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Politique 26/06/2026 16:54 Actualisé le 26/06/2026 18:21
En pleine canicule, Christophe Barthès a aspergé d’eau des représentants de syndicats venus dénoncer sa politique. Ironisant au passage sur un phénomène climatique qu’il a souvent remis en question… comme tout son parti.

VALENTINE CHAPUIS / AFP
Jordan Bardella et Christophe Barthès, à Carcassonnne le 7 février pendant la campagne des municipales 2026.
Eau secours. L’Hexagone traverse, en cette fin du mois de juin, son deuxième épisode de chaleur extrême de l’année. À Carcassonne, dans le département de l'Aude, des températures de 40 degrés ont été relevées. La situation est inédite pour un mois de juin dans ce département où le secteur agricole représente plus 6 % des emplois et où toute sécheresse est donc lourde de conséquence. Mais tout cela n’a pas empêché le maire RN de Carcassonne de jeter de l’eau par la fenêtre, littéralement.
Jeudi 25 juin, à l’issue du dernier conseil municipal avant l’été, Christophe Barthès s’est montré sur le balcon de l’Hôtel de ville, armé d’un tuyau avec lequel il a arrosé des manifestants venus protester contre l’expulsion des syndicats de la Bourse du travail. Le tout mis en scène sur sa page Facebook, dans une courte vidéo où on l’entend dire « Allez hop, allez, un peu de fraîcheur », accompagnée de la légende : « La canicule, c’est terminé ! »
Cette provocation, aussi irrespectueuse que lunaire venant d’un élu de la République, n’est que la dernière d’une longue liste depuis que la ville préfecture de l’Aude a basculé aux mains de l’extrême droite lors des municipales.
Du RPR aux bancs du RN à l’Assemblée
Christophe Barthès a obtenu son premier mandat national aux législatives de 2022. Élu député dans la première circonscription de l’Aude, il est réélu en 2024, avec 61,44 % des voix face au leader du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) Philippe Poutou. Deux ans plus tard, il contribue à l’implantation locale de l’extrême droite en offrant au RN une nouvelle ville de 50 000 habitants.
Chose rare au sein d’un parti où les brebis galeuses sont légion, Christophe Barthès n’est pas un novice en politique. Influencé par sa mère, il milite d’abord dans les rangs du RPR, au côté de Raymond Chesa, maire historique de Carcassonne qu’il a dirigée pendant plus de vingt ans. Admirateur de Charles Pasqua, il prend ses distances avec le parti gaulliste à partir de la dissolution de 1997 décidée par Jacques Chirac. Son premier vote Front national (FN) date de la présidentielle de 2002 et il prend sa carte en 2007, ne voyant pas vraiment de différence entre l’ancien RPR et le RN.
Son arrivée à l’Assemblée nationale coïncide avec la percée de l’extrême droite à la chambre basse. Comme les 89 députés élus, Christophe Barthès est prié d’appliquer la stratégie de la cravate. Comprendre : bien se tenir pour ne pas saborder le travail de dédiabolisation entrepris depuis des années. La consigne n’est qu’à moitié respectée. Exemple en janvier 2024, où il participe à une manifestation d’agriculteurs et pose fièrement avec des collègues devant une pancarte « va faire la soupe salope », visant les écologistes Marine Tondelier et Sandrine Rousseau. Et il assume. Donnant ainsi un avant-goût grossier de son mandat de maire.
Aides à la presse coupées, groupe de lycéens infiltré…
À peine installé dans son fauteuil, le maire RN enchaîne les décisions polémiques. Quatre jours après son élection, il signe un arrêté anti-mendicité, immédiatement contesté en justice par la Ligue des droits de l’Homme - le tribunal administratif a rejeté le recours, et doit encore se prononcer sur le fonds. Les mois suivant, il tente de faire taire toute forme d’opposition dans la ville. Début avril, il va par exemple jusqu’à infiltrer et menacer un groupe Instagram de lycéens qui prévoyaient une manifestation contre sa politique.
Sa croisade contre les syndicats date, elle, d’une manifestation contre ses premières mesures. Il a également interrompu l’achat d’espaces publicitaires et partenariats culturels avec le groupe de presse locale La Dépêche du Midi accusé de manquer de neutralité. Sur un autre registre, il a aussi refusé de mettre des locaux municipaux à disposition du consulat d’Algérie lors des élections législatives. Féru des coups de communication, le maire ne s’émeut guère des reproches et polémiques. « J’ai toujours tout assumé dans ma vie. J’ai un ancien maire qui me disait, en bien ou en mal, l’essentiel, c’est qu’on parle de toi. Je pense que c’est fait », disait-il en avril à France 3 Occitanie.
Mais au sein du Rassemblement national, certaines de ses décisions agacent, car perçues comme à contre-courant de la stratégie de lissage a fortiori à l’approche de la présidentielle 2027. Exemple avec le retrait du drapeau européen sur le fronton de l’Hôtel de ville. La décision n’est pas illégale mais elle a fait ressurgir l’europhobie inhérente au Rassemblement national. Aussi son opportunisme, alors même que certains de ses élus agriculteurs, dont Christophe Barthès lui-même, profitent des aides de l’UE. Plus symbolique, l’élu a aussi rendu un hommage appuyé à Jeanne d’Arc, alors même que Marine Le Pen et Jordan Bardella prennent depuis quelques années leurs distances avec cette figure fétiche de Jean-Marie Le Pen. Lorsqu’elle a été interrogée en mai sur ces nouveaux édiles perturbateurs, la cheffe de file du RN a botté en touche, disant refuser toute « tutelle de l’appareil central ».
En cette période de canicule, le maire de Carcassonne a suivi la ligne du parti et annoncé l’installation de climatiseurs dans les établissements scolaires, une déclinaison du « plan clim’ » réclamé par Marine Le Pen. Mais il ne faudra pas compter sur lui pour en faire plus. La canicule a été la grande absente de l’ultime conseil municipal avant l’été. Rien de bien surprenant pour un élu qui en 2024 encore, affichait publiquement son climatoscepticisme. Et à l’image d’un parti qui n’a jamais fait du climat une de ses priorités.


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