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Le réservoir de Vedi améliore le réseau d’irrigation de la plaine de l’Ararat et réduit la pression sur le lac Sevan menacé par une catastrophe écologique au moment où l’Arménie accueille à partir de ce lundi la Cop 17 sur la biodiversité. L’Agence française de développement (AFD) a financé ce projet par un prêt.
Luc Chaillot, envoyé spécial en Arménie - Aujourd'hui à 06:20 - Temps de lecture :
Ashot Charoyan est fier de ses abricotiers, ses pruniers et ses pêchers qu’il cultive pour produire des fruits secs. L’arboriculteur de 70 ans bénéficie du programme qui aide les paysans arméniens à parvenir à une gestion plus résiliente et durable des terres irriguées de la plaine de l’Ararat.
Ashot Charoyan bénéficie du programme qui aide les paysans arméniens à parvenir à une gestion plus résiliente et durable des terres irriguées de la plaine de l’Ararat. Photo EBRA/L.C.
Ashot Charoyan étendra bientôt son verger de 200 arbres fruitiers avec 25 pêchers supplémentaires et des fruits à haute valeur ajoutée, non loin du légendaire Mont Ararat où s’échoue l’Arche de Noé dans la Bible. Il va surtout pouvoir mettre en place une irrigation au goutte-à-goutte et économiser beaucoup d’eau grâce au barrage de Vedi qui a été financé par un prêt de 75 millions d’euros de l’AFD (Agence française de développement) ainsi qu’une subvention de 10 millions d’euros de l’Union européenne et une contribution de 15 millions d’euros de l’Arménie. Ce réservoir de 30 millions de mètres cubes et la rénovation du réseau de canaux d’irrigation datant de l’époque soviétique vont bénéficier à 5 000 agriculteurs.
Le réservoir de Vedi va réduire les prélèvements de 29 millions de mètres cubes par an dans le lac Sevan. Photo EBRA/L.C.
Ce premier grand barrage construit dans la région depuis la fin de l’URSS va participer à la protection de la biodiversité du lac Sevan. L’écosystème de cette véritable mer intérieure est très fragile. Chaque année, 170 millions de mètres cubes d’eau y étaient prélevés pour produire de l’hydroélectricité et irriguer la plaine de l’Ararat. Cette exploitation intensive remontant à l’URSS a entraîné une baisse du niveau d’une vingtaine de mètres et un désastre écologique dès les années 1930.
Éviter les risques d’assèchement du lac
« L’eau se réchauffe et des espèces de poissons endémiques sont en danger à cause de la baisse du niveau du lac », explique Zaven Melikjanyan, chargé du projet à l’AFD.
« Le réservoir de Vedi va réduire les prélèvements de 29 millions de mètres cubes par an et éviter les risques d’assèchement du lac tout en augmentant de 500 hectares les surfaces irriguées », explique Serguei Sereda, du Fonds arménien de développement territorial. La vétusté des canaux d’irrigation causait d’importantes pertes d’eau. « On passera de 25 % à 80 % d’efficacité », explique Marine Lagarde, représentante de l’AFD en Arménie. « Il y aura moins de conflits autour de l’eau. On consomme aussi moins d’herbicides et d’engrais », se réjouit Ashot Charoyan.
« Il y aura moins de conflits autour de l’eau. On consomme aussi moins d’herbicides et d’engrais », se réjouit Ashot Charoyan. Photo EBRA/L.C.
Le projet de l’AFD comprend aussi un plan de modernisation des exploitations agricoles, très morcelées (1,5 hectare en moyenne). « Il encourage notamment la création de coopératives même si ce mot est un peu difficile à entendre dans l’Arménie post-soviétique », reconnaît Marine Lagarde. Le barrage a été construit en argile et pas en béton pour résister à un tremblement de terre dans une région avec un risque sismique très élevé. « Le défi a été de convaincre le constructeur arménien de respecter des normes internationales alors qu’il travaillait encore avec des normes russes », explique Victor Labarre, un ingénieur français qui suit le projet pour Artelia, une société qui a des racines grenobloises.
Victor Labarre, l’ingénieur français qui suit le projet du réservoir Vedi pour la société française Artelia. Photo EBRA/L.C.
« Le monde sur la mauvaise voie »
Dès ce lundi, l’Arménie est au centre de l’attention pour la lutte contre l’effondrement du vivant dans le monde. La capitale Erevan accueille la 17e Conférence internationale de l’ONU pour la biodiversité (Cop 17) jusqu’au 30 octobre. Les pays feront un premier bilan des engagements pris en 2022 à Montréal. Ils s’étaient notamment engagés à restaurer 30 % des écosystèmes dégradés, à protéger 30 % des terres et des mers et à consacrer 200 milliards de dollars par an à la biodiversité d’ici à 2030. Les objectifs sont loin d’être atteints à mi-parcours. « Le monde n’est pas sur la bonne voie », ont reconnu les organisateurs de la Cop 17 en août dernier.


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