Un passage, au sens le plus littéral du terme, désigne une ouverture permettant de circuler d’un point à un autre, souvent entre deux bâtiments ou deux espaces distincts. À Haarlem, aux Pays-Bas, il en existe un qui ne remplit plus cette fonction depuis des générations, tout en restant fièrement debout au cœur d’une rue commerçante. Ce petit bout d’architecture, coincé entre deux boutiques, attire pourtant le regard des passants les plus attentifs, intrigués par cette arche de brique murée qui semble n’avoir rien à faire là. Ce curieux vestige continue silencieusement de raconter une histoire vieille de quatre siècles.
À retenir
- Au numéro 33 de la Smedestraat à Haarlem, une porte cochère en brique du XVIIe siècle, murée depuis des siècles, est classée au registre néerlandais des monuments nationaux sous le numéro 19695.
- Son classement repose sur la finesse de la brique et la présence d'un oculus aveugle purement décoratif au-dessus de l'arche.
- Ce passage menait autrefois à une ruelle desservant un jardin, et les autorités locales envisagent aujourd'hui de le rouvrir pour des raisons de sécurité incendie et un usage locatif potentiel.
Un passage muré depuis 400 ans intrigue les passants de Haarlem
L'encadrement de la porte.Crédit : © Wikimedia Commons
Au numéro 33 de la Smedestraat, une artère commerçante du centre historique de Haarlem, se dresse une porte cochère en brique dont l’origine remonte à la seconde moitié du XVIIe siècle. À première vue, rien ne la distingue radicalement des façades voisines. Mais en y regardant de plus près, on découvre une arche fermée par une porte en bois, condamnée depuis longtemps, et qui ne mène plus nulle part pour le public. Ce n’est pas un bâtiment entier qui est classé ici, mais bel et bien cette ouverture précise, ce simple passage devenu impraticable.
L’endroit est aujourd’hui inscrit au Rijksmonumenten Register, le registre néerlandais des monuments nationaux, sous le numéro 19695. Une reconnaissance officielle assez rare pour un élément aussi modeste en apparence, coincé entre deux vitrines qui, elles, continuent leur activité commerciale sans se soucier de ce témoin figé du passé.
L’oculus aveugle et la brique qui ont sauvé cette porte de l’oubli
Ce qui a permis à cette porte cochère d’échapper à la destruction, et de décrocher son statut protégé, tient à deux détails architecturaux précis. D’abord, la finesse remarquable de la brique employée, un savoir-faire caractéristique de l’artisanat urbain du XVIIe siècle. Ensuite, et surtout, la présence d’un oculus aveugle intégré dans la maçonnerie, juste au-dessus de l’arche. Il s’agit d’une fenêtre circulaire purement décorative, sans aucune fonction d’éclairage ou d’aération, pensée uniquement pour orner la façade.
Ce genre de détail, aujourd’hui perçu comme superflu, était à l’époque un marqueur de qualité et de soin dans la construction. C’est précisément cette combinaison entre finesse de la brique et présence de l’oculus qui a convaincu les autorités patrimoniales néerlandaises de classer ce passage comme monument, malgré sa taille modeste et son usage aujourd’hui obsolète.
Quand les ruelles arrière dessinaient le vrai visage des villes néerlandaises
Pour comprendre pourquoi cette porte existait à l’origine, il faut remonter à la logique urbaine des villes néerlandaises anciennes. Ce passage ouvert entre deux maisons menait autrefois à une ruelle desservant un petit jardin, le Wijngaardtuin. Ces ruelles arrière, aujourd’hui largement disparues, permettaient d’accéder aux propriétés situées derrière les façades principales, ainsi qu’aux logements installés à l’étage des maisons.
Avec le temps, la plupart de ces réseaux discrets ont été effacés du paysage urbain, notamment lorsque les rez-de-chaussée des maisons se sont transformés en commerces. Les porches devenaient alors inutiles, voire encombrants pour l’activité économique, et beaucoup ont simplement été supprimés ou intégrés dans les nouvelles façades commerçantes. Le passage de la Smedestraat, lui, a survécu à cette vague de transformation. Il témoigne ainsi de l’ancien tracé urbain de Haarlem, un plan de circulation invisible aujourd’hui, mais bien réel il y a quelques siècles.
Pourquoi les pompiers veulent enfin rouvrir ce passage interdit
Si ce vestige a longtemps été considéré comme un simple curiosité patrimoniale figée dans le temps, il revient aujourd’hui au centre de préoccupations bien plus concrètes. Les autorités locales considèrent en effet ces porches verrouillés comme un risque d’incendie potentiel. Un passage muré, sans issue accessible, peut compliquer sérieusement l’intervention des secours en cas de sinistre dans les bâtiments environnants.
C’est dans ce contexte qu’une initiative récente vise à déverrouiller ces espaces longtemps laissés à l’abandon, afin de les rendre à nouveau fonctionnels. L’objectif affiché n’est pas uniquement sécuritaire : ces petits recoins urbains pourraient également servir à un usage locatif, notamment pour des logements étudiants, dans des villes néerlandaises où la pression immobilière reste forte. Ainsi, ce passage silencieux, figé depuis quatre siècles entre deux boutiques, pourrait bien retrouver une utilité bien réelle, sans pour autant perdre le statut patrimonial qui l’a préservé jusqu’ici.
Entre protection du patrimoine et impératifs de sécurité moderne, cette porte cochère de Haarlem incarne à elle seule un dilemme que connaissent de nombreuses villes historiques : comment concilier la mémoire architecturale d’un lieu avec les besoins bien concrets du présent. Reste à savoir si, un jour, les passants pourront à nouveau franchir cette arche de brique, ou si elle continuera d’intriguer les curieux depuis l’autre côté d’une porte définitivement close.


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