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Entre Saab, Bombardier et Ottawa, le début d’une idylle

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« Une décision extraordinaire, qui nous rend extrêmement heureux. » Le directeur général délégué de Saab, Anders Carp, ne cachait pas sa satisfaction mercredi après le discours de Mark Carney, en ouverture du salon CANSEC d’Ottawa.

Il faut dire que le premier ministre venait d’annoncer que le gouvernement miserait sur le constructeur suédois en vue d’acquérir des avions de détection lointaine et d’alerte avancée. Exit les deux constructeurs américains L3Harris et Boeing, qui étaient encore en lice pour ce lucratif contrat. Et place donc à un partenariat de grande envergure entre Saab et le Canada.

Pour la porte-parole de l’entreprise au Canada, Sierra Fullerton, il s’agit même de « la meilleure chose qui soit arrivée à Saab » depuis que l’entreprise est présente au Canada.

Si la plupart des chiffres de l’accord demeurent confidentiels, le Canada devrait acheter à l’entreprise suédoise six avions radars de type GlobalEye, fabriqués à partir des jets d’affaires Global 6500 de Bombardier et sur lesquels sont installés de nombreux capteurs et radars. À la clé, un chèque de plus de 5 milliards de dollars.

Surtout, M. Carney a également indiqué que le Canada assurerait la fabrication du tiers environ des 40 appareils GlobalEye qui seront produits à l’échelle mondiale par Saab au cours des 15 prochaines années, et notamment les douze qui devraient être achetés par les partenaires de l’OTAN.

« Nous sommes très fiers de ce que nous faisons déjà pour les Forces armées canadiennes, mais là, c’est quelque chose de différent, explique au Devoir Anders Carp. On parle de bâtir la souveraineté du Canada, de donner au Canada des capacités véritablement autonomes, ses propres avions de surveillance. Surtout, nous allons fournir à l’industrie canadienne un partenariat qui va au-delà de chaînes de production. »

Un pôle verra le jour au Canada

Parmi les arguments qui ont fait pencher la balance en faveur de Saab figurent notamment les généreuses retombées économiques promises par l’entreprise suédoise à Ottawa. Historiquement, Saab fabrique ses appareils dans son usine située à Linköping, dans le sud de la Suède. Aujourd’hui, l’entreprise n’est plus en mesure d’augmenter la cadence et n’a d’autres options que de produire là où elle signe des ententes. Dans le cadre de celle conclue avec Ottawa, c’est donc un tiers de son carnet d’affaires qui sera ainsi transféré au Canada.

« Nous ne serons pas en mesure de produire l’ensemble des GlobalEye en Suède, nous avons besoin de deux, voire trois nouvelles installations pour réaliser les intégrations de nos systèmes et de tout ce qui vient avec le GlobalEye. C’est pourquoi un de ces pôles sera implanté au Canada », indique M. Carp.

Selon les prévisions du constructeur suédois, le programme d’acquisition des avions de surveillance GlobalEye devrait créer plus de 3000 emplois au Canada, en plus de retombées économiques à long terme qui pourraient dépasser les 5 milliards de dollars.

« Nous avons trouvé des compagnies au Québec et au Canada qui peuvent nous aider à construire le GlobalEye, dans le secteur des logiciels, de l’IA, des systèmes informatique et logistique ou encore dans la fabrication de capteurs », détaille le numéro deux de l’entreprise suédoise.

Un game changer pour Bombardier ?

Du côté de Bombardier, l’heure est aussi à la satisfaction. L’entreprise québécoise a salué la décision d’Ottawa, qui intervient au moment même où l’entreprise a annoncé qu’elle fournirait trois avions Global 6500 pour la surveillance maritime en Australie. Avec Saab, c’est aussi un volet exportation qui est en ligne de mire pour l’entreprise québécoise.

« Bombardier entame des discussions avec Saab pour diriger le programme de modification et pour jouer un rôle industriel de premier plan au Canada dans le cadre d’exportations potentielles de cette solution [le GlobalEye], le tout afin de maximiser les avantages à long terme que le Canada tirera de cet achat stratégique », a réagi l’entreprise dans un communiqué.

Saab et Bombardier collaborent sur le GlobalEye depuis 2015, et comptent déjà parmi leurs clients des partenaires du Canada, notamment la France, la Suède ou les Émirats arabes unis.

Cependant, l’annonce de Mark Carney peut-elle être un véritable game changer dans la stratégie de réalignement dans le domaine de la défense de Bombardier ?

« C’est ce qu’on croit, répond Anders Carp de Saab. Leur flotte de jets d’affaires est la plus performante au monde pour accueillir nos systèmes et nos capteurs particulièrement lourds. Au travers du partenariat entre Saab et l’industrie canadienne, nous serons liés à Bombardier pour très longtemps désormais. »

En attendant les Gripen ?

Une autre décision d’Ottawa est attendue par l’entreprise Saab. Elle concerne l’acquisition d’avions de chasse pour remplacer la flotte vieillissante de CF-18. Pour l’instant, le premier ministre est toujours en train de réévaluer la commande faite en 2022 à Lockheed Martin pour l’acquisition de 88 F-35. Mais Mark Carney étudie également la possibilité d’acheter des chasseurs Gripen à l’entreprise suédoise. La semaine dernière, le Pentagone a sommé le gouvernement canadien de prendre une décision « rapide » concernant l’achat complet des avions de chasse F-35.

« Après 25 ans passés chez Saab, j’ai appris à être patient et à attendre que les clients soient prêts à prendre leur décision, indique de son côté Anders Carp. Nous savons que notre plateforme répond aux besoins du Canada, mais c’est maintenant au gouvernement canadien de choisir. S’ils ont besoin de soutien, on sera là. »

En entrevue au mois de février, le président de Saab Canada avait affirmé au Devoir que si la suédoise obtenait le contrat pour les avions de chasse Gripen, en plus de celui des GlobalEye, cela pourrait générer au total 12 600 emplois au pays, notamment dans les secteurs de la recherche et développement, de la production industrielle ou encore de la maintenance.

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