque américaine en Iran, durera six semaines seulement.

Mais « on pourrait avoir des surprises positives », a lancé le ministre, en plaidant pour l’optimisme.

Un « coussin Fréchette-Drainville »

Le ministre Girard a chiffré à 250 millions de dollars la somme qu’il garde de côté pour celui ou celle qui deviendra premier ministre après le 12 avril, date d’échéance de la course à la chefferie de la Coalition avenir Québec (CAQ).

Cette réserve a été vertement critiquée par les partis d’opposition. Il s’agit ni plus ni moins d’un « fonds électoral », a raillé le chef libéral Charles Milliard, en baptisant cette somme « coussin Fréchette-Drainville », du nom des deux aspirants chefs caquistes.

Québec solidaire a qualifié cette réserve de « carte de crédit » pour le prochain chef de la CAQ et a dénoncé « l’électoralisme primaire » de la mesure, qui rend le budget « incomplet ». Le Parti québécois a quant à lui jugé que le budget « va s’autodétruire dans les prochaines semaines, parce qu’il est incohérent avec tout ce qu’annoncent les candidats » à la chefferie de la CAQ.

« La sobriété a meilleur goût »

Sur le plan fiscal, « la sobriété a bien meilleur goût », a plaidé le ministre des Finances. Son huitième budget — qui sera aussi le dernier du gouvernement Legault — se consacre en majorité aux « grandes missions de l’État » : la santé, l’éducation, l’enseignement supérieur, la justice et la sécurité publique.

Il coupe cependant dans le budget destiné à la lutte aux changements climatiques, puisque la situation économique mondiale continue de peser sur le marché du carbone, dont les revenus diminuent. Pour la première fois depuis sa naissance, le Plan pour une économie verte est donc amputé. Il passe, sur cinq ans, de 10,1 milliards l’an dernier à 8,2 milliards cette année.

Dans un contexte d’« incertitude importante » en raison du protectionnisme américain, le gouvernement veut stimuler l’économie grâce à l’injection d’argent dans les infrastructures publiques — sans nécessairement multiplier les cérémonies de coupage de ruban.

Le budget 2026-2027 porte le Plan québécois des infrastructures (PQI) à 167 milliards de dollars, en hausse de 3 milliards par rapport à 2025-2026. De ce total, le gouvernement consacre 105,8 milliards, soit 71 %, pour « assurer la pérennité des infrastructures publiques. »

Priorité aux infrastructures en santé

Les dépenses de portefeuilles sont évaluées à 160,5 milliards, un chiffre auquel s’ajoute une enveloppe de 10,3 milliards de dollars en service de la dette.

Encore une fois, la majorité des dépenses (40 %) est consacrée au portefeuille de la Santé. Le gouvernement débloque des fonds pour l’hôpital Sainte-Croix de Drummondville et des travaux préparatoires à l’Institut Douglas et à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

En éducation, le premier ministre, François Legault, laisse derrière lui des écoles en plus mauvais état que lors de son arrivée aux commandes il y a bientôt huit ans. Pas moins de 57 % des écoles primaires et de 61 % des écoles secondaires se trouvent dans un mauvais ou dans un très mauvais état. En cause : une nouvelle méthode pour recenser l’état des infrastructures, a justifié le ministre Benoit Charette.

Avec Marco Bélair-Cirino, Clémence Pavic, Isabelle Porter, Sébastien Tanguay et Dave Noël

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