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En transformant de simples égoportraits en œuvres intimes, l'artiste trifluvienne Annie-Jade Creamer-Ethier met en relation le voyeurisme, l'acceptation de soi et la réappropriation du corps féminin. Elle présente cet univers dans Entre deux instants, sa toute première exposition solo.
Dès les premiers pas dans la salle d’exposition du Cégep de Sept-Îles, les visiteurs découvrent un décor minimaliste où les murs blancs accueillent de nombreuses petites impressions. En s’approchant, ils distingue un corps féminin, capturé dans des instants du quotidien.
Si les moments se répètent, ils traversent chaque fois une nouvelle permutation parfois frappante, parfois à peine perceptible.

Certaines variantes créent une sorte de trompe-l'œil, poussant les témoins à s'approcher pour mieux discerner les traits.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
J’essaie de remettre en question la notion d’intimité en art, de redéfinir c’est quoi, exposer ce qui est intime, explique Annie-Jade Creamer-Ethier. J’utilise beaucoup le terme "extimité", qui vise à exposer l’intimité de manière volontaire.
Ce sont tous des autoportraits qui traitent du corps humain et féminin, de mon corps à moi, plus précisément mon corps après la naissance de mon enfant.
Pour donner vie à cette intimité post-partum, l’artiste se photographie avec son téléphone devant le miroir de sa salle de bain. Ces clichés de basse qualité, intimes et éphémères, subissent une métamorphose radicale.

L'artiste Annie-Jade Creamer-Ethier
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
L’alchimie du cuivre
L’artiste utilise d’abord des plaques de cuivre, une matrice, qu’elle enduit d’un vernis. Elle y applique ensuite le dessin qu’elle a réalisé avant d’en gratter les traits. Plongé dans un bain d’acide, le métal mis à nu est alors gravé par la réaction chimique.

Les quatre matrices de cuivre originales posées sur la table de présentation constituent le point de départ technique des 42 variantes uniques exposées sur les murs.
Photo : Radio-Canada / Lucas Sanniti
Au lieu de reproduire des tirages identiques, Annie-Jade Creamer-Ethier détourne le procédé traditionnel. En jouant avec le décalage du papier, l'encrage et la sérigraphie, elle transforme ses quatre plaques de base en 42 œuvres uniques.
Mon but, c’est de piquer la curiosité des gens, de les pousser à vouloir en voir plus. De ne pas en révéler assez, décrit-elle.
D’un autre côté, Annie-Jade Creamer-Ethier voit aussi dans son approche une tentative de se réapproprier l’interprétation artistique du corps féminin, trop souvent façonné par le regard masculin.
Quand je me regarde dans le miroir suite aux changements de mon corps, comment je me sens? Est-ce que je suis inconfortable, insatisfaite ou, au contraire, je me trouve vraiment belle et je m’accepte comme je suis?
Le vernissage de l’exposition Entre deux instants a eu lieu jeudi dernier. La collection sera présentée à la salle d’exposition du Cégep de Sept-Îles jusqu’au 18 septembre.


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