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Environ 40 % des petits exportateurs canadiens touchés par les nouveaux tarifs

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Le temps presse pour bon nombre d'entreprises partout au pays : à compter du 19 août, plus de 500 catégories de produits canadiens pourraient être visées par de nouveaux droits de douane.

Spiritueux, bâtons de hockey, miel, produits laitiers, luminaires, meubles, appareils électroniques, produits de plastique, bijoux, souliers, papier, bois — la liste de produits dans la mire de l’administration Trump est longue.

Luminaire Authentik, qui fabrique des luminaires sur mesure pour une gamme de clients résidentiels et commerciaux, venait récemment d’embaucher un directeur des ventes aux États-Unis.

C'est un choc. Du jour au lendemain, on se retrouve avec une taxe de 50 % sur ce qu’on vend aux États-Unis.

Si l’entreprise montréalaise ne compte pas abandonner le marché américain, elle devra toutefois refiler une partie du coût aux consommateurs.

L'entrepreneure Maude Rondeau, dans sa boutique de luminaires.

Maude Rondeau est fondatrice et présidente de Luminaire Authentik.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Steben

Ça vient freiner nos plans d'expansion. Ça rend les choses vraiment difficiles. Ça vient embrouiller toute notre stratégie d'affaires, lance Maude Rondeau.

L’entrepreneure mise davantage sur le marché canadien : Luminaire Authentik a ouvert une nouvelle boutique à Toronto le mois dernier et compte s’implanter également à Vancouver, Québec, Calgary et Edmonton au cours des prochaines années.

Un coup dur pour les PME canadiennes

Selon un récent sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), environ deux PME sur cinq qui exportent des produits aux États-Unis seraient soumises aux nouveaux tarifs.

Parmi les entreprises touchées, plus des trois quarts (77 %) anticipent une baisse de revenus avec l’entrée en vigueur des droits de douane. Plus du tiers (35 %) s’attendent à ce que leur chiffre d’affaires soit réduit — au moins — de moitié.

L'économiste Simon Gaudreault.

Simon Gaudreault est économiste en chef de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante.

Photo : Radio-Canada / Martin Hazel

Simon Gaudreault, économiste en chef de la FCEI, souligne que l’impact est d’autant plus important parce que ces tarifs s’appliqueront sur des produits autrefois exemptés en vertu de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACÉUM).

Méthodologie

Le sondage de la FCEI a été réalisé du 28 juillet au 6 août auprès de 1833 propriétaires de petites et moyennes entreprises à l’échelle du pays. À titre de comparaison, pour un échantillon probabiliste de cette taille, la marge d’erreur serait de plus ou moins 2,3 %, 19 fois sur 20.

Certaines entreprises d'une manière ou d'une autre ne seront pas en position de refiler la facture à leurs clients. À 50 % d'augmentation, elles ne seront plus compétitives sur le marché américain, dit-il. Si on n'a pas d'alternative pour écouler nos produits sur d'autres marchés [...] il faut réduire la taille de l'entreprise ou peut-être, malheureusement, dans certains cas, on va assister à des fermetures.

Le PDG de Dynamo Playgrounds, Richard Martin, affirme que les tarifs de l’administration Trump sur l’acier et l’aluminium avaient déjà fait bondir les prix qu’il propose à ses clients américains. Certains distributeurs ont donc cessé de vendre les équipements de jeux fabriqués par l’entreprise de la région d’Ottawa.

Comme les États-Unis représentent environ 80 % de son chiffre d’affaires, Dynamo Playgrounds a dû réduire ses effectifs, passant de 63 à 17 employés.

Des enfants jouent dans un terrain de jeux.

L'entreprise ontarienne Dynamo Playground, qui fabrique des équipements de jeux, a déjà été durement frappée par les tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium.

Photo : Dynamo Playgrounds

Il s’attend maintenant à ce que les nouveaux tarifs sur les plastiques, utilisés par l’entreprise dans certaines pièces de ses jeux, aient des répercussions dévastatrices.

Ça pourrait signer la fin de Dynamo, affirme Richard Martin. Je me demande comment notre gouvernement va nous venir en aide. Je ne peux pas contracter un autre prêt.

Bien qu’il vende des ensembles de jeux au Canada, il estime que ce marché ne permettrait pas d’assurer la viabilité financière de son entreprise. S’adapter aux réglementations de différents pays et modifier sa stratégie de marketing pour l’adapter à d’autres marchés constituent également des obstacles majeurs.

Je ne perdrai jamais espoir, je me battrai jusqu’au bout. Mais j’espère que tout ça prendra bientôt fin, dit-il.

Les industries les plus touchées

Le secteur de l'électronique au pays risque d'être le plus durement touché. Le Canada a exporté pour plus de 4 milliards de dollars américains de matériel électronique susceptible d'être soumis aux nouveaux droits de douane de Trump.

Environ 900 millions de dollars d’exportations de boissons canadiennes sont également menacées, selon les données de la Commission du commerce international des États-Unis.

Aucune entreprise n'absorbe ces hausses de coûts à long terme. C'est donc la clientèle qui doit en faire les frais au final, affirme Bryce Parsons, PDG de la distillerie True Wild à Calgary.

Par contre, le consommateur américain décidera d’acheter ses spiritueux ailleurs si les prix des produits canadiens connaissent une hausse de prix aussi forte, selon lui.

Pivoter vers d’autres marchés pour éviter les nouveaux tarifs n'est pas une option facile dans son industrie. Près de 93 % des exportations de spiritueux canadiens sont acheminées aux États-Unis, affirme M. Parsons, qui est aussi président de l’Association des distillateurs artisanaux de l'Alberta.

De la machinerie et des tuyaux dans une distillerie.

L'ambition de la distillerie albertaine True Wild de faire goûter son bourbon aux Américains s'est évaporée.

Photo : Radio-Canada / Nick Brizuela

Le PDG de True Wild dit vouloir se concentrer uniquement sur le marché albertain pour l’instant. Grâce à un nouvel accord interprovincial conclu le mois dernier, l’entreprise pourra bientôt vendre ses produits directement à des clients canadiens résidant ailleurs au pays.

Seul le Québec n’a pas encore signé cette entente : le gouvernement Fréchette souhaite d’abord modifier les lois encadrant les boissons alcooliques afin de pouvoir appliquer un tel accord de libre-échange.

L'économiste de la FCEI espère que cette dernière salve de tarifs poussera les provinces à éliminer plus rapidement les barrières commerciales entre elles.

Cette opportunité-là, c'est d'avoir une économie canadienne qui est plus résiliente, qui va dépendre un peu moins du marché américain, lance Simon Gaudreault.

Avec les informations de Kim Taï Franco et de CBC

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