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En Turquie, la police déloge de force le chef de l'opposition

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Des partisans du chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Özgür Özel, bloquaient depuis le matin l’accès au bâtiment, refusant que ce féroce critique du président Recep Tayyip Erdogan ne doive céder les rênes de la formation, qui croule depuis un an et demi sous les enquêtes et les arrestations.

Des centaines de policiers antiémeutes ont pris d'assaut dimanche à Ankara le siège du principal parti turc d'opposition pour en déloger ses dirigeants, destitués jeudi par une décision de justice, a constaté un photographe de l'AFP.

Des partisans du chef du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Özgür Özel, bloquaient depuis le matin l'accès au bâtiment, refusant que ce féroce critique du président Recep Tayyip Erdogan ne doive céder les rênes de la formation, qui croule depuis un an et demi sous les enquêtes et les arrestations.

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«Erdogan a perdu la raison»

Des policiers casqués et équipés de boucliers ont réussi à pénétrer dans l'après-midi à l'intérieur et à en extraire les dirigeants du CHP, après avoir fait usage notamment de gaz lacrymogènes.

«Ils ont pris d'assaut notre siège (...), ont utilisé des gaz lacrymogènes, nous ont frappés à coups de matraque, ont dévasté le (bâtiment du) parti et nous ont jetés à la rue», a déploré dimanche soir M. Özel auprès de l'AFP.

«Erdogan a perdu la raison», a-t-il ajouté, affirmant que le chef de l'État turc, au pouvoir depuis 2003, «veut décider qui sont ses rivaux» afin de «remporter ainsi les prochaines élections». «La Turquie a cessé d'être une république démocratique moderne pour se transformer en un régime autoritaire», a-t-il encore jugé.

Quittant plus tôt dimanche sous la contrainte le siège du CHP, M. Özel avait promis à ses soutiens de continuer à «marcher vers le pouvoir», avant de parcourir à pied plusieurs kilomètres sous une pluie battante jusqu'au parlement, désormais «véritable siège du parti», a-t-il dit.

«Atteinte à la volonté démocratique»

Jeudi, un tribunal d'Ankara avait invalidé au motif d'irrégularités l'élection fin 2023 de M. Özel à la tête du CHP, ordonnant son remplacement par son ancien patron, Kemal Kiliçdaroglu, qualifié de «marionnette» du pouvoir par une partie de ses anciens soutiens. Des partisans de M. Kiliçdaroglu avaient tenté dimanche matin de forcer l'entrée du siège du parti, avant que les autorités ordonnent à la police d'intervenir.

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Des scènes similaires avaient eu lieu l'an passé à Istanbul, la plus grande ville du pays, quand la justice avait nommé un administrateur à la tête de la direction provinciale du CHP. Sorti large vainqueur d'élections locales en 2024, le CHP, parti fondateur de la Turquie moderne hérité de Mustafa Kemal Atatürk, est depuis dans le viseur de la justice.

L'an passé, le maire d'Istanbul, Ekrem Imamoglu, sa figure la plus populaire, a été arrêté pour «corruption» et placé en détention le jour même de sa désignation comme candidat à la prochaine élection présidentielle, prévue en 2028. «De même qu'il a emprisonné le candidat à la présidentielle qui aurait pu le battre, (Erdogan) fait officiellement fermer le parti politique qui aurait pu le battre», a déclaré Özgür Özel à l'AFP.

Dénonçant «les manœuvres abusives employées par le gouvernement Erdogan pour neutraliser le CHP», l'ONG Human Rights Watch a estimé que la destitution de la direction du parti «porte un dernier coup profondément dommageable à l'État de droit, à la démocratie et aux droits humains en Turquie». Les dirigeants du parti prokurde DEM, deuxième force d'opposition au parlement, ont eux dénoncé dimanche «une atteinte simultanée à la volonté démocratique et à la légitimité des institutions», jugeant la situation «inacceptable du point de vue de la démocratie et de l'État de droit».

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