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À peine dix jours après son entrée en poste, Christine Fréchette a déjà une première occasion de goûter les plaisirs des relations fédérales-provinciales.
Il est clair que le nouveau programme de formation de 6 milliards de dollars annoncé mardi dans la mise à jour économique du gouvernement Carney vient empiéter sur les compétences du Québec en matière de formation professionnelle.
Il est vrai aussi que le Canada et le Québec ont tous les deux un urgent besoin des 100 000 travailleurs spécialisés dans la construction qu’Ottawa souhaite former d’ici cinq ans. Le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, parle d’un « partenariat », mais on peut tout aussi bien y voir une ingérence.
Celui que Mme Fréchette a nommé responsable des Relations canadiennes, Jean Boulet, a réagi avec sa suavité coutumière. Il ne s’est pas dit choqué ou irrité par cet empiètement « potentiel », il a plutôt été « impressionné ». Ce n’est pourtant pas comme s’il y avait là quelque chose de très nouveau.
Il n’a pas rejeté à l’avance toute condition qu’Ottawa pourrait poser à un éventuel transfert de fonds, comme l’aurait sans doute fait son prédécesseur, Simon Jolin-Barrette, qui avait une méfiance instinctive envers toute initiative venant d’Ottawa. D’un naturel conciliant, M. Boulet n’a manifestement aucune envie de déterrer la hache de guerre.
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À moins de six mois de la prochaine élection provinciale, Mme Fréchette semble tout aussi désireuse de faire en sorte que tout se passe en douceur. Sa récente rencontre avec Mark Carney se voulait un nouveau départ. La page Legault-Trudeau est définitivement tournée. Entre gens raisonnables, l’autonomie peut très bien aller de pair avec la collaboration, non ?
M. Carney se présente comme un « nationaliste canadien », mais il ne donne pas l’impression d’avoir un goût très prononcé pour les querelles de drapeaux. On est bien loin de l’époque des bourses du millénaire, que le gouvernement de Jean Chrétien avait créées en 1998, en pleine guerre postréférendaire avec le gouvernement Bouchard. Même la couleur des chèques posait problème.
Il est vrai que l’inquiétude générée d’un océan à l’autre par les politiques agressives de Donald Trump a sans doute pour effet de faciliter l’acceptation de mesures visant à assurer une plus grande unité du marché intérieur, y compris au Québec, où il y avait longtemps qu’on avait présenté un premier ministre canadien comme un allié, sans doute pas depuis l’époque de Brian Mulroney.
Le nouveau programme d’Ottawa entend s’inscrire dans une sorte de corvée nationale de transformation de l’économie canadienne pour la rendre plus résiliente face à ce qui est perçu comme un ennemi commun. Inévitablement, plus d’unité économique requiert plus d’unité politique.
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Depuis l’entente Ottawa-Québec signée en 1997, la Commission des partenaires du marché du travail est le canal privilégié des transferts fédéraux destinés à la formation professionnelle. Elle pourrait donc gérer le « partenariat » évoqué par M. Champagne, a indiqué Mme Fréchette.
Moins publicisée que celle de 1997, une autre entente, signée en 2019, a exempté le Québec de rendre des comptes pour l’utilisation des fonds fédéraux pour la formation professionnelle. Jusque-là, Ottawa exigeait de pouvoir vérifier la performance des programmes québécois.
Si la formation professionnelle est un dossier moins litigieux que jadis entre les deux ordres de gouvernement, les risques de dédoublement n’en demeurent pas moins réels. Sur le site du gouvernement du Québec, on peut trouver la liste des nombreux programmes qui sont déjà offerts à ceux et celles qui souhaitent faire carrière dans la construction. Il faudra donc y arrimer celui d’Ottawa et, comme chacun sait, le diable aime s’embusquer dans les détails.
Coïncidence, en sa qualité de ministre du Travail, M. Boulet avait lancé, lui aussi, en 2023, un programme de formation en construction, qui s’est avéré un échec. On a fait des gorges chaudes de ces étudiants qui touchaient 750 $ par semaine pour apprendre à se bricoler un cabanon, sans contribuer à réduire la pénurie de main-d’œuvre.
Les grands projets et les dizaines de milliers de nouveaux logements promis par le gouvernement Carney vont nécessiter l’arrivée d’un grand nombre de nouveaux travailleurs. Le programme annoncé mardi prévoit une somme de 1 milliard en cinq ans pour le Québec. Cette fois, il faudrait s’assurer que les bénéficiaires se retrouvent bel et bien sur les chantiers.


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