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  • De « maîtrise » à « évitement », comment la France s’arme pour contenir les feux extrêmes

Dès 2030, l’activité des feux de forêt pourrait augmenter de 13 à 22 %, selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Comment lutter contre les incendies, toujours plus violents, et protéger les zones sensibles et les populations exposées au phénomène ?

Pierre-Antoine Livenais - Aujourd'hui à 08:30 - Temps de lecture :

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30 000 hectares brûlés en Gironde à l’été 2022, 11 000 partis en fumée dans le massif des Corbières, dans l’Aude, en août 2025… Les épisodes de feux extrêmes se multiplient depuis plusieurs années, favorisés par les épisodes de sécheresse et les fortes températures. Si l’on observe une diminution des surfaces brûlées sur les dernières décennies, grâce notamment à la prévention et aux progrès en matière de lutte contre ces incendies, c’est surtout l’apparition des feux extrêmes et leur caractère récurrent qui alertent les experts. « Ce type d’événements sera de plus en plus probable en raison du changement climatique », prévoit Julien Ruffault, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), spécialiste des dynamiques de feux de forêt.

Une gestion territoriale à adapter

Un rapport de l’organisme publié en novembre 2025 projette que le nombre de grands feux pourrait passer de 7 à 10 par an en 2050. « La saison des incendies sera plus longue et touchera de nouvelles zones en France », complète le spécialiste. Les régions au nord, par exemple, historiquement moins touchées qu’au sud, seront amenées à faire face à ces épisodes de feux extrêmes. Et vont donc devoir, à terme, s’adapter et concevoir des territoires résilients au feu. Car dans ce contexte d’incendies devenus incontrôlables, « on est passé d’une stratégie de maîtrise du phénomène à un paradigme d’évitement et de gestion territoriale, pour protéger les zones sensibles et les populations », soutient Bernard Prevosto, chercheur en écologie forestière méditerranéenne à l’Inrae.

Cela passe par des obligations légales mises en place dans certains départements, comme le débroussaillage des matières végétales, censé empêcher le feu d’accéder aux espaces exposés aux risques d’incendie. Ou le choix des essences plantées : « un cyprès peut projeter des aiguilles sur les toitures et les linéaires de haies peuvent amener le feu vers les bâtis », précisent les chercheurs.

Résilience ou résistance

Le sud de l’Europe figure parmi les zones les plus touchées par les feux extrêmes et peut servir d’exemple en termes de prévention et de stratégies de lutte. « L’Espagne a plusieurs années d’avance sur nous », pointent les spécialistes. Dans le bassin méditerranéen, la végétation, régulièrement touchée par des feux extrêmes, a elle aussi développé, au fil des siècles, des stratégies naturelles de résistance ou de résilience face au passage de ces épisodes : « Soit les arbres survivent aux incendies, soit ils se régénèrent », comme c’est le cas pour le pin d’Alep, très répandu dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. « Après un incendie, on laisse les processus naturels opérer. Il peut y avoir des plantations en appui si la zone est trop dégradée », complètent les chercheurs.

C’est cette dernière solution qui a été privilégiée dans les Landes de Gascogne, après les feux violents de l’été 2022. Des dizaines d’hectares de pins maritimes ont ainsi été plantées en complément de la régénération naturelle des zones brûlées. « La végétation dans les zones moins tempérées ne dispose néanmoins pas de cette capacité de résilience. » Peut-être faudra-t-il alors songer, dans le futur, à planter ces essences du sud dans le nord.

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