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Énergie NB a peur de manquer d’énergie à partir de 2028. C’est cet argument que la société de la Couronne brandit depuis des mois pour justifier son projet de centrale au gaz naturel dans la municipalité de Tantramar, mené en partenariat avec l’entreprise américaine ProEnergy.
Au troisième jour des audiences publiques de la Commission de l’énergie et des services publics (CESP) à Moncton, Énergie NB a servi le même argument, mais les réponses des dirigeants de la société de la Couronne permettent de mieux comprendre son raisonnement.
La Commission de l’énergie et des services publics tient des audiences cette semaine sur le projet de centrale au gaz naturel d'Énergie NB et de ProEnergy. Elle doit déterminer si, d'un point de vue financier, le projet est prudent. Énergie NB a besoin d'une approbation pour que le projet voit le jour.
Selon les représentants d’Énergie NB, la consommation record des mois de janvier 2022 et de février 2023 a inquiété au sein de la société de la Couronne.
Répondant aux questions de Mara Mallory, qui pose des questions au nom de la CESP, Darren Clark, le directeur de la planification d’entreprise chez Énergie NB, a expliqué que les modèles produits par la société de la Couronne indiquent un manque à gagner de 400 mégawatts à partir de 2028.

Des hauts dirigeants d'Énergie NB sont questionnés ces jours-ci aux audiences de la Commission de l'énergie et des services publics. Darren Clark le quatrième en partant de la gauche.
Photo : CESP
Énergie NB estime avoir besoin de cette augmentation de production pour éviter toute interruption de service.
Vente et production d’électricité
Poussé par la représentante de la commission, Darren Clark a reconnu que les prévisions contiennent deux éléments : les ventes d’énergie à d’autres entités et la possibilité d’une réduction de production d’énergie de la société de la Couronne.
Énergie NB vend de l’énergie en Nouvelle-Angleterre, au Maine et à l’Île-du-Prince-Édouard. Selon Darren Clark, la nécessité d’une production plus importante ne dépend qu’en partie de ces ventes d’électricité.
Assis à ses côtés, Brad Coady, dirigeant principal des finances d’Énergie NB, s’est permis d’apporter une précision à cette affirmation.

Brad Coady (avec le micro), dirigeant principal des finances d’Énergie NB, participe à une assemblée citoyenne à Sackville, au Nouveau-Brunswick, le 14 janvier 2026.
Photo : CBC / Erica Butler
Ces marchés sont devenus dépendants de l’énergie de la société de la Couronne néo-brunswickoise. Mettre fin à ces ententes abruptement résulterait dans une impossibilité de faire affaire avec la Nouvelle-Angleterre, le Maine et l’Île-du-Prince-Édouard sur le plan énergétique selon lui.
D’autant plus que, selon Brad Coady, les Néo-Brunswickois profitent des revenus. La fin de ces contrats provoquerait une perte 100 millions de dollars et une augmentation instantanée des tarifs d'électricité de 5 % selon le haut-dirigeant.
L’autre élément, soit la possibilité d’une réduction de production d’énergie, a trait davantage aux sources de production elles-mêmes.

Une réaction chimique cause les fissures de la centrale hydroélectrique de Mactaquac.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
La centrale hydroélectrique de Mactaquac doit être soumise à une importante remise à neuf. Selon les représentants d’Énergie NB, une seule turbine doit être remplacée à la fois, mais l’état dans lequel se trouve actuellement la centrale pourrait forcer l’arrêt de certaines turbines, voire en remplacer plus d’une à la fois.
La production de la centrale nucléaire de Point Lepreau est toujours considérée comme incertaine dans les modèles, même si la PDG Lori Clark affirmait la semaine dernière avoir une grande confiance en l'avenir de sa capacité de production.

L'intérieur de la salle des contrôles à la centrale nucléaire Point Lepreau.
Photo : Brice McVicar
L’approvisionnement incertain en vent, puisque la société de la Couronne s'approvisionne en petite partie de parcs éoliens, est aussi intégré aux modèles.
Risques pour la vie humaine
C’est urgent, dit en anglais le dirigeant principal des affaires commerciales chez Énergie NB, Brad Coady, au sujet de la construction de la centrale au gaz naturel. Il y a un risque de plus en plus important que nous pourrions manquer d’énergie.

La centrale électrique Brotman à Rosharon, au Texas, a des composants et une configuration similaires à ceux du projet proposé par ProEnergy à Centre Village.
Photo : ProEnergy
À quelques reprises, il a d’ailleurs parlé des conséquences de manquer d’électricité, citant des risques pour la vie humaine.
Il explique le recours à d’autres sources de chauffage qui produisent du monoxyde de carbone et qui donc peuvent causer la mort.
Il a fait référence à des pannes d’électricité nombreuses en 2014 à Terre-Neuve-et-Labrador, où une personne est morte et d'autres ont dû être hospitalisées après une exposition à ce gaz, pendant une panne de courant, rapportait CBC à l'époque.
Un épisode qu'il ne faut surtout pas répéter, selon Brad Coady.
Énergie NB n’a pas fait la preuve que la province pourrait manquer d’électricité
L’expert en énergie renouvelable et professeur d'ingénierie à l’Université de Moncton, Yves Gagnon, assiste aux audiences de la commission.
Les arguments d’Énergie NB ne l’ont pas convaincu.

Yves Gagnon est professeur d'ingénierie à l'Université de Moncton, expert en énergie renouvelable.
Photo : Radio-Canada / Fré;déric Cammarano
Il estime que la société de la Couronne dispose déjà de réserves importantes, soit des centrales qui ont le potentiel d’absorber de fortes demandes.
Tout en reconnaissant que la gestion du réseau électrique est une entreprise complexe, c’est pas nécessairement clair qu’on pourrait manquer d’électricité pendant quelques heures, pendant quelques minutes, peut-être dans deux ans, peut-être dans trois ans et qui justifie l’installation d’une infrastructure qui va nous coûter au-delà d’un milliard de dollars, dit-il.
Le coût
L’audience de mardi a d’ailleurs permis d’en savoir plus sur l’argent que mettra Énergie NB dans cette centrale.

Alain Chiasson est intervenant public dans le secteur énergétique.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
Lundi, il était question de plus d’un milliard de dollars sur 25 ans.
Mardi, l’intervenant public, Alain Chiasson a réussi à extraire une donnée plus précise des documents reçus par la commission : 3,5 milliards de dollars sur la même période.
Andrew Secord, un professeur d’économie à l’Université Thomas qui a le statut d’intervenant dans le cadre des audiences, est ravi de connaître un montant plus précis que ce qu’il avait pu obtenir lundi, mais évoque malgré tout certaines réserves.

Andrew Secord, professeur d'économie à l'Université St. Thomas
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
Je n’ai pas signé d’entente de confidentialité. Il y a peut-être des choses que je ne sais pas. Mais, selon ce qui est disponible publiquement, ça semble être un projet qui mérite une grande attention de la commission, dit-il en anglais.
Les audiences doivent durer toute la semaine.


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