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En pleine période de canicule, une étude révèle que neuf logements sur dix sont aujourd’hui inadaptés aux fortes chaleurs en France. Même les logements neufs ou bien isolés au titre du diagnostic de performance énergétique (DPE) sont concernés.
Cyrielle Thevenin - Hier à 19:00 | mis à jour hier à 19:56 - Temps de lecture :
Plus de 41 millions de Français, soit près de 60% de la population, sont concernés par la canicule actuelle, qui devrait encore se renforcer dimanche. La France pourrait vivre lundi sa journée la plus chaude jamais mesurée, selon Météo-France, qui voit dans cet épisode « le signe manifeste du changement climatique ». Or, la France n’y est pas préparée : neuf logements sur dix sont inadaptés aux fortes chaleurs, selon une étude Pouget Consultants pour Ignes (l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment) publiée cette semaine.
Près d’un logement sur deux (48,2 %) est même considéré comme une bouilloire thermique, au sens de l’indicateur « confort d’été » présent dans le diagnostic de performance énergétique (DPE). Cet indicateur tient compte de cinq paramètres : la présence suffisante de protections solaires extérieures (volets, stores), l’isolation de la toiture, l’inertie du logement, son caractère traversant et l'équipement en brasseur d’air. Dans la majorité des cas, c’est l’absence de protections solaires extérieures qui pèche. « Le mur devant nous est considérable », a reconnu mercredi le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, qui a annoncé une série de mesures pour accélérer l’adaptation des logements aux canicules.
Des logements inadaptés « sur l’ensemble du territoire »
« Globalement, sur l’ensemble du territoire, les logements sont insuffisamment adaptés. Il y a des variations d’un territoire à l’autre mais ce ne sont pas des différences très marquées », observe Brice Brandenburg, responsable des affaires publiques d’Ignes. Certaines villes, comme Annecy ou Saint-Étienne, font ainsi figure de bons élèves, avec respectivement 27,94 % et 20,1 % de logements ayant un indicateur confort d’été « bon ». « Dans l’Est, on est dans une maille d’un à deux logements sur dix qui sont bien adaptés, ça reste très largement inadapté, d’autant qu’on sait que ce territoire va connaître beaucoup plus de vagues de chaleur à l’avenir », nuance Brice Brandenburg.
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Aujourd’hui, l’indicateur confort d’été ne tient pas compte de la localisation, ni du climat actuel. Il fait donc apparaître que les logements les plus inadaptés se situent pour beaucoup dans le nord de la France : Paris (67,7 %), les Côtes-d’Armor (63,6 %) et le Nord (63,3 %) comptent ainsi parmi les départements ayant le plus de logements insuffisamment adaptés. « Ce qui joue beaucoup, c’est l’architecture locale. On a des traditions historiques d’architecture qui sont liées au climat local : dans le Sud par exemple, les logements sont quand même mieux protégés car on a toujours mis des volets et des stores puisqu’on était plus exposés à la chaleur », explique Brice Brandenburg. « Il faudrait mieux prendre ce type d’informations en compte pour l’indicateur : le climat, l’environnement local… En ruralité le même climat est par exemple plus supportable car c’est plus végétalisé qu’en ville », poursuit le spécialiste.
Les logements neufs également concernés
Plus préoccupant encore, l’étude montre que même des logements neufs, récents et bien isolés au titre du DPE (classés A, B) sont inadaptés aux fortes chaleurs. 81 % des logements neufs analysés possèdent un indicateur confort d’été « moyen » ou « insuffisant » et seulement 9 % des logements dotés d’un DPE A atteignent le niveau « bon ». « Cela montre que même récemment, alors que la problématique du réchauffement climatique était visible et connue, le critère d’adaptation à la chaleur n’a pas été embarqué lors de la construction. Toute notre politique du logement et de la construction est aujourd’hui focalisée sur l’hiver et ne pense pas l’été », regrette Brice Brandenburg. L’analyse des audits énergétiques le prouve : dans 58 % d’entre eux, l’installation de protections extérieures n’est pas préconisée dans les scénarios de travaux proposés.
Mercredi, le gouvernement a annoncé que le confort d'été sera systématiquement intégré dans les projets de rénovation de l’Anru 3 dans les quartiers de politique de la ville, et que l’indicateur sera révisé avant 2027 pour les logements neufs. Pour l’Ignes, qui réclame la mise en place d’une « vraie politique d’adaptation des logements », ces mesures sont toutefois loin d’être suffisantes. « Deux tiers des logements vont être exposés d’ici 2030 à des vagues de chaleur de plus de 20 jours. En dix ans, on va avoir deux fois plus de logements exposés. Donc quand on a un état d’inadaptation aussi important et une population vieillissante, donc plus vulnérable, face aux projections climatiques, on va avoir des gens qui souffrent chez eux et au-delà ce sont des problèmes sanitaires. C’est un enjeu de santé publique », insiste Brice Brandenburg.


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