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Entre pillage et pragmatisme, où se situe la limite avec l’IA?

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Je suis un écrivain tiraillé entre l’indignation et le réalisme. Je reçois parfois des messages qui me font réfléchir. Récemment, un confrère illustrateur (et dont je suis un grand admirateur) m’a écrit pour me dire — sans détour — que mon utilisation de l’intelligence artificielle (IA) générative sur les réseaux sociaux contribuait à banaliser le plus grand pillage d’œuvres de l’histoire. Son argument ? Les modèles d’IA sont nourris de millions de portfolios d’artistes, souvent sans leur consentement.

Un portfolio, c’est bien plus qu’une pile d’images, c’est notre savoir-faire, notre signature graphique, notre ADN d’artiste, m’a-t-il lancé.

Il a raison, bien sûr.

L’IA générative repose sur une exploitation massive de créations existantes, souvent protégées par le droit d’auteur. Pour les illustrateurs, les designers, les artistes visuels, c’est une menace directe : des éditeurs, des agences et même des institutions remplacent désormais des commandes par des images générées à partir de leur propre travail. Résultat ? Une baisse de 30 % des revenus pour certains, de jeunes diplômés qui se réorientent faute de débouchés et une précarisation accélérée de toute une profession.

Je comprends cette colère. Moi aussi, j’ai été volé (43 de mes livres par Meta, pour être précis). Alors, suis-je incohérent en utilisant l’IA tout en dénonçant ces pratiques ? Peut-être. Mais la vie est rarement noire ou blanche.

Je reste convaincu que l’IA ne remplacera jamais la sensibilité humaine. Aucune intelligence artificielle ne pourra jamais capturer la complexité sociale et émotive de l’être humain. Les mêmes cassandres annonçaient la mort du livre papier, du cinéma, de la peinture… et pourtant, nous sommes toujours là.

L’IA est un outil. Un jeu. Une mode. Comme Facebook, comme Instagram, comme toutes ces plateformes qui ont révolutionné (et souvent sclérosé) notre rapport à la culture. Les bombes ont déjà détruit la ville, ai-je répondu à mon confrère. Nous n’avons pas le choix : il faut composer avec cette réalité.

Je ne suis pas un apôtre de la technologie. Je l’utilise pour des choses sans importance, des publications éphémères, des tests graphiques. Jamais je ne confierais à une machine la création d’une couverture de roman, d’une illustration pour un livre jeunesse ou d’une œuvre qui demande une âme. Je n’ai pas l’intention de remplacer un artisan de ma nation par un algorithme, et cette ligne, je ne la franchirai pas.

Mon interlocuteur m’a reproché mon manque de solidarité. En utilisant l’IA, même pour des futilités, tu envoies un mauvais signal. Je le comprends. Mais où s’arrête la cohérence ? Si je boycotte l’IA, dois-je aussi quitter Facebook, dont le propriétaire a volé des œuvres pour entraîner ses modèles ? Dois-je renoncer à tous les outils numériques qui, d’une manière ou d’une autre, exploitent le travail des autres ?

Je crois fermement à la régulation, à la transparence et à l’équité dans la rémunération des artistes dont les créations sont utilisées pour former ces systèmes. Mais je refuse le militantisme stérile, les leçons de morale, les chapelles idéologiques. Je ne suis pas un donneur de leçons, et je ne le deviendrai pas.

Ce débat révèle quelque chose de plus profond : notre rapport à la création, à la valeur, à l’éthique. L’art survivra, car il est l’expression même de l’humanité. Mais que restera-t-il si les artistes, faute de moyens, disparaissent ?

Peut-être suis-je naïf. Optimiste. Ce n’est peut-être pas très malin, mais je pense que, comme toutes les révolutions technologiques, l’IA finira par se banaliser entre le vice, l’argent et le contrôle social, à l’instar d’Internet. Un reflet de notre peu d’humanité.

En attendant, je continuerai à utiliser cet outil avec prudence, en gardant à l’esprit une question simple : est-ce que cela nuit à un artiste, à un artisan, à un créateur de ma communauté ? Si la réponse est oui, je m’abstiendrai. Sinon, je jouerai avec, comme on joue avec le feu… en espérant ne pas me brûler.

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