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Encore un million de Libanais restent déplacés par la guerre

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Ils vivent encore sous des tentes à Beyrouth. Ou sont hébergés dans des écoles et des universités reconverties en centres d’accueil. Certains, plus chanceux, s’entassent à plusieurs dans des appartements. Malgré le cessez-le-feu entre le Liban et Israël décrété il y a près de deux semaines, plus d’un million de Libanais sont toujours déplacés dans leur pays.

Les raisons sont nombreuses. Plusieurs habitent dans l’un des 55 villages situés au sud de la « ligne jaune » tracée par Israël il y a une dizaine de jours. Cette ligne délimite une aire de sécurité — faisant plusieurs centaines de kilomètres carrés de superficie — passée sous contrôle de l’armée israélienne. Des opérations de démolition de maisons y ont été menées.

D’autres ne sont pas rassurés par le cessez-le-feu entré en vigueur le 17 avril et maintes fois violé depuis. Mardi, Israël a d’ailleurs lancé des ordres d’évacuation pour 17 villages situés dans le sud du Liban. Des frappes de l’aviation israélienne ont suivi. Mercredi, des bombardements ont de nouveau visé des localités de cette région.

« Certains déplacés rentrent pour la journée ou pour récupérer des affaires, mais restent encore la nuit dans les centres d’accueil, dans les tentes qu’ils ont installées dans la rue. Ou ils dorment dans leur voiture parce qu’ils craignent de rester la nuit chez eux », indique Camille Marquis, responsable du plaidoyer et des affaires humanitaires pour Médecins sans frontières (MSF) au Liban.

En retournant dans leur village, plusieurs ont trouvé leur maison détruite ou endommagée par les bombardements. Selon des chiffres cités par l’ONU, environ 40 000 unités d’habitation ont été anéanties depuis le début de la guerre le 2 mars. Des épiceries, des centres de santé, des routes et d’autres infrastructures essentielles ont aussi été touchés, ce qui rend les retours difficiles.

Et il y a également la crainte de n’avoir nulle part où se terrer si les combats reprennent. « Il y en a qui préfèrent conserver leur place dans les centres d’accueil collectifs, puisque les places sont rares. Moins de 20 % des déplacés sont en centre d’accueil », relève Mme Marquis.

Promiscuité et insalubrité

Selon le dernier décompte de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), daté du 24 avril, plus de 115 000 déplacés — dont près de 40 000 enfants — sont encore hébergés dans les 631 sites d’accueil administrés par le gouvernement et toujours ouverts.

Ces bâtiments ne sont pas destinés à accueillir autant de personnes, rappelle Camille Marquis. Des salles de classe y ont été transformées en dortoirs. Les douches et les toilettes s’y trouvent en quantité insuffisante. L’accès à l’eau potable y est difficile. Et l’électricité, fournie par des générateurs, est souvent coupée la nuit.

Les déplacés — qu’ils soient dans des centres d’accueil, des tentes ou leur voiture — vivent « dans des conditions qui génèrent des pathologies comme la gale, les poux, les infections urinaires et gynécologiques, des infections respiratoires et des diarrhées », déplore la représentante de MSF.

Ces conditions de promiscuité offrent aussi un terreau fertile aux agressions et à l’exploitation sexuelles des femmes et des filles, s’inquiète-t-elle.

Des secouristes tués

Mardi, trois secouristes de la Défense civile du Liban ont été tués par une frappe à Majdal Zoun, dans le sud du pays. Ils participaient à une mission visant à secourir des blessés touchés par le précédent bombardement d’un immeuble. Deux civils ont aussi été tués dans l’événement.

Entre le 2 mars et le 24 avril, l’OMS a dénombré 149 attaques contre des infrastructures ou du personnel de santé, qui ont fait 100 morts et 233 blessés. Six hôpitaux ont dû fermer leurs portes, 15 autres ont subi des dommages partiels et 46 centres de soins de santé primaires sont à l’arrêt.

« La protection des travailleurs médicaux, des structures médicales, des ambulanciers doit être absolument garantie — quoi qu’il arrive dans ce conflit — par toutes les parties », fait valoir avec insistance Camille Marquis. Le conflit actuel met le système de santé à rude épreuve, ajoute-t-elle. « Et il était déjà affaibli par des années de crise économique et par l’escalade de 2024. »

Désespoir

Lors de ses rencontres avec des déplacés, la représentante de MSF recueille souvent des paroles de désespoir, raconte-t-elle. « Pour beaucoup de Libanais, ce n’est pas la première fois qu’ils se trouvent obligés de fuir à cause de la guerre. Un homme déplacé m’a dit avoir dû quitter son village à cinq reprises déjà dans sa vie — en 1982, 1996, 2006, 2024 et de nouveau en 2026. » La fatigue et la perte d’espoir sont ainsi devenues centrales dans les récits de ces déplacés, comme dans leur vie.

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