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En s’échappant d’un enclos francilien au début des années 1970, une poignée de marsupiaux australiens a littéralement colonisé une forêt à une heure de Paris

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Dans la forêt de Rambouillet vivent en liberté depuis les années 1970 des marsupiaux australiens dont il ne reste presque rien

À moins d’une heure de route de Paris, dans les sous-bois de la forêt de Rambouillet, des promeneurs racontent parfois avoir croisé une silhouette bondissante, ni chevreuil ni lièvre, mais bel et bien un marsupial. Depuis les années 1970, une poignée de wallabies de Bennett survit discrètement dans ce massif francilien, loin de leur Australie natale. Une histoire aussi insolite que méconnue, qui touche aujourd’hui à sa fin.

À retenir

  • Depuis une évasion accidentelle survenue à la fin des années 1970 dans la réserve zoologique de Sauvage, des wallabies de Bennett vivent librement dans la forêt de Rambouillet.
  • La population a atteint son apogée au milieu des années 2010 avec plus d’une centaine d’individus, avant de décliner fortement après la fermeture de la réserve en 2017.
  • Le déclin s’explique par l’arrêt du renouvellement via la réserve, une reproduction naturelle insuffisante, la pression touristique et des captures illégales.

Des marsupiaux australiens prospèrent en pleine campagne française depuis un demi-siècle

Des wallabies de Bennett sautillent librement dans la forêt de Rambouillet, à moins d’une heure de Paris. Cette population, née d’une évasion dans les années 1970, a survécu aux hivers français, aux prédateurs et à l’oubli. Aujourd’hui encore, quelques dizaines d’individus perpétuent cette anomalie zoologique en plein cœur des Yvelines, un massif forestier de près de 20 000 hectares mêlant chênes, pins et landes.

Longtemps, cette colonie a fait figure de curiosité locale, presque de folklore. On en parlait entre voisins, on la mentionnait aux touristes de passage, et certains élus en avaient même fait un argument touristique. Mais derrière l’anecdote se cache une véritable histoire naturelle, celle d’une espèce introduite par accident et qui a fini par s’installer durablement, avant de connaître un déclin aussi discret que sa présence.

Une évasion qui devait rester sans lendemain

Tout commence à la fin des années 1970, dans un parc animalier privé des Yvelines, la réserve zoologique de Sauvage, située à Émancé. Des wallabies de Bennett y étaient présentés au public, dans des enclos qui n’ont pas toujours résisté au temps. Quelques individus, profitant d’une clôture mal entretenue, se sont retrouvés libres dans la forêt voisine.

Personne, à l’époque, n’imagine que cette fuite donnera naissance à une population pérenne. Les wallabies sont des marsupiaux originaires de Tasmanie et du sud-est de l’Australie, en théorie mal adaptés au climat tempéré français. Pourtant, l’espèce montre une résilience inattendue : les hivers de la région parisienne, nettement plus doux que ceux de leur territoire d’origine, ne suffisent pas à décimer les fugitifs. La forêt dense, elle, leur offre un refuge naturel contre les regards, et surtout contre les rares prédateurs susceptibles de s’intéresser à eux.

Pourquoi la forêt de Rambouillet leur convient mieux qu’on ne le pense

Le wallaby de Bennett possède un pelage épais qui l’aide à supporter des températures proches de zéro, une caractéristique développée à l’origine pour affronter les reliefs frais de Tasmanie. Cette adaptation, presque providentielle, lui permet de traverser sans difficulté les mois les plus froids de l’automne et de l’hiver francilien.

La végétation du massif fournit par ailleurs une alimentation suffisante toute l’année : herbes, feuillages tendres et écorces couvrent largement leurs besoins nutritionnels. Aucun prédateur naturel ne menace sérieusement ces marsupiaux dans cet écosystème, ce qui explique en grande partie leur installation durable. L’absence de compétition directe avec la faune locale a également joué en leur faveur : chevreuils et sangliers occupent d’autres niches écologiques, laissant aux wallabies un espace pour se nourrir et se reproduire sans conflit majeur.

Ces conditions réunies expliquent qu’une cinquantaine d’individus se soient reproduits et dispersés dans le massif quelques décennies après l’évasion initiale, avant que la population n’atteigne son apogée autour du milieu des années 2010, avec plus d’une centaine de bêtes recensées en liberté.

Une population fantôme entre mythe local et réalité de terrain

Le nombre exact de wallabies vivant aujourd’hui dans la forêt reste flou. Les estimations varient selon les observations, les saisons et la difficulté à recenser un animal aussi discret dans un massif forestier aussi étendu. Certains promeneurs racontent des rencontres furtives au crépuscule, d’autres n’ont jamais rien vu malgré des années de fréquentation assidue des sentiers. Cette rareté des observations alimente une part de légende autour de cette colonie clandestine.

Il fut un temps où les signalements se comptaient par dizaines chaque année, jusqu’à plus de trente sur douze mois lors du pic de fréquentation. Quelques années plus tard, on n’en dénombrait plus qu’une poignée. Plusieurs épisodes ont marqué la mémoire collective locale : des wallabies aperçus en pleine rue, capturés par les pompiers, ou encore un individu ayant, en 2017, brièvement perturbé le trafic ferroviaire de la ligne N du Transilien. Autant d’anecdotes qui ont contribué à faire de cette colonie une véritable attraction, valorisée un temps par les élus locaux, dont la mairie d’Émancé, comme une singularité animalière du territoire.

Mais plusieurs facteurs ont fragilisé durablement le groupe. La fermeture définitive de la réserve zoologique de Sauvage, en 2017, a mis fin aux petites évasions régulières qui, jusque-là, venaient renouveler discrètement la population sauvage. Le taux de reproduction naturel, resté modeste, n’a pas suffi à compenser cette perte d’apport extérieur. S’y ajoute une pression touristique croissante sur le massif, fréquenté par des millions de visiteurs chaque année, un facteur de stress supplémentaire pour des animaux naturellement craintifs et discrets. Des captures illégales, motivées par la revente d’animaux jugés dociles et faciles à approcher, sont également évoquées pour expliquer la raréfaction des individus.

Un demi-siècle de survie qui interroge sur l’adaptabilité animale

De l’évasion accidentelle des années 1970 à la population actuelle, l’histoire des wallabies de Rambouillet illustre une capacité d’adaptation remarquable chez une espèce transplantée loin de son habitat d’origine. Climat tempéré, ressources alimentaires abondantes et quasi-absence de prédateurs ont convergé pour permettre cette installation durable, sans la moindre intervention humaine volontaire.

Ce cas demeure un exemple rare de naturalisation réussie en Europe, qui questionne les frontières parfois poreuses entre faune locale et espèces introduites. La discrétion de ces marsupiaux continue de nourrir autant la curiosité naturaliste que les récits de promeneurs, même si les observations se font désormais bien plus rares qu’à l’époque de leur apogée. En cette saison où la forêt de Rambouillet revêt ses teintes automnales, il n’est pas impossible qu’un dernier wallaby, silencieux et méfiant, traverse encore un sentier au crépuscule, dernier témoin d’une aventure zoologique qui aura duré près de cinquante ans.

Reste une question, presque philosophique, que pose cette histoire : combien d’espèces échappées par accident finissent-elles, quelque part dans le monde, par écrire discrètement leur propre chapitre de la nature, avant de disparaître sans que personne ne s’en aperçoive vraiment ?

Brice L.

Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il collabore avec Sciencepost depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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