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Érables menacés dans Portneuf : les producteurs veulent qu’Hydro-Québec soit plus souple

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Hydro-Québec a présenté dans les derniers jours des mesures d’accompagnement à des acériculteurs de Portneuf qui craignent de perdre des milliers d’érables à sucre en production, avec la construction d'une nouvelle ligne de transport d’électricité. Mais les producteurs demandent mieux.

La neige craque sous les pas de Karine Douville, alors qu’elle se promène parmi ses érables. C'est tout le côté droit de la ligne qui va être coupé, laisse-t-elle tomber.

D'ici quelques années, une portion de onze hectares des terres de la Sucrerie du Lac Blanc, à Saint-Ubalde et Saint-Thuribe, risque d'être complètement rasée pour faire place à une ligne de transport d’électricité.

Il y a plus d'un an, Hydro-Québec a annoncé vouloir construire une nouvelle ligne de transport d'électricité... reliant Portneuf à Lanaudière, l’axe Vallée-du-Saint-Laurent. Elle doit passer sur les terres de Karine Douville, juste à côté d’une autre ligne de transport déjà existante.

Ce n’est pas pensable, vraiment, s'attriste la présidente pour la région Québec Rive-Nord des Producteurs acéricoles du Québec. Elle pourrait perdre 2000 entailles, qui rapportent environ 17,50 $ par année. Ça représente des pertes financières annuelles de 35 000 $.

Une érablière à Saint-Ubalde.

Karine Douville et Christian Hébert devant les arbres qui seront coupés.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

Une servitude datant des années 1970

Au total, une quinzaine de producteurs d'érable de Portneuf seront touchés et 20 000 entailles pourraient être perdues dans le cadre du projet de la société d’État. On est sans mot, on est à terre, résume Karine Douville.

Il faut dire qu’il y a une cinquantaine d'années, Hydro-Québec a acquis une servitude pour la construction d'une éventuelle ligne de transport parallèle à une qui est déjà existante dans le secteur.

Après avoir étudié plusieurs options pour l’axe Vallée-du-Saint-Laurent, Hydro-Québec estime aujourd'hui que ce tracé est le meilleur.

Ça va réduire le déboisement d'environ 20 % à 30 % comparativement à une situation où on déciderait d'ouvrir un nouveau corridor, explique en entrevue son porte-parole, Pascal Poinlane.

On n'avait pas utilisé la servitude supplémentaire au moment de la construction de la première ligne. Aujourd'hui, on vient utiliser cette servitude supplémentaire pour construire la deuxième ligne qui va, sur la très grande majorité du tracé de 200 km, longer la ligne existante, ajoute-t-il.

Les acériculteurs qui cultivaient des érables sur les servitudes le faisaient en toute connaissance de cause depuis l’acquisition des servitudes dans les années 1970, estime-t-il.

Mais Christian Hébert, président pour Portneuf de l’Union des producteurs agricoles, estime que beaucoup de choses ont changé en 50 ans. Avant, l'érable ne valait pas plus cher que son bois de chauffage. Aujourd'hui, c'est notre or blond, croit-il.

Il estime aussi que le secteur acéricole de Portneuf a une importance critique. On est le secteur en Amérique du Nord qui a le plus haut potentiel acéricole dans les prochaines années. Avec le réchauffement climatique, les secteurs qui sont plus au Sud, comme la Montérégie, vont avoir beaucoup de difficultés, prévoit-il.

Une érablière à Saint-Ubalde.

Les arbres à droite de la ligne de transport existante devraient être abattus sur onze hectares.

Photo : Radio-Canada / Flavie Sauvageau

À la recherche de compromis

L'été dernier, à la demande des producteurs, un ingénieur forestier indépendant s'est penché sur le corridor à l’étude pour tenter de trouver un compromis qui épargnerait les érablières.

Suite à ses recommandations, Hydro-Québec a annoncé cette semaine qu'elle modifiait le tracé sur 9 kilomètres dans le secteur de Sainte-Christine d'Auvergne, ce qui permet d'épargner 2000 entailles.

Karine Douville aimerait qu’un passage alternatif, plus au nord, qui éviterait les zones aménagées, soit aussi trouvé pour son secteur, mais cela semble difficile.

On n'a pas pu tout accepter les propositions de l'Union des producteurs agricoles parce qu' il y avait certains avantages à changer un peu le tracé à certains endroits, mais ça provoquait davantage d'impact chez d'autres propriétaires. Ce qu'on cherche, c'est le tracé de moindre impact, explique Pascal Poinlane.

Mais l’UPA souhaite mieux. On demande une ouverture. Ensuite, qu'il y ait une réelle écoute des gens, dit Christian Hébert. Il va falloir qu'on trouve des compromis qui vont être bons pour tous.

On va bien s'entendre : nos producteurs n'ont jamais dit Pas dans ma cour [..]. On doit électrifier nos régions, le Québec. Les producteurs participent au-delà de l'apport qu'ils devraient mettre, mais à un moment donné, tu ne peux pas [briser] des entreprises au gré de quelqu'un qui trace un trait de crayon dans un bureau sur une carte, s’indigne-t-il.

25 $ par entaille

Hydro-Québec a aussi promis cette semaine un dédommagement fixe de 25 $ par entaille perdue. Un montant jugé insuffisant.

Ils parlent d’une mesure de transition, mais après, on ne les a plus, [les arbres], déplore Karine Douville. Sur le marché, une entaille, dans la région de Québec, c’est 100 $, sans compter les équipements autour, estime-t-elle.

Ça prend environ 50 ans pour qu’un érable atteigne un bon niveau de production, dit celle dont le grand-père a aménagé l’érablière qui sera coupée.

Hydro-Québec est consciente que le montant de 25 $ n’est pas la valeur marchande des érables. Par contre, [les acériculteurs] ont déjà reçu des compensations dans le passé pour l'acquisition de la servitude, rappelle Pascal Poinlane.

Selon lui, ces compensations, investies à l’époque sur le marché financier, vaudraient ce que valent les érables qui seront coupés.

On est conscient qu'il y a un impact sur certains acériculteurs, puis on les accompagne là-dedans. On est tout à fait ouverts à continuer à regarder l'optimisation des tracés, soutient-il.

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