Des milliers de personnes ont participé aux marches pour le climat samedi, tandis que le gouvernement prépare sa copie pour le projet de loi de finances 2027. Malgré une hausse annoncée du budget du ministère de la Transition écologique, les premiers signaux envoyés font craindre des reculs écologiques, après un été de tous les records.

Kevin Nectoux - Aujourd'hui à 19:30 | mis à jour aujourd'hui à 20:22 - Temps de lecture :

Comme à Paris, des milliers de personnes se sont rassemblées samedi pour réclamer une politique climatique plus ambitieuse  Photo  Sipa/Samuel Sotto Comme à Paris, des milliers de personnes se sont rassemblées samedi pour réclamer une politique climatique plus ambitieuse  Photo Sipa/Samuel Sotto

Des chaleurs sans précédent, des incendies en série, une sécheresse historique des sols et un bilan provisoire de 8 000 morts. Malgré un été caniculaire, qui met les corps et la biodiversité à rude épreuve, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées en France samedi lors de marches pour le climat. Elles réclament des plans d’urgence, d’adaptation et d’atténuation, financés par la taxation des superprofits des majors pétrolières et de l’industrie de l’armement, ainsi qu’un impôt sur le patrimoine des plus riches.

Mais de l’autre côté, le gouvernement prépare le pays à un tour de vis budgétaire de 54 milliards d’euros en 2027. L’exécutif doit présenter sa copie en Conseil des ministres mercredi 30 septembre.

« Une hausse en trompe-l’œil »

Alors la question reste, pour le moment, en suspens : dans quelle mesure la cure d’austérité annoncée va-t-elle impacter les crédits destinés à la protection de l’environnement et à la transition écologique dans le projet de loi de finances de 2027 ? Estimant « invraisemblable de sacrifier l’avenir », le Premier ministre Sébastien Lecornu s’était montré rassurant dans son entretien au Figaro le 17 septembre, lors duquel il a détaillé l’ampleur et la répartition des économies à réaliser pour tenir le déficit à 5 % du PIB. L’hôte de Matignon promettait ainsi que « les ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Recherche et de l‘Écologie afficheront […] des crédits en hausse », à savoir 1,1 milliard supplémentaire pour ce dernier.

« C’est une hausse en trompe-l’œil », dénonce Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau action climat (RAC). Pour elle, cette augmentation est la conséquence de la progression annoncée du coût du soutien public aux énergies renouvelables. L’État garantit en effet un tarif minimum aux producteurs des énergies vertes, et compense donc l’écart avec les prix de marché de l’électricité. Or la Commission de régulation de l’énergie, le gendarme français du secteur, chiffre à 10,67 milliards d’euros la part de ce soutien financée par le budget de l’État en 2027, contre 9,06 milliards en 2026. Soit une hausse d'exactement 1,1 milliard… purement mécanique.

L’Ademe dans le viseur du gouvernement

Les défenseurs de l’environnement ont ensuite rapidement déchanté. Quelques heures à peine après la publication de l’interview de Sébastien Lecornu par Le Figaro , le journal Le Monde révélait que le gouvernement envisageait de raboter de 30 % le budget de l’Agence de la transition écologique (Ademe). Avec un budget d'un milliard d’euros en 2026, l’Ademe pourrait être privée de plus de 300 millions d’euros l’an prochain.

Elle est pourtant un acteur-clé dans la lutte contre le changement climatique, en finançant de nombreux projets innovants portés par des collectivités ou des entreprises. Selon les informations du quotidien, c’est le fond chaleur qui est principalement visé par cette coupe, pourtant consacré au développement de la chaleur renouvelable et permettant de limiter l’importation d’énergies fossiles.

En outre, le 11 septembre, le média Contexte nous apprenait que l’exécutif prévoyait des coupes dans d’autres opérateurs de la transition écologique. Ainsi, les six agences de l’eau vont voir disparaître 55 emplois d’ici trois ans, dont 15 dès 2027. Dix postes seront supprimés au sein des 11 parcs nationaux, qui peinent déjà à assurer convenablement leurs missions, tandis que l’Office français de la biodiversité devra composer avec 24 postes en moins l’an prochain. De même, si, en gage de bonne volonté, Sébastien Lecornu a promis de rehausser le Fonds vert à un milliard d’euros en 2027 (contre 837 millions en 2026), il reste bien en deçà des 2,5 milliards dont il était doté en 2024, un an après sa création.

« Aggraver la dette climatique »

« C’est totalement irresponsable », s’insurge Anne Bringault, « le gouvernement fait le choix de freiner la transition écologique alors qu’il est urgent d’accélérer. Ne pas investir aujourd’hui, c’est aggraver la dette climatique. » Lundi, le RAC exhortera le gouvernement à « planifier et mobiliser les investissements et financements publics à moyen et long termes, via une loi de programmation pluriannuelle des financements de la transition écologique et juste. » La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, doit d’ailleurs présenter, le 30 septembre également, ses propositions pour accélérer la mise en œuvre du troisième plan national d’adaptation au changement climatique.

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