Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est que les Suisses estiment vivre dans un pays sûr: 96% de la population et 95% des dirigeants se sentent «assez» ou «tout à fait» en sécurité. C’est le résultat du sondage réalisé par MIS Trend pour le Forum des 100 du Temps. Tant mieux. Des faits, objectifs, favorisent ce sentiment. La plupart des indicateurs économiques sont au vert, le filet social tient bon et la dernière guerre impliquant les citoyens suisses est celle qui s’est déroulée sur son territoire, en 1847.
La mauvaise nouvelle, c’est que la réalité évolue, et que la sécurité n’est plus si élevée, même en Suisse. Les dirigeants en prise avec les risques ne cessent de le dire, à l’image de Jacques Pitteloud, ambassadeur de Suisse auprès de l’OTAN: «Réveillez-vous, le monde est devenu extrêmement dangereux», lance-t-il à l’intention de ses concitoyens.
Il ne s’agit pas d’augmenter encore l’angoisse des personnes qui craignent la troisième guerre mondiale et les drames liés au réchauffement climatique. Mais il faut être rationnel. Les dangers ont augmenté. En juin, le Service de renseignement de la Confédération affirmait que la situation sécuritaire de la Suisse s’était encore «nettement détériorée». Alerte maintenue, dixit le directeur de ce service, Serge Bavaud.
La Suisse, en plein centre de l’Europe, aurait tort de se croire protégée par cette géographie, à l’abri de pays voisins qui serviraient de remparts. En tête de liste des menaces identifiées, la Russie et sa guerre hybride contre le Vieux-Continent, précisément, qui concerne directement la Suisse. Notre pays pourrait être une potentielle «cible d’opportunité». Toucher la Suisse sans l’attaquer militairement, pour affaiblir d’autres pays européens, tel est l’un des risques réels de la guerre version 2026. D’ailleurs, 50% des dirigeants craignent «beaucoup» les cyberattaques, en tête des dangers selon eux, et 49% considèrent que ces dernières menacent en particulier les infrastructures critiques de la Suisse. Les récentes cyberattaques touchant notamment la caisse de prévoyance Publica démontrent la fragilité helvétique.
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La Suisse aurait également tort de se croire trop indépendante, malgré sa neutralité et son statut hors de l’Union européenne. L’évolution imposée par le président américain et ses tarifs douaniers à la tête du client en ont fait la démonstration. La situation géopolitique dégradée et ses conséquences macroéconomiques en sont une autre. Que dire enfin de la dépendance militaire vis-à-vis du matériel américain? Que ce soit sur le plan économique, géopolitique, ou militaire, la petite mais riche Suisse dépend des autres. Le sentiment de sécurité que la population helvétique exprime est à double tranchant. Il peut générer des décisions, au parlement ou lors de votations, déconnectées de la réalité. Dans un monde où le prix de la sécurité et de l’autonomie a augmenté.
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