Depuis plusieurs mois, la baisse du taux d’intérêt du Livret A a conduit les Français à se tourner vers d’autres produits d’épargne, l’assurance-vie au premier plan. Avec quelles conséquences pour le financement des projets sociaux ?

Sandrine Tran - Aujourd'hui à 06:30 - Temps de lecture :

Le taux du Livret A doit remonter à 1,7 % au 1er août. Photo d'illustration Sipa/Romuald Meigneux Le taux du Livret A doit remonter à 1,7 % au 1er août. Photo d'illustration Sipa/Romuald Meigneux

Depuis la décrue du taux d’intérêt du Livret A en février 2025, l’épargne préférée des Français n’a pas bonne presse. Après avoir culminé à 3 %, son taux a progressivement reculé pour atteindre 1,5 % actuellement et 1,7 % au 1er août. Conséquence : un ralentissement de la collecte, voire des retraits ces derniers mois, qui profite en particulier à l’assurance-vie. Pourtant, les livrets réglementés servent principalement à financer des projets sociaux tels que la construction de logements à loyers modérés, le financement de projets de transition écologique ou du nouveau nucléaire français. Faut-il craindre un ralentissement de ces projets ?

La Caisse des dépôts et consignations (CDC), qui gère 60 % des encours des livrets d’épargne réglementée (Livret A, LDDS et LEP) - soit 400 milliards d’euros - se veut rassurante. « Nous avons aujourd’hui 250 milliards d’euros de prêts à notre bilan et 150 milliards d’euros d’actifs financiers qui n’ont pas été traités », explique Stéphane Magnan, directeur financier du fonds d’épargne à la CDC. « Il y a plutôt une stagnation de la collecte sur les 10 premiers mois de l’année car on note certes des retraits mais il ne faut pas oublier non plus qu’on a aussi les intérêts que l’on va verser au 31 décembre et ces intérêts courent tous les jours et compensent la décollecte. Cela ne remet donc pas en cause le financement du logement social ou du nouveau nucléaire français. »

Un retour à la normale

Surtout, la situation actuelle est un « retour du balancier après quatre années de collecte très vigoureuse », explique le responsable. Près de 200 milliards d’euros avaient été cumulés avec le Covid et une grande partie est arrivée sur les livrets réglementés. On parle de 253 milliards d’euros d’encours fin 2018 à 407 milliards fin 2025, soit une hausse de 154 milliards d’euros. « Il y a des cycles plus favorables au Livret A et moins à l’assurance-vie », détaille Stéphane Magnan. « Et aujourd’hui, il y a un retournement de ce cycle. Il n’est pas du tout impossible qu’il se retourne de nouveau dans deux à trois ans. »

L’assurance-vie, qui a fait une percée dans l’épargne des Français, culmine à cinq milliards d’euros de collecte sur les 12 derniers mois, avec des taux de rendements sur le fonds euro estimés entre 2,5 % à 2,8 % nets de frais de gestion. Est-ce que la hausse du taux du Livret A à 1,7 % dès le 1er août va ralentir la décollecte ? « Cette remontée n’est pas énorme donc on n’attend pas non plus un effet massif sur la décollecte. Notre sentiment est qu’il y a un taux psychologique lorsqu’on arrive aux 2 % et qui pourrait, là, inciter les Français à davantage épargner sur le Livret A. »

La tirelire en ligne

Est-ce souhaitable ? Un meilleur taux d’intérêt signifie plus de sous mis de côté et donc moins de consommation. Autant dire, pas une bonne chose au moment où il faut relancer l’économie par des investissements et de la consommation. Surtout, à la CDC, on prône un équilibre : « Lorsqu’on prête à des bailleurs sociaux, le taux d’intérêt est indexé sur celui du livret A. S’il monte trop, les projets baissent », fait valoir Stéphane Magnan.

Reste à rappeler que le Livret A reflète toutes les situations financières des Français. Il est autant une tirelire en ligne (avec quelques avantages) qu’un placement pour les classes moyennes et moyennes supérieures. « Il y a ceux qui ont plafonné leur épargne et ceux, plus modestes, qui piochent dedans dès le 15 du mois et quand leur salaire tombe remettent de l’argent dans le livret », rappelle le directeur financier. Et de conclure : « Le Livret A va servir tous les besoins, c’est pour cela qu’il est le produit préféré des Français. »

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